Des membres mieux payés, mais toujours aussi mâles

Photo: Archives Agence France-Presse

Les conseils d’administration des grandes entreprises québécoises se sont rapidement mis à la page en doublant le salaire de leurs membres en six ans seulement, mais sont plus lents à adopter d’autres préceptes de bonne gouvernance, comme l’augmentation du nombre de femmes dans leurs rangs.

La rémunération globale médiane des administrateurs des 50 plus grandes entreprises du Québec est passée de 55 000 $ à 102 000 $ entre 2007 et 2013, a rapporté mercredi une étude de l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques (IGOPP) et du cabinet-conseil Spencer Stuart. L’augmentation s’est révélée plus marquée encore dans la quinzaine d’entreprises dont le chiffre d’affaires annuel dépassait les 5 milliards, le salaire des administrateurs y triplant d’une médiane de 60 000 $ à 169 000 $.

Cette augmentation salariale traduit l’importance grandissante que les entreprises et leurs actionnaires accordent de nos jours aux conseils d’administration comme organes de supervision et de planification à long terme, a expliqué au Devoir le directeur général de l’IGOPP, Michel Nadeau. « Est-ce que tous les administrateurs méritent ces salaires ? Peut-être pas. Mais on voit que la plupart des gens prennent aujourd’hui très au sérieux le travail de membre d’un C. A. C’est là que les gestionnaires établissent avec les administrateurs les cadres du développement de la compagnie à moyen et long terme. C’est un rôle très, très important, pour lequel les administrateurs sont prêts à travailler davantage et à assumer leur responsabilité en cas d’insuccès. L’augmentation de la rémunération est là pour attirer de meilleurs candidats et les récompenser. »

La rémunération des administrateurs varie selon la taille des entreprises. Si le salaire global médian est de 169 000 % dans les 14 compagnies sur les 50 étudiées dont les chiffres d’affaires dépassent 5 milliards, comme Alimentation Couche-Tard, Bombardier et la Banque Nationale, il diminue à 103 000 $ dans les 22 compagnies qui, comme CAE, Jean Coutu et Québecor, affichent un chiffre d’affaires situé entre 1 à 5 milliards, et n’est plus que de 67 000 $ dans les 14 compagnies au revenu annuel inférieur à 1 milliard, comme Manac, Quincaillerie Richelieu et Groupe Pages Jaunes.

La rémunération varie aussi selon le secteur d’activité, les honoraires versés aux administrateurs de compagnies de construction et de mines pouvant, par exemple, être jusqu’à 3,5 fois plus élevés que dans les secteurs manufacturiers ou du commerce de détail. Le plus grand nombre de compagnies du secteur énergétique dans le reste du Canada explique d’ailleurs en bonne partie le retard de rémunération qu’accusent toujours les entreprises québécoises équivalentes, dit l’IGOPP.

Question aussi de culture

Michel Nadeau a plus de mal à expliquer cette prime versée aux administrateurs de compagnies actives dans les ressources naturelles, mais aussi le transport et la finance. « Je ne sais pas, admet le directeur général de l’IGOPP. C’est peut-être une question de culture d’entreprise. »

Il n’y a pas que la rémunération globale des administrateurs qui a augmenté ces dernières années. La part de cette rémunération versée en actions de la compagnie qu’ils administrent, plutôt qu’en argent comptant, a presque doublé, passant de 23 % à 44 %.

L’IGOPP se réjouit également de voir que les C. A. des grandes compagnies québécoises se sont presque tous dotés de comités indépendants en matière d’audit, de gouvernance et de ressources humaines. La proportion d’entreprises à avoir clairement séparé les rôles de président du conseil et de chef de la direction est passée de 64 % à 82 % depuis 2007. Plus les entreprises sont grosses et plus elles sont nombreuses aussi à tenir des votes consultatifs de leurs actionnaires sur la rémunération de leurs dirigeants.

Chercher les femmes

Il y a d’autres changements qui mettent plus de temps à se concrétiser, constate l’étude. L’âge moyen des administrateurs est toujours de 61 ans. La proportion de femmes a légèrement augmenté, passant d’environ un sixième à un cinquième des C. A. et elles y sont toujours virtuellement exclues des postes les plus importants, comme celui de président ou de président de comité. « L’un des problèmes est que le taux de roulement dans les conseils d’administration est très lent et qu’au rythme où vont les choses, il faudra encore 22 ans avant que la proportion de femmes y atteigne 40 % », se désole Michel Nadeau.

Les sociétés d’État québécoises sont parvenues à faire rapidement grimper cette proportion à 50 %, note-t-il. « Tout se passe très bien aujourd’hui. Mais il a fallu pour cela dans certains cas remercier des membres des conseils. »

Pour en savoir plus

Consulter l'étude de l'IGOPP
1 commentaire
  • Jacques Boulanger - Inscrit 24 septembre 2015 07 h 07

    Les conseils d'administration

    Ben voyons. C'est un boy's club privé. Pour y entrer il faut être dans le circuit, des faiseux, des affairistes, des amis, des combines. Les conseils d'administration c'est comme une famille d'incestueux qui se votent des salaires, se donnent ou s'échangent des postes, etc. On comprend dès lors que les femmes n'en fassent pas partie.