Une image de marque ternie pour Volkswagen

Selon les autorités américaines, 482 000 véhicules de marque Volkswagen et Audi, construits entre 2009 et 2015, ont été équipés d’un logiciel capable de détecter automatiquement les tests de mesure antipollution pour en fausser les résultats.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Selon les autorités américaines, 482 000 véhicules de marque Volkswagen et Audi, construits entre 2009 et 2015, ont été équipés d’un logiciel capable de détecter automatiquement les tests de mesure antipollution pour en fausser les résultats.

Volkswagen a triché aux États-Unis sur les contrôles antipollution, une duperie qui va lui coûter très cher et pourrait déclencher des investigations en chaîne, alors que Berlin a ordonné des tests approfondis sur certains modèles du géant de l’automobile.

Lundi, ce sont plus de 15 milliards d’euros de capitalisation boursière qui sont partis en fumée à la Bourse de Francfort. Le titre du constructeur allemand a fini en baisse de 17,1 % à 133,70 euros. Les autres titres automobiles et des équipementiers en Europe ont aussi accusé le coup.

L’affaire révélée vendredi « va avoir des conséquences financières considérables pour Volkswagen, qui ne sont pas encore calculables », estime le spécialiste automobile Ferdinand Dudenhöffer, interrogé par l’AFP. « L’image et la crédibilité de Volkswagen dans le monde entier sont maintenant entachés. »

L’est également la réputation d’un fleuron de l’industrie allemande, aux liens étroits avec la politique, puisque l’État régional de Basse-Saxe en est actionnaire à hauteur de 20 %. Le gouvernement allemand a d’ailleurs ordonné la conduite immédiate de « tests approfondis sur les modèles diesel » de la marque. Le p.-d.g. du groupe, Martin Winterkorn, y a apporté son entier soutien, a annoncé le ministère des Transports.

Selon les autorités américaines, 482 000 véhicules de marque Volkswagen et Audi, construits entre 2009 et 2015 et vendus aux États-Unis, ont été équipés d’un logiciel capable de détecter automatiquement les tests de mesure antipollution pour en fausser les résultats. Hors contrôles, les voitures contrevenaient aux normes environnementales. Les autorités américaines ont annoncé lundi avoir étendu leurs investigations à d’autres constructeurs pour détecter la présence de tels logiciels dans des voitures déjà en circulation dans le pays.

Lourdes amendes

« C’est une affaire grave », a réagi le ministre de l’Économie et vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, se disant « sûr que la société va clarifier les choses rapidement et en profondeur ». Le mastodonte allemand, récemment couronné numéro un mondial des ventes devant Toyota, s’expose non seulement à des amendes pouvant atteindre 18 milliards de dollars, mais aussi au coût du rappel de tous les véhicules concernés, soit des millions voire des milliards de dollars, et à de possibles poursuites judiciaires. Une enquête pénale aurait également été ouverte, selon des médias américains.

Et le scandale menace de faire des petits. Selon l’ONG qui a contribué à révéler le scandale, l’International Council on Clean Transportation, il n’est pas exclu que Volkswagen ait eu recours aux mêmes techniques de dissimulation en Europe, a déclaré son directeur exécutif, Drew Kodjak, dans un entretien à l’AFP : « Il appartient aux régulateurs du continent de déterminer s’ils sont oui ou non en présence d’un “logiciel trompeur” comme aux États-Unis. »

Dorothee Saar, de l’ONG de protection de l’environnement Deutsche Umwelthilfe, estime qu’en Europe, « les constructeurs savent qu’il n’y a pas de contrôle postérieur. Ils sont un peu plus prudents quand ils veulent exporter leurs produits dans un pays comme les États-Unis, où les autorités environnementales font beaucoup de vérifications », assure-t-elle.

Berlin veut procéder à des vérifications auprès de tous les constructeurs. La Corée du Sud va de son côté contrôler les niveaux d’émission de polluants de trois modèles de Volkswagen, selon l’agence Yonhap.

Un porte-parole du groupe a indiqué que celui-ci cessait jusqu’à nouvel ordre de commercialiser les modèles diesel quatre cylindres de ses marques VW et Audi aux États-Unis. Selon l’agence allemande DPA, une partie du conseil de surveillance du groupe tiendra mercredi une réunion de crise.

L’affaire tombe à un bien mauvais moment pour Volkswagen. Faute de produits adaptés à ce marché friand de gros 4x4, la marque est à la peine aux États-Unis et la technologie diesel devait lui permettre de gagner des parts de marché. Le constructeur va devenir « un paria pour le gouvernement et peut-être aussi pour les consommateurs américains », juge Max Warburton, analyste de Bernstein. « C’est dans l’intérêt de Volkswagen de détailler publiquement et aussi vite que possible comment il va s’y prendre pour réparer les dégâts afin de ne pas perdre ses clients pour de bon », a commenté Jessica Caldwell, du cabinet américain Edmunds.com spécialisé dans l’automobile.

Martin Winterkorn, le patron de Volkswagen, a déjà fait son mea-culpa dimanche mais risque son poste. Il doit théoriquement être prolongé à la tête du groupe pour deux ans, jusqu’à fin 2018, lors d’une réunion du conseil de surveillance vendredi.

Interruption des ventes de certains véhicules au Canada

Volkswagen a émis auprès de ses concessionnaires un avis d’arrêt de ventes pour tous les véhicules affectés par ce problème, a confirmé lundi par courriel Thomas Tetzlaff, porte-parole de Volkswagen Canada. « Nous allons travailler avec nos collègues de Volkswagen of America ainsi que notre société mère en Allemagne pour résoudre cette question le plus rapidement possible », a-t-il écrit. Le porte-parole a souligné que près de la moitié des véhicules diesel vendus au Canada sont touchés par l’interruption, y compris les modèles Jetta, Golf et Beetle. Pour sa part, Environnement Canada a indiqué que ses normes antipollution étaient similaires à celles retenues par sa contrepartie américaine, et qu’elle collaborait avec l’agence américaine. L’organisme ne pouvait indiquer si VW s’exposait à des sanctions au Canada.
18 milliards
C’est le montant des amendes qui pourraient être imposées à Volkswagen, aux États-Unis.
1 commentaire
  • P. Raymond - Inscrit 22 septembre 2015 12 h 35

    Faut bien la payer l’austérité

    Bah, le groupe allemand portera ses pertes et le parachute doré de son président au crédit de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie et du Québec province. Business as usual pour la City et le FMI quoi.