Dans la foulée de l'acquisition de Bank One par JP Morgan - Le p.-d.g. de la Scotia plaide pour les fusions bancaires

Toronto - L'écart qui sépare les banques canadiennes de leurs concurrentes internationales ne cesse de s'accroître, selon le chef de la direction de la Banque Scotia, qui réagissait ainsi hier à la fusion de JP Morgan et de Bank One aux États-Unis.

Dans ce contexte, Rick Waugh estime que les banques canadiennes risquent d'être marginalisées sur la scène internationale pendant qu'elles attendent la nouvelle politique du gouvernement fédéral sur le secteur financier — et les fusions bancaires —, prévue pour l'été prochain.

«Cela démontre que le monde de la finance est en constante évolution et, après cette annonce [de la fusion de JP Morgan et de Bank One], l'écart entre nous, les institutions financières canadiennes, et certaines de nos concurrentes ne cesse de s'accroître», a dit M. Waugh à l'issue d'une allocution devant les membres de l'Economic Club de Toronto.

«Notre position a toujours reposé sur le fait que les marchés internationaux sont concurrentiels et qu'ils vont procéder à une consolidation. Comme nous l'avons déjà dit, les fusions sont inévitables parce qu'elles ne cessent de se produire. Ceci [la dernière fusion aux États-Unis] ne fait que confirmer ce que les banques canadiennes ont toujours dit.»

58 millions $US

La troisième et la sixième banque des États-Unis ont annoncé leur fusion après la fermeture des marchés financiers mercredi. Cet accord de 58 milliards $US leur permettra de devenir numéro deux du secteur derrière Citigroup si la transaction est approuvée. Cette fusion créerait en effet un groupe bancaire doté de 1100 milliards d'avoirs, avec 2300 succursales, qui arriverait juste derrière Citigroup et ses 1190 milliards d'avoirs.

Ce serait la troisième plus grosse opération de ce type jamais réalisée dans le secteur bancaire aux États-Unis, selon la SNL Financial de Charlottesville, en Virginie. Les deux plus importantes ont été réalisées en 1998, avec la fusion Travelers Group-Citicorp qui a donné naissance à Citigroup, et celle entre NationsBank et BankAmerica qui avait créé la Bank of America.

La fusion entre JP Morgan et Bank One est la deuxième d'une telle importance aux États-Unis au cours des derniers mois. En octobre, Bank of America et FleetBoston Financial avaient annoncé leur regroupement. Cette transaction de 47 milliards $US n'a pas encore été conclue.

«Si l'objectif est de devenir une banque canadienne d'envergure internationale, il s'agit certainement d'une question qu'il faudra régler», a dit M. Waugh au sujet des fusions bancaires.

Opposition de Martin

Le premier ministre Paul Martin s'était opposé en 1998, alors qu'il était ministre des Finances, aux fusions des banques Royale et de Montréal ainsi que des banques CIBC et TD. L'année dernière, le comité parlementaire des Finances recommandait au gouvernement de n'autoriser les fusions bancaires qu'à la condition que les suppressions d'emplois soient limitées et que les prêts aux PME soient plus facilement accessibles.

Le nouveau ministre des Finances Ralph Goodale étudie présentement les recommandations des banques quant aux fusions. Il a dit vouloir respecter l'engagement de son prédécesseur John Manley qui promettait une nouvelle politique fédérale sur le secteur financier pour le mois de juin prochain.