La Réserve fédérale joue de prudence

À Wall Street, les courtiers avaient les yeux rivés sur l’écran de leur tablette, attendant anxieusement la décision de la Fed.
Photo: Scott Olson Agence France-Presse À Wall Street, les courtiers avaient les yeux rivés sur l’écran de leur tablette, attendant anxieusement la décision de la Fed.

Pour l’une de ses décisions les plus attendues, la Réserve fédérale américaine (Fed) était prête, jeudi, à procéder à une première hausse des taux d’intérêt en presque sept ans. Mais elle a préféré attendre encore un petit peu, histoire de mieux prendre la mesure de l’impact du ralentissement des économies émergentes notamment sur l’inflation. Et une fois qu’elle aura commencé, la hausse des taux devrait être un peu plus lente qu’on le croyait jusque-là.

Pour une rare fois, les analystes se partageaient également entre ceux qui s’attendaient à une première hausse des taux et ceux qui prévoyaient le statu quo. Ce sont finalement ces derniers qui ont eu raison, le Comité de politique monétaire de la banque centrale américaine (FOMC) maintenant son taux directeur dans le mince espace situé entre 0 % et 0,25 %. Le taux du principal outil d’intervention monétaire de la Fed est à son plancher absolu depuis le début de la Grande Récession, en décembre 2008. Treize des 17 membres du FOMC prévoient toujours cependant que cette première hausse des taux viendra avant la fin de l’année.

« Nous réalisons qu’il y a eu beaucoup d’attention portée à notre décision d’aujourd’hui, a déclaré aux journalistes la présidente de la Fed, Janet Yellen. La reprise depuis la Grande Récession a suffisamment avancé et les dépenses intérieures apparaissent suffisamment robustes pour que l’on commence à augmenter les taux dès maintenant. […] Toutefois, avec l’augmentation des incertitudes à l’étranger et l’inflation plus faible que prévu, nous avons choisi d’attendre d’autres indices qui renforcent notre confiance dans le retour à moyen terme de l’inflation à notre cible de 2 %. »

Se référant notamment aux difficultés de l’économie chinoise qui ont agité les marchés financiers cet été, la banquière centrale a tout de suite précisé qu’il « ne faut pas exagérer l’impact des récents développements qui n’ont pas fondamentalement modifié les facteurs fondamentaux. L’économie américaine va bien et nous nous attendons à ce que cela continue ».

Où est l’inflation?

Les prévisions de croissance des membres du FOMC ont été légèrement revues à la hausse pour cette année par rapport au mois de juin, d’une valeur médiane de 1,9 % à 2,1 %, et à la baisse pour 2016 (de 2,5 % à 2,3 %) et 2017 (de 2,3 % à 2,2 %). Du côté de l’emploi, on prédit désormais un taux de chômage d’à peine 5 % cette année (contre 5,3 % en juin) et même de 4,8 % les trois années suivantes.

Cela devrait normalement pousser les salaires vers le haut, mais les perspectives d’inflation ont encore dû être réduites à seulement 0,4 % pour cette année (contre 0,7 % en juin) et ne seront pas revenues à la cible de 2 % avant 2018.

Cela montre qu’il reste des chômeurs qui ont abandonné la recherche d’emploi et des travailleurs qui ont été contraints d’accepter des emplois à temps partiel, a expliqué Janet Yellen. Cela reflète aussi l’impact du ralentissement des économies émergentes sur les prix du pétrole, jumelé à la force du dollar américain.

Ces facteurs finiront bien cependant par s’atténuer, et les prix se mettront à remonter. Aussi, la Fed ne doit pas tarder à commencer à lever le pied de l’accélérateur monétaire si elle ne veut pas être obligée de donner un grand coup de frein plus tard, a expliqué Janet Yellen.

Rendez-vous en décembre

 

Le moment de la première hausse est moins important que le rythme que cette remontée aura, a-t-elle répété. La médiane des prévisions des membres du FOMC suggère qu’une seule hausse d’un quart de point de pourcentage aura lieu cette année, à quoi s’ajouteraient des hausses d’un point de pourcentage par année jusqu’en 2018. Ce serait un petit quart de point de pourcentage moins vite qu’on le prévoyait en juin.

Il reste encore deux réunions du FOMC cette année, en octobre et en décembre. La plupart des analystes croient maintenant que la Fed attendra le plus tard possible avant de procéder à sa première hausse de taux.

La question du relèvement du loyer de l’argent par la Fed soulève beaucoup d’inquiétude et d’âpres discussions dans le reste du monde, notamment parce que l’on craint qu’il n’assèche financièrement les pays en développement. L’OCDE mettait encore en garde les États-Unis jeudi sur les dangers d’une remontée trop rapide des taux.

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