Québecor renonce à construire son propre réseau pancanadien

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne

Le groupe Québecor n’exclut pas une forme de partenariat avec le fournisseur Wind Mobile pour d’éventuelles activités sans fil à l’extérieur du Québec, mais exclut l’idée de construire lui-même une infrastructure de réseau, selon son directeur financier.

La stratégie envisagée par Québecor pour prendre pied à l’extérieur du Québec alimente le moulin à rumeurs depuis février 2014, lorsque l’entreprise a consacré 233 millions pour acquérir du spectre sans fil couvrant 80 % de la population canadienne, notamment en Ontario et dans l’Ouest canadien.

L’entreprise réfléchit actuellement à ce qu’elle pourra faire avec ce spectre, a affirmé mercredi le directeur des finances de Québecor, Jean-François Pruneau, lors d’une conférence organisée par la Banque CIBC au centre-ville de Montréal.

« Nous avons maintenant plusieurs options pour maximiser le rendement sur notre investissement en minimisant le risque. Parmi ces options figure le transfert du spectre à un tiers parti pour de l’argent comptant, des actions, ou les deux, a dit M. Pruneau. La construction d’un nouveau réseau à partir de zéro dans le reste du Canada ne fait pas partie des options envisagées. »

Au fil du temps, certains analystes s’étaient montrés sceptiques quant aux chances de voir Québecor construire son propre réseau. Lors de la publication des états financiers du deuxième trimestre, il y a un mois et demi, Maher Yaghi, de Valeurs mobilières Desjardins, avait écrit que la « probabilité est faible »,car Vidéotron ne pourrait pas vendre des bouquets de services comme elle le fait au Québec. Il s’attendait davantage à ce que l’entreprise vende son spectre.

Québecor ne pouvait pas rester en marge des enchères, car le spectre de haute qualité se vendait à un prix très attrayant. Dans ses livres, l’entreprise chiffre à 300 millions la valeur de ce spectre, mais M. Pruneau s’est dit convaincu que sa valeur marchande est supérieure à cela.

Les titulaires ou Wind

Invité à dire si Québecor avait eu des discussions avec des tiers partis potentiels, Jean-François Pruneau a répondu par l’affirmative. « Lorsque vous évoquez l’idée de vendre ou de transférer du spectre, vous avez deux options : les titulaires [comme Bell, Rogers et Telus, qui contrôlent 90 % du marché total] et Wind Mobile. Et avec Wind, ça pourrait être pour de l’argent comptant ou pour des actions. Dans ce cas, ça entraîne un partenariat. »

« Nous croyons que nous pourrions contribuer aux activités de Wind. Notre spectre est d’une grande valeur. Nous avons de l’expertise. Nous pourrions définitivement procéder à des achats communs d’appareils, par exemple », a ajouté M. Pruneau.

Le paysage a considérablement changé depuis les premières enchères organisées par Industrie Canada en 2008, lorsque Vidéotron, Wind, Public Mobile et Mobilicity ont acquis leurs propres blocs de spectre.

Depuis, Public Mobile a été avalée par Telus. Wind, de son côté, a connu des hauts et des bas pour finir par être acquise par un groupe d’investisseurs comprenant son fondateur, Anthony Lacavera, qui se croit en mesure d’occuper le rôle de quatrième joueur dans les grands centres urbains. Et cet été, Mobilicity a été achetée par Rogers, qui a cédé du spectre à Wind.

Au 30 juin 2015, Vidéotron comptait plus de 700 000 abonnés à son service de téléphonie sans fil, comparativement à 550 000 clients un an plus tôt.

Récemment, Québecor disait attendre la publication finale des tarifs d’itinérance facturés par les fournisseurs titulaires aux autres sociétés qui utilisent leurs réseaux. Cet été, à la suite de la décision du CRTC de vouloir réglementer ces tarifs, Québec avait parlé d’« un pas dans la bonne direction ».« Il va sans dire que les tarifs définitifs qui seront déterminés par le CRTC seront cruciaux quant à la viabilité ou la non-viabilité d’une véritable concurrence », avait écrit Québecor au mois de mai 2015.

Un centre de données à Montréal pour 40 millions

En raison des besoins croissants, Vidéotron a annoncé mercredi la construction d’un centre de données au coût de 40 millions $. Le centre de 4000 mètres carrés sera situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, dans le Technoparc Montréal. Environ 300 emplois seront ainsi créés durant la phase de construction et entre 15 et 20 emplois permanents par la suite pour gérer les infrastructures, a fait savoir la présidente et chef de la direction de Vidéotron, Manon Brouillette, au cours d’une rencontre avec la presse. Mme Brouillette a souligné que la décentralisation des serveurs des entreprises vers des centres de données était une tendance lourde à l’échelle mondiale, une tendance dont l’entreprise souhaite profiter.