Le Brésil est relégué au rang d’emprunteur «spéculatif»

Le ministre brésilien de l’Économie, Joaquim Levy
Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse Le ministre brésilien de l’Économie, Joaquim Levy

L’agence de notation Standard & Poor’s (SP) a relégué le Brésil parmi les emprunteurs « spéculatifs », une nouvelle de nature à refroidir les investisseurs alors que le gouvernement de Dilma Rousseff fait face à des difficultés budgétaires et politiques grandissantes.

La note du pays a été abaissée de BBB- à BB +, assortie d’une perspective négative, au moment où le gouvernement de la septième économie mondiale peine à mettre en place des mesures d’ajustement budgétaire, dans un contexte de récession économique et de ralentissement généralisé des pays émergents.

« Les défis politiques du Brésil continuent d’augmenter, pesant sur la capacité et la volonté du gouvernement de présenter au Parlement un budget pour 2016 qui soit cohérent » avec ses objectifs économiques, justifie Standard & Poor’s dans un communiqué publié mercredi.

L’agence de notation estime qu’il existe « plus de 30 % de probabilité qu’une nouvelle baisse survienne en raison de la détérioration de la situation budgétaire du Brésil ».

« Ce n’est pas une bonne nouvelle, mais la tendance peut être inversée et nous y travaillons. Le gouvernement brésilien possède tous les instruments pour résoudre les problèmes budgétaires du pays », a assuré mercredi soir le ministre de la Planification, Nelson Barbosa, après avoir souligné que la décision de l’agence de notation était « une surprise ».

Ce fut également « une surprise pour le marché », selon Jim Reid, de Deutsche Bank, car la baisse est survenue « plus tôt que prévu ».

« Nous travaillons pour maintenir notre note d’évaluation auprès des marchés à un niveau égal ou supérieur », a-t-il ajouté.

« Pour être honnête, la perspective pour les finances publiques est assez mauvaise. Nous sommes face à une économie qui a vraiment dérapé », estime David Rees, économiste de Capital Economics, basé à Londres.

Le ministre des Finances, Joaquim Levy, a défendu dans un communiqué l’engagement du gouvernement à consolider le budget et a annoncé que de nouveaux ajustements seraient transmis au Parlement dans les prochaines semaines. « Cet effort [budgétaire] complète les mesures macroéconomiques prises depuis le début de l’année qui se traduisent déjà dans le processus de rééquilibrage des comptes extérieurs et dans la chute des perspectives d’inflation pour 2016 et 2017 entre autres indicateurs », a ajouté le ministre.

Les deux autres grandes agences de notation, Moody’s et Fitch, maintiennent encore le Brésil en catégorie investissement. André Leite, économiste de TAG Investimentos, considère cependant qu’elles pourraient emboîter le pas à SP.

« Si le Brésil est dégradé par une autre agence, des investisseurs institutionnels seront très probablement obligés de sortir leur argent du pays », a-t-il déclaré auprès de l’AFP.

Le gouvernement du Brésil a surpris fin août en transmettant au Parlement un budget pour 2016 qui prévoit un déficit primaire pour la première fois de l’histoire du pays. Il doit s’élever à 0,5 % du PIB, soit 30,5 milliards de réals (8,4 milliards de dollars).

Le Brésil est entré en récession au deuxième trimestre, à un moment où d’autres grands pays émergents comme la Russie et la Chine connaissent un ralentissement de leur croissance, voire une contraction de leur PIB, affectés par le ralentissement du moteur économique chinois, de la baisse des prix des matières premières et la perspective d’un resserrement monétaire aux États-Unis.

Et l’avenir n’est pas réjouissant, car les analystes prévoient que la récession durera au moins deux ans, jusqu’à fin 2016. Si cela se confirme, ce sera la deuxième fois que l’économie se contracte deux années de suite en 85 ans (1930-1931).

Le géant d’Amérique latine fait aussi face à une inflation de 9,56 % sur 12 mois, à un chômage en hausse à 7,5 % et à la chute de popularité de Mme Rousseff.

Le gouvernement tente de faire voter au Parlement des mesures d’ajustement budgétaire qui lui permettraient de réduire le déficit en diminuant les dépenses publiques. Mais la tâche est difficile en raison d’une crise politique entre l’exécutif et le Parlement, où des dizaines de parlementaires font l’objet d’une enquête pour corruption dans le scandale du géant Petrobras.

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