Inquiétudes et mobilisation à l’APTS

Martine Letarte Collaboration spéciale
« Nos inquiétudes commencent à être partagées par la population », affirme la présidente de l’APTS, Carolle Dubé.
Photo: Source APTS « Nos inquiétudes commencent à être partagées par la population », affirme la présidente de l’APTS, Carolle Dubé.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s’attend à un automne bien rempli avec l’intensification des négociations pour arriver à une nouvelle convention collective. Au coeur des pourparlers avec le gouvernement du Québec : la question salariale, bien sûr, mais aussi le développement des compétences et l’organisation du travail.

Chaque semaine, il y a des rencontres avec la partie patronale. Les négociations ont commencé il y a huit mois. La convention collective est échue depuis le 31 mars. L’APTS déplore le fait que le gouvernement n’est jamais revenu sur les propositions syndicales et souhaite tenter de trouver des terrains d’entente sur les propositions. Chose certaine : elle veut arriver à un règlement négocié.

« Nous sommes encore très loin d’un règlement et nous sommes inquiets puisque le gouvernement nous demande beaucoup de récupération dans les conditions de travail, dans la caisse de retraite notamment, puis son offre d’augmentation salariale de 3 % sur cinq ans n’est vraiment pas intéressante », affirme Carolle Dubé, présidente de l’APTS.

Tout n’est pas qu’une question de salaire, mais cela demeure important pour les membres de l’APTS.

Le Front commun auquel prend part l’APTS avec les autres syndicats du SISP, de la CSN et de la FTQ demande une hausse moyenne de 4,5 % par année, pour trois ans.

Il déplore que la rémunération des employés du secteur public, en tenant compte du régime de retraite et de tous les avantages sociaux, soit de 7,6 % inférieure à celle des autres salariés québécois.

« Déjà, c’est de plus en plus difficile dans les milieux de travail avec le contexte de coupes et de compressions, affirme Mme Dubé. On diminue les budgets des établissements, on demande toujours aux travailleurs de faire plus avec moins de ressources. Et là, on veut venir récupérer dans leurs conditions de travail et on ne leur fait pas une offre salariale intéressante. C’est évident que les gens sont en colère. »

Formation, organisation du travail, santé psychologique

 

L’APTS, qui représente des professionnels et techniciens, souhaite aussi une amélioration du soutien patronal en matière de formation continue.

« Plusieurs de nos membres dans des ordres professionnels doivent réaliser un certain nombre d’heures de formation continue et les budgets pour le maintien et le développement des compétences dans les établissements ont été grandement réduits, pour ne pas dire éliminés », remarque Carolle Dubé.

Les travailleurs désirent également avoir leur mot à dire dans l’organisation du travail.

« Ils souhaitent mettre à profit leur expertise et avoir une autonomie professionnelle lorsque différents projets sont mis en branle dans les établissements », affirme Mme Dubé.

Puis, alors que les sommes dépensées en assurance salaire augmentent dans les établissements, l’APTS s’inquiète que le gouvernement veuille rendre plus difficiles d’accès les absences pour maladie.

« Les gens sont au bout du rouleau après toutes ces années difficiles et plusieurs travailleurs tombent malades, constate Carolle Dubé. Toutefois, nous ne pensons pas que c’est en rendant l’accès aux congés plus difficile et en forçant le retour au travail qu’on réglera le problème. Des gens se sentent harcelés, ça n’aide en rien. Nous souhaitons, au contraire, qu’on donne du répit aux gens en épuisement professionnel. »

Appui de la population

 

Les membres de l’APTS s’inquiètent aussi des services qui seront donnés à la population.

« Ils se demandent comment ils pourront bien faire leur travail étant donné que les services sont attaqués de plein fouet actuellement, affirme Carolle Dubé. Ils sont aussi très mobilisés, puisque la situation ne peut plus continuer. »

Les syndicats du Front commun doivent d’ailleurs se prononcer prochainement sur un mandat de grève.

L’APTS a profité de la période estivale pour se rendre dans plusieurs lieux publics et rassemblements pour distribuer un feuillet d’information sur leurs revendications et partager leur point de vue.

« Nos inquiétudes commencent à être partagées par la population, affirme Carolle Dubé. Les gens nous ont dit qu’ils sont derrière nous. »

D’après l’APTS, la population commence à réaliser l’impact des coupes dans le milieu de la santé.

« Le ministre Barrette a passé l’été à expliquer pourquoi les services se sont détériorés un peu partout, dit-elle. Alors qu’on parle de coupes depuis un an et demi ou deux ans, les gens commencent à voir les impacts. Il y a de l’inquiétude. »

 

Diminution du filet social

Même si l’APTS est active dans le milieu de la santé et des services sociaux, elle s’inquiète aussi de ce qui se passe ailleurs, dans les écoles, notamment.

« L’éducation est un service tellement important : ça touche toute la population. Les enfants avec des difficultés doivent être pris en charge rapidement. Lorsqu’on reporte un problème à plus tard, il finit toujours par nous coûter plus cher. C’est la même chose en santé, lorsqu’on coupe en prévention par exemple et dans les soins à domicile. Mais on fait ces coupes probablement parce qu’elles paraissent moins sur le coup que, par exemple, des débordements dans les urgences ou des chirurgies annulées. »

L’APTS se préoccupe de voir la société québécoise amincir son filet social.

« Les riches peuvent toujours se payer des services et plusieurs ont des assurances privées, mais les moins bien nantis de la société s’en sortent moins bien, affirme Carolle Dubé. Je pense aux gens qui bénéficient de l’aide sociale, aux familles monoparentales, aux gens qui ont des problèmes de santé mentale. Plusieurs de nos professionnels et techniciens travaillent directement avec ces gens-là et ils voient les effets immédiatement. Les populations les plus vulnérables deviennent encore plus démunies. C’est vraiment inquiétant. »

L’APTS regroupe plus de 32 000 diplômés universitaires et collégiaux répartis dans près de 120 établissements de santé et de services sociaux au Québec.

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