Réduire les inégalités en… 140 indicateurs

Il faut bien plus que des impôts pour conjuguer avec succès croissance économique et réduction des inégalités, rapporte le Forum économique de Davos. Parmi l’ensemble des facteurs importants, le Canada se démarque, par exemple, en matière d’éducation et fait encore mieux en ce qui a trait à l’accès pour tous à la finance, mais pourrait faire beaucoup mieux au chapitre de l’assurance-emploi, des services de garderie ou encore de la création d’entreprises.

« À l’échelle de la planète, nul défi politique ne préoccupe davantage les leaders politiques que l’expansion de la participation sociale au processus et aux bénéfices de la croissance économique », constate un rapport d’une centaine de pages dévoilé lundi par le Forum économique mondial. Malheureusement, on résume trop souvent cet enjeu à une opposition entre croissance économique et équité sociale et l’on ne conçoit pas d’autres moyens d’action pour les gouvernements que plus ou moins d’impôt et de transferts sociaux, déplore le rapport qui propose plutôt un cadre de référence comprenant 140 indicateurs de performance.

Appliqués à 112 pays, tous ces indicateurs peuvent être regroupés en sept piliers censés, chacun à leur façon, « rendre la croissance plus inclusive sur le plan social, sans atténuer pour autant les incitations au travail, à l’épargne et à l’investissement ». Outre les habituels transferts fiscaux des gouvernements, il s’agit notamment de l’éducation, de l’emploi et la rémunération, de l’accès aux services et infrastructures de base, y compris en santé, des conditions en matière de propriétés et d’entrepreneuriat, des liens entre la finance et l’économie réelle, et de l’importance relative de la corruption et d’autres rentes qui plombent l’économie.

Le but de ce premier Rapport sur la croissance et le développement inclusifs des organisateurs de la grande conférence économique qui se tient chaque année à Davos, en Suisse, est d’offrir aux pays la possibilité de se comparer entre eux et de s’inspirer des meilleurs. Le nombre de variables est tellement grand que ses auteurs ont renoncé à l’idée d’établir un classement général. « L’approche la plus appropriée à adopter par les différents pays dépendra de leur situation particulière. Néanmoins, notre analyse met en évidence que tous les pays doivent s’améliorer », a expliqué Jennifer Blanke, économiste en chef au Forum économique mondial.

Le Canada dans la moyenne forte

 

On ne peut cependant pas manquer de remarquer que les pays d’Europe du Nord, tels que la Finlande, la Norvège et le Danemark — habitués aux premiers rangs de ce genre de classement —, font bien cette fois-ci encore.

Le Canada, quant à lui, se situe généralement dans la première moitié du groupe des 30 pays les plus avancés avec le 9e produit intérieur brut par habitant et le 12e rang en matière de compétitivité économique, alors que ses niveaux d’inégalité de revenu avant et après l’impôt et les transferts sociaux lui valent respectivement le 13e et le 19e rang. Le pays arrive même premier en ce qui a trait au lien entre la finance et l’économie réelle, grâce notamment à son degré d’accessibilité et son caractère abordable tant auprès des banques que des investisseurs. Les auteurs du rapport saluent aussi son cadre éducatif (7e sur 30), à la fois pour sa qualité et pour son accessibilité à toutes les classes sociales. Le Canada fait bonne figure aussi au chapitre de la fiscalité (7e), en raison notamment de la progressivité de son régime de retraite (3e), du faible niveau de ses taxes à la consommation et des impôts fonciers (3e) et du faible effet dissuasif que ses impôts ont sur le travail (5e).

« Le Canada pourrait toutefois mieux faire en matière de protection sociale », note le rapport, en matière notamment de niveau de couverture par l’assurance-emploi (18e), de congé de maternité (dernier) et de coût des services de garde (18e), mais aussi en ce qui a trait au nombre de nouvelles entreprises créées chaque année (27e).

Les leçons à tirer

Le rapport du Forum de Davos arrive à six conclusions. « Premièrement, tous les pays doivent s’améliorer », dit-on. On note aussi qu’il est possible de promouvoir l’inclusion et la croissance en même temps. On observe que le fait d’exercer une forte pression fiscale et un taux de redistribution élevé n’empêche pas de nombreux pays à se montrer « très compétitifs » sur le plan économique. On ajoute que « la promotion de l’inclusion sociale ne constitue pas un luxe que seuls les pays à hauts revenus peuvent se permettre ». Au contraire, certains pays en développement font même mieux que plusieurs pays riches, notamment en matière d’éthique commerciale et politique, du caractère inclusif du système financier et de la qualité et l’équité dans l’éducation.

On remarque souvent aussi des similarités entre les pays d’une même région, ce qui suggère « le rôle important joué par une culture commune, les traditions historiques ou les réflexes politiques et économiques ». Ce constat n’est pas nécessairement très rassurant pour le Canada, dont le voisin immédiat, les États-Unis, se classe dans la moitié faible des pays avancés pour chacun des sept piliers étudiés dans le rapport, à l’exception de celui sur les conditions en matière de propriétés et d’entrepreneuriat, où il arrive deuxième.

À la lumière de ces observations, le rapport constate et déplore enfin que la question des inégalités soit trop souvent prisonnière d’un débat « restreint et polémique ». « Il est possible et même essentiel d’être proemploi et proentreprises. De promouvoir à la fois l’inclusion sociale et l’efficacité des marchés. »

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