Les épargnants italiens se mobilisent

Milan - Les porteurs d'obligations italiens lésés par le krach Parmalat et la faillite de Cirio — s'ajoutant au moratoire sur les obligations argentines — organisent leur défense au moment où les grands groupes italiens, aidés par les banques du pays, font leur possible pour rassurer le marché.

Dans toute l'Italie, des comités de défense des petits porteurs se mettent en place afin de s'assurer les services d'avocats et tenter de sauver leur bas de laine.

La puissante organisation de consommateurs Federconsumatori, qui annonce une grande manifestation des petits porteurs pour le 21 janvier, a mis en place des centres d'information dans le pays tandis qu'elle multiplie les interventions au sein de l'État y compris auprès du président du Conseil, Silvio Berlusconi.

Une autre organisation, la Confconsumatori, s'est portée partie civile dans l'action judiciaire contre les anciens responsables du géant de l'agroalimentaire.

Restaurer la confiance

Alors que l'opinion publique gronde, les banques s'efforcent tant bien que mal de restaurer la confiance. La banque Sanpaolo IMI, troisième établissement bancaire italien, qui présente une exposition de 300 millions d'euros auprès de Parmalat, a décidé de promouvoir la constitution de comités de clients. «Dans le krach Parmalat nous aussi faisons partie de ceux qui sont lésés», a déclaré le président de la banque, Rainer Masera.

Giovanni Bazoli, président de Banca Intesa, première banque italienne dont 15 % du capital est détenu par le Crédit agricole, envisage d'indemniser ses clients porteurs d'obligations Parmalat (et aussi d'obligations Cirio). Résultat, l'action Banca Intesa a plongé mardi à la Bourse de Milan avant de se redresser hier matin.

Capitalia, quatrième établissement bancaire du pays, accusé par Calisto Tanzi, le dirigeant déchu de Parmalat, d'avoir tiré les ficelles de rachats surévalués, s'est engagée à indemniser ses clients souscripteurs d'obligations Parmalat et Cirio pour un total évalué à 60 millions d'euros. Capitalia qui a officiellement repoussé les accusations de Calisto Tanzi, est exposé à hauteur de près de 400 millions d'euros dans le krach Parmalat.

Les analystes soulignent que ce sont surtout les petites et moyennes entreprises italiennes qui souffrent de la suspicion des marchés alors que les grandes sociétés n'ont en revanche aucun problème pour couvrir leurs besoins en trésorerie.

Pour preuve, Telecom Italia a annoncé mardi que son émission d'obligations avait été un succès auprès des investisseurs institutionnels, avec les trois milliards d'euros de titres entièrement placés et une demande totalisant cinq milliards.

Les patrons se mobilisent

Tandis que la presse financière internationale jette l'opprobre sur les sociétés italiennes, les grands patrons italiens montent au créneau. Le président de Fiat Umberto Agnelli est intervenu publiquement et Luciano Benetton a estimé dans une entrevue que le cas Parmalat concerne «le système financier international».

«Si mon voisin est un criminel, cela ne veut pas dire que moi aussi je suis un bandit», déclarait dans une entrevue récente le patron de la marque au sigle United Colours. «Comment se fait-il qu'un système entier de contrôles se laisse embobiner par une fausse lettre proclamant la présence de quatre milliards qui n'existent pas?», demandait M. Benetton qui réclame des sanctions y compris financières à l'égard des sociétés d'audit défaillantes.

En tout cas, la vie politique italienne est dominée par la nécessité de réviser les quatre organismes nationaux de contrôle: la Consob, gendarme de la Bourse, la Banque d'Italie, l'autorité de contrôle des assurances (Isvap) et celle des fonds de pension (Covip). Le président de Telecom Italia, Marco Tronchetti Provera, a souligné hier dans le Financial Times l'urgence absolue de cette réforme pour l'avenir économique du pays.