La Chine et les migrants s’invitent au G20

Les grands argentiers du G20 tentaient vendredi en Turquie de serrer les rangs face à deux défis économiques majeurs, le ralentissement chinois et une probable hausse de taux américaine, et n’ont pu faire l’impasse sur la crise des migrants qui secoue l’Europe. Les cahots boursiers et économiques en Chine comme les intentions de la Réserve fédérale américaine (Fed) constituent jusqu’à samedi le plat de résistance des débats des ministres des Finances et banquiers centraux des vingt principales économies mondiales réunis jusqu’à samedi à Ankara.

Comme il l’avait annoncé, le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, a mis les pieds dans le plat en demandant explicitement, lors d’une rencontre avec le ministre chinois Lou Jiwei, à Pékin de « s’abstenir de toute dévaluation compétitive ».

La Chine doit progresser vers un « système de taux de change davantage déterminé par le marché », a souligné M. Lew dans un communiqué diffusé après l’entretien. Au-delà de cette friction américano-chinoise, les participants du G20 veulent s’efforcer de rassurer, en particulier les Bourses, encore en baisse vendredi. « L’ambiance n’est pas du tout de mettre la Chine sur le banc des accusés », a assuré un participant aux réunions vendredi, disant avoir une « pleine confiance » dans la capacité du gouvernement chinois, assis sur plus de 3000 milliards de dollars de réserves en devises, à gérer le ralentissement.

« Mais il faut communiquer de manière plus claire » à Pékin, a encore dit cette source, évoquant la dévaluation brutale du yuan en août, qui avait pris de court les marchés.

« Nous sommes vigilants mais pas inquiets », a affirmé à l’AFP le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Le patron de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a lui assuré jeudi qu’il ne se fixait « aucune limite » dans son soutien à l’économie de la zone euro.

C’est désormais au tour de la Fed de préciser ses intentions. La publication vendredi de chiffres mitigés sur l’emploi américain a donné des arguments à la fois pour et contre une hausse des taux dès le 17 septembre. Une telle décision, après des années de largesse monétaire, enverrait une onde de choc dans les pays émergents, dont certains, comme le Brésil et la Russie, sont déjà mal en point.

La Turquie, guère plus vaillante, a vu sa devise toucher un nouveau plus bas historique face au dollar vendredi, sous la barre des 3 livres turques pour un billet vert.

Un durcissement monétaire américain aurait un effet d’aspirateur sur les capitaux, aimantés par de meilleurs rendements, au détriment des économies émergentes.

Les ministres et gouverneurs, sans le Français Michel Sapin retenu par des discussions fiscales à Paris, doivent aborder aussi les « fonds vautours » qui empêchent certains pays de restructurer leurs dettes, le financement du terrorisme, le réchauffement climatique, et les stratégies des multinationales pour éviter l’impôt.

Discussion sur les migrants

Quittant la sphère purement économique, les responsables réunis à Ankara ont également évoqué les migrants, dans un contexte de grande émotion internationale après la publication de la photo du corps sans vie du petit Aylan. L’enfant syrien a été inhumé vendredi à Kobané avec sa mère et son frère.

« Nous avons discuté pour la première fois la question des migrations dans le cadre des migrations de travail », a déclaré à la presse le ministre turc du Travail et de la Sécurité sociale, Ahmet Erdem. « Si l’on considère le vieillissement rapide de la population mondiale et un possible déficit de main d’oeuvre à venir, je pense que cette question sera encore discutée davantage lors des réunions du G20 dans les années à venir », a prédit M. Erdem.

M. Moscovici a lui appelé à une réponse européenne « extrêmement forte et unie ». « Le nationalisme n’est jamais la réponse, la fermeture n’est jamais la réponse, le manque de générosité n’est jamais la réponse », a-t-il insisté, alors que les pays européens restent divisés.

Le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurria, a lui appelé dans un communiqué à soutenir une proposition « structurée et ambitieuse » du président François Hollande et de la chancelière Angela Merkel sur des quotas obligatoires d’accueil de migrants dans les pays de l’Union européenne.

Le « Groupe des vingt » représente 85 % de l’économie mondiale et deux tiers de la population mondiale.