Déficit américain: un nouveau record pour 2003

Washington - Les États-Unis vont annoncer un nouveau déficit commercial record en 2003 mais la tendance devrait s'inverser cette année grâce à la baisse du dollar qui rend leurs produits plus compétitifs.

Sur les 11 premiers mois de 2003, le déficit commercial des États-Unis a atteint 446,8 milliards $US, soit plus que le déficit de l'ensemble de l'année 2002 qui constituait un record à 418 milliards. «Le déficit commercial battra un nouveau record en 2003, cela ne fait aucun doute», estime John Lonski de Moody's Investors services. Mais «les choses iront mieux en 2004», assure-t-il.

Les États-Unis ont payé l'an dernier une croissance plus forte que dans le reste du monde, qui a renforcé l'appétit de consommation des Américains notamment pour les produits étrangers alors qu'ils peinaient à écouler leurs propres biens hors de leurs frontières. De janvier à novembre 2003, les importations ont augmenté de 8,4 % mais les exportations de 4 % seulement. Au total, le déficit s'est aggravé de près de 19 % sur cette période.

Quoiqu'attendu, ce creusement est une mauvaise nouvelle car il va de pair avec un trou lui aussi record dans le budget, de 374 milliards pour 2003 — ces «déficits jumeaux» qui suscitent des inquiétudes parmi les partenaires des États-Unis.

Dépréciation du dollar

La bonne nouvelle est que la dépréciation du dollar, qui n'a pas réussi à éviter un déséquilibre record l'an dernier, devrait commencer à avoir un effet en 2004. L'euro a progressé de 20 % face au dollar en 2003, ce qui rend mécaniquement les produits américains moins chers à l'étranger mais renchérit le coût des produits étrangers aux États-Unis.

Dès la fin de 2003, une inflexion était déjà perceptible. Les États-Unis ont réduit leur déficit de 8,6 % à 38 milliards en novembre, ce qui est le niveau le plus bas en un an. «Le dollar faible semble faire ce qu'il est censé faire, augmenter les exportations, baisser les importations et réduire le déficit», souligne l'économiste indépendant Joel Naroff.

Bien sûr, il y a eu des éléments exceptionnels en novembre, tel le bond de 1,2 milliard $US des exportations d'avions. Mais la tendance devrait se poursuivre et «il y a de bonnes chances que le déficit commercial finisse par se stabiliser», assure Jay Bryson du groupe financier Wachovia. D'abord «la croissance mondiale devrait se renforcer en 2004 et les exportations de biens d'équipement devraient continuer de croître», selon lui.

La baisse du dollar devrait également «aider à stabiliser et au bout du compte faire baisser le déficit», selon l'analyste.

Des bémols

Il y a toutefois plusieurs bémols. D'abord, les États-Unis importent beaucoup plus qu'ils n'exportent et il faudra que les exportations progressent bien plus rapidement que les importations pour voir une amélioration sensible de la balance commerciale.

Par ailleurs, le déséquilibre est de plus en plus marqué avec la Chine, qui a représenté un quart du déficit l'an dernier. Or le yuan est lié au billet vert par un taux de change fixe donc «la dépréciation n'aide pas en ce qui concerne le commerce avec la Chine», souligne John Lonski.

L'amélioration sur ce front devra venir d'une hausse des achats chinois — une tendance amorcée ces derniers temps. «Les Chinois se sont sentis obligés d'acheter des biens d'équipement pour réduire les tensions politiques provoquées par l'aggravation du déficit commercial», note M. Lonski.

En novembre ainsi, Boeing a reçu commande de 30 appareils pour environ 1,7 milliard $US et Pékin a autorisé General Motors à exporter 1,3 milliard $US de véhicules. Mardi encore, les équipementiers en télécommunications Motorola et Lucent Technologies ont décroché pour plus de 1,4 milliard de contrats en Chine.