Même si Enron a rendu nécessaire le resserrement des règles - Les entreprises craignent le coût de la nouvelle gouvernance

Un gardien de sécurité faisait les cent pas devant les bureaux d’Enron le jour de l’annonce de la faillite fracassante du groupe. Selon une récente enquête, 83,5 % des dirigeants d’entreprise estiment que les nouvelles règles de gouvernance im
Photo: Agence Reuters Un gardien de sécurité faisait les cent pas devant les bureaux d’Enron le jour de l’annonce de la faillite fracassante du groupe. Selon une récente enquête, 83,5 % des dirigeants d’entreprise estiment que les nouvelles règles de gouvernance im

Favorables aux nouvelles règles de gouvernance, les dirigeants d'entreprise craignent toutefois que celles-ci leur coûtent plus cher que ce qu'elles leur rapporteront.

Selon une récente enquête réalisée auprès de 131 dirigeants d'entreprises canadiennes pour le compte de la revue CAmagazine et de la firme-conseil Resources Connection, 83,5 % d'entre eux estiment que les nouvelles règles imposées en cette matière par les autorités américaines et canadiennes étaient devenues nécessaires à la suite notamment de l'éclatement, il y a deux ans, des scandales d'Enron et de WorldCom.

Un plus grand nombre encore (90 %) ont toutefois précisé que ces changements ne se feront pas sans efforts et dépenses additionnels en ce qui a trait particulièrement au fonctionnement des conseils d'administration, des processus de vérification externe, des systèmes de contrôle financier et de l'embauche. Bien qu'ils disent savoir que c'est le prix à payer pour rassurer les investisseurs et éviter une hausse de leurs coûts de financement, une majorité d'entre eux (47,6 %) s'attendent à ce que ce prix dépasse les avantages qu'ils en tireront, contre 38,7 % qui pensent le contraire et 13,7 % d'indécis.

Aux États-Unis, rappellent les auteurs de la recherche, la Securities and Exchange Commission (SEC) a reconnu elle-même qu'il pourrait en coûter, en quelques mois seulement, plus de 1,5 milliard aux entreprises américaines pour se conformer aux nouvelles règles de bonne gestion. De ce montant, 1,24 milliard sera induit par la seule règle de sauvegardes comptables qui se traduit par un accroissement des formalités administratives et des coûts juridiques.

Au Canada, plusieurs entreprises ont déjà commencé à réviser en détail tous leurs processus à leurs sièges sociaux ainsi que dans leurs filiales, et ce, uniquement afin de se plier à une version remaniée préliminaire des règles de la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario.

Les leçons d'Enron?

Étonnamment, près de 31 % des entreprises interrogées ont affirmé qu'elles entendaient faire appel autant, sinon plus que par le passé, aux services de leurs firmes de vérification externe afin que ces dernières accomplissent d'autres tâches que le strict contrôle des comptes, notamment en matière de fiscalité, de finances et de fusions d'entreprises, ou de technologies d'information. Parmi les 75 entreprises ayant répondu au sondage et n'étant cotées qu'à la Bourse de Toronto, cette proportion frôle les 42 %. Elle tombe à 25,5 % chez les 56 autres qui se retrouvent également inscrites sur les marchés boursiers américains.

À l'origine de ce grand remue-ménage dans les règles de gouvernance des entreprises, le scandale d'Enron, aux États-Unis, et de sa firme de vérification externe Andersen, avait mis en lumière les dangers liés à cette pratique du double emploi. Cela n'a pas empêché que seulement 15 % des 131 dirigeants consultés dans l'enquête ont fait connaître leur intention de procéder dorénavant à une séparation complète entre les deux types de responsabilité.

Fait révélateur, 62 % d'entre eux confient aussi qu'ils auront besoin d'aide pour s'y retrouver dans toutes ces nouvelles règles de gouvernance qu'on leur impose et les appliquer comme il faut. S'ils souscrivent tout à fait, par exemple, au principe voulant que les membres de leurs conseils d'administration devraient être «indépendants» et «compétents», ils soulignent que la définition de ces deux concepts demeure encore bien vague.