La SEC donne son accord - La Bourse de Montréal lancera un parquet d'options à Boston

Le feu vert est venu. Deux ans après l'annonce initiale, la Bourse de Montréal a finalement reçu l'aval réglementaire de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis. Le parquet spécialisé peut donc aller de l'avant avec l'implantation de son modèle de Bourse d'options en sol américain, qui installera sa plate-forme avant-gardiste de négociations dans un marché de plus de 700 millions de contrats négociés chaque année.

Exploitée par le parquet montréalais, la Boston Options Exchange (BOX) doit lancer ses activités commerciales vers la fin du mois. Elle deviendra ainsi la sixième Bourse d'options aux États-Unis, un pays qui abrite le plus important marché d'options sur actions de la planète. Selon les données fournies par l'institution montréalaise, le marché américain abrite 2100 classes d'options sur actions de compagnies américaines inscrites en Bourse. Le volume atteint les 700 millions de contrats négociés chaque année, soit l'équivalent d'un volume quotidien de trois millions de contrats portant sur une valeur notionnelle de 32 milliards $US par jour.

À titre de comparaison, la négociation d'options sur actions canadiennes, qui comptent pour 37 % du volume de la Bourse de Montréal, a atteint les 6,6 millions de contrats négociés pour l'ensemble de 2003. C'est tout dire de l'écart!

Une première

Du même souffle, la Bourse de Montréal devient la première firme étrangère à exploiter une Bourse aux États-Unis. Elle devient également la première à offrir une structure libre faisant appel à un modèle de marché électronique s'articulant autour de l'accès direct à un carnet des ordres centralisé. Les spécialistes sont ici remplacés par des mainteneurs de marché qui s'activent autour de ce carnet selon une priorité «premier entré, premier servi». L'exécution devient ainsi plus rapide, plus transparente et à meilleur coût tout en préservant l'anonymat des ordres et en facilitant le suivi réglementaire.

Quatre des cinq autres intervenants conservent le modèle du parquet traditionnel avec ses fonctions de spécialistes. Selon cette approche, le registre est géré par ces spécialistes. L'exécution des ordres devient ainsi plus lente et se fait à des prix généralement supérieurs, sous la forme d'un écart plus large entre les cours acheteur et vendeur.

Un cinquième intervenant, l'International Securities Exchange (ISE), s'est le plus rapproché du modèle développé par la Bourse de Montréal en prenant le virage électronique mais tout en retenant cependant le système de spécialistes. N'empêche, seule l'adoption d'une plate-forme automatisée a permis à l'ISE de faire passer sa part de marché de 2 à 31 % en 15 mois. Ce gain a été fait au détriment des parquets traditionnels tels le Chicago Board Options Exchange et l'American Stock Exchange, qui ont entre-temps vu leur part de marché tomber à 25 % et 19 % en novembre dernier, contre 41 et 31 % respectivement en août 2002. «Notre annonce, il y a deux ans, a lancé la réflexion. Mais la réalité demeure», a résumé Luc Bertrand. Le président et chef de la direction de la Bourse de Montréal devient également le président du conseil de BOX.

Le parquet électronique montréalais est le principal actionnaire, avec une participation d'environ 33 %, au sein d'un partenariat qui compte la Bourse de Boston comme deuxième actionnaire en importance. Le reste de l'actionnariat de BOX est retenu par l'Interactive Brokers Group, qui se définit comme étant la plus grosse société de mainteneurs de marché au monde avec une présence dans quelque 135 pays, et par quatre grandes firmes de courtage ou banques d'affaires (Credit Suisse First Boston, JP Morgan, Citigroup et UBS Warburg).

BOX devient ainsi la première plate-forme de négociation à distance pour plus d'une centaine de courtiers. Le réseau est complété par un système de communications constitué de trois grandes plaques tournantes installées à San Francisco, Chicago et New York.

La pertinence du choix technologique

Surtout, le projet vient concrétiser la pertinence du choix technologique de la Bourse de Montréal, devenue en 1999 la seule Bourse canadienne de produits dérivés. «La transformation de la Bourse de Montréal a rapidement retenu l'attention de nos collègues de la Boston Stock Exchange et de son partenaire, Interactive Brokers, qui cherchait à implanter une nouvelle Bourse d'options aux États-Unis. La technologie et le modèle de marché mis en place par la Bourse de Montréal sont inédits sur le marché nord-américain. Ils sont à l'origine de la création de BOX et positionnent Montréal comme un acteur important de la transformation du paysage boursier américain», a renchéri Luc Bertrand.

La Bourse de Montréal doit fournir à BOX les services d'exploitation et de développement ainsi que les droits d'utilisation des logiciels de négociation, ce qui pourrait entraîner la création de 25 nouveaux emplois à Montréal. Conformément à la législation américaine, les services d'autoréglementation et de surveillance seront assurés par la Bourse de Boston. Interactive Brokers est pour sa part chargé de la structuration du marché d'options et du développement des outils de marketing.

BOX prévoit inscrire à sa cote cette année des options sur quelque 250 titres parmi les plus négociés aux États-Unis. Il faut cependant penser que ce portefeuille sera rapidement élargi pour comprendre un nombre accru de classes d'options et pour déborder éventuellement aux contrats à terme et autres dérivés.

Au Canada, les statistiques de la Bourse de Montréal font ressortir qu'il s'est négocié l'an dernier 17,7 millions de contrats sur produits dérivés, soit une croissance de 21 % en un an et de 40 % en deux ans. La plus grosse part est venue des dérivés sur taux d'intérêt, avec 9,3 millions de contrats négociés (en hausse de 40 % par rapport à 2002), suivis des options sur actions, avec 6,6 millions de contrats (en hausse de 2 %), puis des dérivés sur indice, avec 1,7 million de contrats (en hausse de 15 % sur le volume de 2002).