Le travail précaire recule en Allemagne

La baisse de l’activité et les mises à pied prédites dans certains secteurs de l’économie allemande ne se sont pas réalisées : la restauration, notamment, a poursuivi sa croissance en dépit de l’adoption d’un salaire minimum.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse La baisse de l’activité et les mises à pied prédites dans certains secteurs de l’économie allemande ne se sont pas réalisées : la restauration, notamment, a poursuivi sa croissance en dépit de l’adoption d’un salaire minimum.

Jamais, depuis vingt-quatre ans, le taux de chômage n’avait été aussi bas au mois d’août en Allemagne. Avec 2,796  millions de personnes sans emploi, soit 6,4 % de la population active, l’Allemagne voit certes son taux de chômage progresser de 0,1 point par rapport à juillet, selon les chiffres publiés le 1er septembre.

Mais si l’on se fie aux données corrigées des variations saisonnières, celui-ci diminue légèrement (–7000 personnes). Sur un an, ce sont même 106 000 personnes de moins sur les listes du chômage.

« Le marché du travail continue d’évoluer de façon favorable », juge Frank-Jürgen Weise, directeur de l’agence pour l’emploi. Même si certains experts pensent que la situation va rester stable et cesser de s’améliorer au second semestre, les chiffres du chômage montrent un marché du travail robuste. Tous les indicateurs sont au vert.

Ainsi, certains avaient pronostiqué que l’introduction d’un salaire minimum allait nuire à l’emploi des moins qualifiés et faire progresser le chômage. Le phénomène devait être plus marquant dans l’est de l’Allemagne et dans le secteur de la restauration. Pour le moment, rien ne confirme ce pronostic. Pourtant, selon un rapport de la Bundesbank publié mi-août, les salaires des moins qualifiés ont parfois bondi de 10 % suite à l’introduction d’un salaire minimum de 8,50  euros de l’heure. Mais l’hôtellerie-restauration a vu son chiffre d’affaires progresser au premier semestre de 4,3 % et le nombre de salariés augmenter de 5,7 %, un chiffre qui est encore supérieur dans l’est de l’Allemagne (+6,1 %), là où les effets du salaire minimum étaient les plus redoutés.

Autre bonne nouvelle : les emplois dits atypiques — CDD, intérim, mini-jobs et contrats de moins de 20 heures par semaine — continuent de diminuer. Si le nombre de salariés a légèrement augmenté entre 2013 et 2014, évoluant de 35,63  millions à 35,90  millions (+0,7 %), le nombre d’emplois atypiques est passé de 7,64 à 7,51  millions (–1,7 %), a indiqué Destatis, l’office fédéral de la statistique, le 21  août.

Moins de salariés peu qualifiés

 

Alors que les femmes occupent 70 % de ces emplois atypiques, cette bonne conjoncture ne permet pas néanmoins de satisfaire toutes leurs attentes : selon une enquête de l’institut pour le marché du travail et la recherche professionnelle (IAB), 15 % des femmes travaillant moins de 20 heures par semaine aimeraient passer à temps plein mais ne trouvent pas d’emploi.

Enfin, et c’est sans doute l’élément le plus important pour l’avenir du marché du travail, le nombre de salariés peu qualifiés diminue sensiblement. Selon une étude de Destatis présentée le 27  août, sur les 44,8  millions de personnes actuellement en âge de travailler, 5,9 millions (13,1 %) sont considérées comme « peu qualifiées », car elles ne possèdent ni diplôme professionnel ni diplôme de l’enseignement supérieur.

Dix ans auparavant, 7,6  millions de personnes (soit 16,9 % des actifs) étaient dans ce cas. À l’autre bout du spectre, les diplômés de l’enseignement supérieur sont passés de 24 % à 29 % des actifs. Revers de la médaille : si 23 % des peu qualifiés pouvaient être considérés comme pauvres, car gagnant moins de 60 % du revenu médian en 2005, c’est aujourd’hui le cas de 30,8 % d’entre eux.

À voir en vidéo