La Chine plombe une fois de plus les marchés

Une industrie manufacturière chinoise en difficulté continue et un baril de pétrole qui traverse des montagnes russes. Il n’en fallait pas plus mardi pour remettre les marchés boursiers sur une nouvelle pente descendante, dont l’indice principal de Toronto, au sein duquel l’énergie et les matériaux représentent 30 % du total.

La volatilité ne montre aucun signe de répit : alors que la Bourse de Toronto a lâché 377 points, ou 2,7 %, la Bourse de New York s’est repliée de près de 3 %, ou 470 points, soit sa troisième plus grosse dégelée de l’année. Le S&P 500, qui recense un plus grand nombre d’entreprises et fait davantage figure de baromètre, a cédé 58 points, ou 3 %.

Le baril de pétrole West Texas Intermediate, qui se négociait à plus de 100 $ américains l’an dernier et vient d’entraîner l’économie canadienne dans une récession « technique », a chuté de 8 % pour revenir à 45,17 $ américains.

La journée a commencé sur les chapeaux de roue. Les marchés européens, eux aussi en baisse significative de 2 et 3 %, et ceux de l’Amérique du Nord se sont levés en lisant que le secteur manufacturier chinois, moteur de l’économie, traverse son plus important ralentissement des trois dernières années. Les statistiques chinoises qui ont déclenché le mouvement vers la sortie sont celles qui calculent les intentions des directeurs d’achats.

Croissance mondiale plus faible

La présidente du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a même laissé planer une révision des prévisions de croissance mondiale, attendue à 3,3 % cette année. « Globalement, nous nous attendons à ce que la croissance mondiale reste modérée et probablement plus faible que ce que nous anticipions en juillet », a-t-elle dit lors d’un discours en Indonésie.

Du coup, le secteur manufacturier américain traverse lui aussi un passage en eaux boueuses. Même si l’économie américaine a connu au deuxième trimestre une forte croissance de 3,7 % en rythme annualisé, un indice mensuel publié par l’Institute for Supply Management publié mardi suggère que la croissance de ce secteur est à son plus faible depuis deux ans.

« Les gens se lèvent, voient les marchés perdre quelques centaines de points, et ils sont placés devant un dilemme, ils sont déchirés entre la peur et la cupidité, a dit au Devoir Eric Kirzner, titulaire de la Chaire en placements axés sur la valeur à l’Université de Toronto. Ils hésitent entre un investissement supplémentaire et une sortie du marché. J’ai déjà reçu trois courriels ce matin de divers comités [auxquels je participe]. »

La volatilité des dernières semaines fait en sorte que la Bourse de Toronto, dominée par les services financiers, qui comptent pour 36 % de sa valeur totale, est au même point qu’il y a une semaine, mais en baisse de 11 % par rapport au début du mois de juin.

L’indice VIX, qui mesure la volatilité des options d’achat et de vente autour des sociétés du S&P 500, s’est calmé depuis une semaine. À 31,40, il excède quand même de 160 % le niveau qu’il affichait le mois dernier.

La recherche de rendements, pour les investisseurs et les gestionnaires de régimes de retraite, est devenue plus complexe en raison de la volatilité des marchés boursiers, mais aussi de la faiblesse des taux d’intérêt. Nombreux sont ceux qui prédisent des années plus difficiles, comme l’a fait récemment le président de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia.

Au cours des dernières semaines, les spécialistes ont multiplié les appels au calme, incitant les épargnants ordinaires à laisser passer la tempête. « L’objectif devrait reposer sur la construction d’un portefeuille équilibré qui vise des objectifs à long terme et respecte votre seuil de tolérance », a insisté M. Kirzner.