Le ralentissement chinois s’invite à la conférence monétaire

La présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, a délégué son second, Stanley Fisher, à la conférence monétaire de Jackson Hole.
Photo: Manuel Balce Agence Associated Press La présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, a délégué son second, Stanley Fisher, à la conférence monétaire de Jackson Hole.

Le gotha des banquiers centraux se retrouve cette fin de semaine à la conférence monétaire traditionnelle de Jackson Hole aux États-Unis, où le ralentissement de l’économie chinoise vient jouer les trouble-fête.

Le prestigieux symposium qui se tient depuis jeudi soir jusqu’à samedi dans la station de ski du Wyoming est consacré officiellement au thème « Politique monétaire et dynamique d’inflation ». Mais l’affaiblissement de la deuxième économie mondiale et son impact sur l’expansion occidentale, notamment sur l’inflation aux États-Unis et la volatilité des marchés financiers, pourraient prendre la vedette.

Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed) et Mario Draghi, son homologue de la BCE, vont laisser la main à leurs numéros deux cette année : Stanley Fischer, vice-président de la Fed, doit s’exprimer samedi de même que Vitor Constancio, de la BCE, a-t-on confirmé à Francfort. D’autres banquiers centraux occidentaux et d’économies émergentes seront présents ainsi qu’une kyrielle d’économistes.

Avant les turbulences financières des deux dernières semaines, la Fed semblait dans les blocs de départ pour commencer à enfin normaliser en septembre sa politique monétaire après presque sept ans de taux d’intérêt exceptionnellement bas. Mais l’essoufflement de la Chine a fait dégringoler les bourses asiatiques et augmenter les perspectives de baisse des prix des matières premières, donc des prix à l’importation aux États-Unis.

Le moment paraît mal choisi pour relever les taux le mois prochain et alimenter, de facto, l’appréciation du billet vert qui déjà fait fuir les capitaux des économies émergentes d’Asie, renchérit les dettes d’entreprises contractées en dollars et ampute les bénéfices des multinationales américaines. William Dudley, président de la Fed de New York, a jeté un gros doute mercredi sur les perspectives d’une imminente hausse des taux américains, affirmant que le besoin d’un relèvement en septembre lui semblait « moins impérieux ».

« On peut rarement avoir une déclaration plus claire de la part d’un banquier central », reconnaissait Harm Bandolz, économiste chez UniCredit. « Bill Dudley n’aurait pas pu dire cela sans l’assentiment de Janet Yellen », la présidente, assure-t-il.

Dans le même temps, l’économie américaine se porte bien et semble désormais capable d’encaisser un premier relèvement minime des taux d’intérêt qui sont maintenus proches de zéro depuis fin 2008. La croissance a affiché un insolent 3,7 % au deuxième trimestre. Le taux de chômage est au plus bas depuis sept ans à 5,3 %. Seul point noir, l’inflation très basse persiste, un phénomène que les économistes n’apprécient guère, car il décourage la consommation et pénalise emprunteurs comme épargnants.

« Alors qu’est-ce qui est le plus important ? demande Joel Naroff, économiste indépendant. L’économie américaine ou les marchés boursiers ? Que la Fed mette fin à la confusion ! » lance-t-il. Il est difficile d’y voir clair et d’anticiper les initiatives de la banque centrale chinoise qui cherche de son côté à juguler les turbulences et la sortie des capitaux.

Bill Gross, du fonds Janus Capital, considéré comme le « pape » du marché obligataire, a laissé entendre dans un gazouillis que Pékin procède à des ventes massives de bons du Trésor américain pour soutenir son économie. La Chine est le premier détenteur d’obligations américaines avec un portefeuille de 1271 milliards de dollars (chiffres de juin), mais on ne connaîtra clairement sa nouvelle position qu’au mois d’octobre, le Trésor américain ne publiant cet état des lieux qu’avec deux mois de retard.

Sur le front boursier, Chris Low, de FTN Financial, un autre analyste écouté aux États-Unis, affirme que Pékin a massivement acheté des actions mercredi, faisant remonter les indices chinois dans le vert. « Tous ces événements compliquent le tableau, mais pour moi, il est temps que le processus de normalisation des taux commence », a affirmé jeudi Esther George, présidente de la Fed de Kansas City.

Pour cette dernière, hôte de la conférence de Jackson Hole et réputée pour être du camp des « faucons » pressés de mettre un terme à l’assouplissement monétaire, cette politique prolongée de l’argent facile est la source des turbulences sur les marchés. « Quand vous influencez les prix [des actions] sur une longue période » en abaissant le loyer de l’argent, « il faut vous attendre à voir ce genre de volatilité », a affirmé Mme George à la chaîne de télévision financière CNBC.

Qu’est-ce qui est le plus important? L’économie américaine ou les marchés boursiers? Que la Fed mette fin à la confusion!