Rebond des marchés américains

Hantées depuis une semaine par la peur du possible impact de la situation en Chine sur l’économie mondiale, les Bourses canadienne et américaine ont finalement pris le parti de l’espoir en fin de séance mercredi.

Indécise une bonne partie de la journée, Wall Street a terminé en force, l’indice S&P 500 gagnant presque 4 % par rapport à la veille, à 1940,51 points, sa plus importante hausse en une séance depuis novembre 2011. Cela mettait un terme à six journées de recul consécutives, une première en plus de 3 ans.

La Bourse de Toronto n’a pas mal fait non plus, son indice s’appréciant de 1,75 %, ou 230,66 points, à 13 381,59 points.

Ce rebond des Bourses nord-américaines arrive après une journée de panique lundi sur toutes les grandes places financières et un mardi resté longtemps indécis avant de se gâcher en toute fin de séance. Il n’a pas empêché une nouvelle baisse du prix du baril de pétrole de 0,71 $US, à 38,60 $US. Tombé mardi à son plus bas en 11 années, le dollar canadien s’est modestement apprécié, quant à lui, de 0,13 ¢ US, 75,06 ¢.

Tout cela nous laisse quand même encore loin d’où on était avant que les événements ne se précipitent il y a une semaine. Toronto accuse toujours un manque à gagner de 4,7 %. À New York, la perte s’élève à 6,7 %, ou l’équivalent de 2000 milliards en capitalisation boursière.

Surnommé « l’indice de la peur », l’indice VIX sur la volatilité des cours à Wall Street a quant à lui baissé d’un cran par rapport à la journée enfiévrée de lundi (à 30 points plutôt que 50), mais reste deux fois plus élevé que ce qu’il était la semaine dernière (15 points).

« À mesure que la poussière retombait, les gens se sont rendu compte qu’on avait exagéré et qu’il y avait de bons placements à faire », a déclaré au Wall Street Journal un gestionnaire de placements pour la firme ClearBridge Investments.

Manque de visibilité

La période d’incertitude risque d’être encore longue sur les places financières du monde, ont prévenu les analystes. Après avoir longtemps hésité eux-mêmes, les marchés européens ont d’ailleurs fermé avec un autre recul mercredi, de 1,7 % à Londres, 1,3 % à Francfort et 1,4 % à Paris.

Épicentre de la crise, la Bourse de Shanghai a, elle aussi, connu une séance en dents de scie, qui s’est terminée par une nouvelle baisse de 1,27 %, qui avait été précédé cette semaine par des plongeons de 8,5 %, lundi, et de 7,6 %, mardi, pour une perte totale de 40 % depuis la mi-juin. D’autres marchés s’en sont mieux tirés en Asie, la Bourse de Tokyo rebondissant de 3 %, après six séances négatives consécutives.

Depuis des jours, on sent les marchés taraudés par deux questions. Quelle est l’ampleur des problèmes boursiers et économiques de la Chine ? Et est-ce que les autorités de la deuxième économie mondiale sauront y remédier ?

« Tant que le marché n’aura pas plus de visibilité concernant l’impact de la Chine sur l’économie, il risque de connaître des séances volatiles », a expliqué Mikaël Jacoby, responsable du courtage Europe continentale d’Oddo Securities.

Nouvel effort de Pékin

La journée a commencé avec l’annonce par les autorités chinoises d’une nouvelle fournée de mesures destinées à redonner un peu de couleur à l’économie du pays et par le fait même rassurer les investisseurs. La banque centrale chinoise (PBOC) a réduit de nouveau son taux d’emprunt de 25 points de base, à 4,6 %, un plancher record. Elle avait déjà abaissé ses taux à quatre reprises entre novembre et juin. La PBOC a aussi diminué les ratios de réserves obligatoires imposées aux banques, les encourageants par le fait même à prêter davantage. Ces deux mesures équivalent à une injection massive de liquidités, en augmentant le volume et en réduisant le coût du crédit offert aux entreprises, aux administrations publiques et aux particuliers.

« Une politique monétaire accommodante est nécessaire pour contenir les fragilités financières, stopper les pressions déflationnistes, stabiliser l’endettement et conforter le moral des marchés, a déclaré Wang Tao, analyste chez UBS. Mais les assouplissements monétaires à eux seuls n’apporteront qu’un coup de fouet limité à l’économie réelle, à moins d’être combinés à une politique budgétaire efficace » menée par le gouvernement, a-t-elle souligné.

Jusqu’à cet été, une grande partie des nouvelles liquidités injectées est allée gonfler la bulle boursière plutôt que d’irriguer les entreprises. Les autorités ont ensuite dépensé — en pure perte — l’équivalent de 270 milliards de yuans (42 milliards $US) en achats massifs d’actifs boursier dans l’espoir de maintenir les cours. Il y a deux semaines, Pékin a aussi dévalué de 2 % le taux de référence de la devise chinoise, ce qui devrait aider les exportations, mais renchérir les importations et les dettes libellées en dollars des entreprises.

Après trois décennies de croissance moyenne de plus de 10 % par année, la Chine essaie de passer à un développement économique moins endiablé, mais plus durable reposant sur la consommation intérieure plutôt que sur les exportations et l’investissement. De « seulement » 7,4 % l’an dernier, son taux de croissance serait de 7 % depuis le début de l’année, selon les statistiques officielles jugées peu fiables — peut-être la moitié moins, disent des experts. Déconnectée de l’économie réelle, la Bourse chinoise avait gagné 150 % en 12 mois lorsqu’elle s’est mise à piquer du nez au début de l’été.