Barrick Gold abolit sa coprésidence

Kelvin Dushnisky (à gauche), président de Barrick Gold, et John L. Thornton, président du conseil d’administration de la sociéte
Photo: Erika Santellices Agence France-Presse Kelvin Dushnisky (à gauche), président de Barrick Gold, et John L. Thornton, président du conseil d’administration de la sociéte

Deux semaines après avoir réduit de 60 % son dividende et relevé l’objectif des économies qu’elle veut réaliser afin de renflouer ses coffres, la société aurifère Barrick abolit la structure de coprésidence qui marquait sa direction depuis un an.

Barrick, châtiée par des actionnaires au printemps en raison d’un plan de rémunération jugé excessif, se retrouve avec un seul président, Kelvin Dushnisky, dont l’équipe a pour objectif de diminuer de 2 milliards les dépenses annuelles de l’entreprise.

L’autre coprésident, Jim Gowans, devient conseiller auprès du président du conseil d’administration et prendra sa retraite à la fin de 2015. Les changements s’inscrivent dans une opération plus large : le chef de cabinet devient chef de l’exploitation, et le vice-président des services techniques devient chef des services techniques.

Comme d’autres, Barrick a été emportée par une chute impressionnante du cours de l’or, qui se négociait plus de 1300 $ il y a un an, mais est tombé à 1100 $. Le dernier bénéfice net annuel remonte à 2011, une situation découlant du fait que le chiffre d’affaires est passé de 14 milliards à 10 milliards.

Disant miser sur l’allégement de ses activités et sur un plus petit nombre d’actifs, Barrick a affirmé qu’elle veut donner à ses dirigeants un pouvoir d’agir semblable à celui de propriétaires. « Nous croyons qu’avec les bonnes personnes aux bons endroits, les meilleures décisions sont celles prises sur le terrain », a écrit l’entreprise dans un communiqué. « Depuis un an et demi, Jim Gowans prépare nos directeurs de mines en vue d’un relèvement du niveau de responsabilité et d’imputabilité. »

« Alors que nous accélérons notre marche vers un modèle décentralisé qui a contribué à nos succès du débit, il est temps de mettre en place une structure qui appuie cette vision », a affirmé le président du conseil d’administration, John L. Thornton.

Grogne à l’assemblée

Les sommes versées à M. Thornton ont soulevé la colère des actionnaires lors de la dernière assemblée annuelle. Face à la rémunération du président du conseil, passée de 9,5 millions en 2013 à 12,9 millions en 2014, en pleine chute du cours de l’or, environ 75 % des actionnaires ont refusé d’appuyer la politique de rémunération. M. Thornton avait alors affirmé que l’entreprise avait reçu le message « cinq sur cinq ».

Au rang des actionnaires mécontents figuraient alors des pointures du monde de l’investissement institutionnel, dont l’Office d’investissement du Régime de pension du Canada. Le coup d’éclat à l’assemblée de Barrick a marqué l’imaginaire, d’autant plus que les actionnaires d’une autre grande institution, CIBC, ont fait le même geste une semaine plus tôt, quoique dans une proportion de 57 %.

Le 5 août, Barrick a annoncé que le dividende passerait de 5 cents par action à 2 cents. Les économies projetées, qui viendront également d’une vente de certains actifs jugés non essentiels, sont passées de 1 milliard à 2 milliards. Ces actifs se trouvent dans les États du Nevada et du Montana. L’entreprise a aussi indiqué que ses dépenses d’investissements de 2015 seraient de 20 % inférieures à celle de 2014.

À 1100 $, le prix de l’once d’or est bien loin du sommet de 1900 $ atteint en septembre 2011. L’essentiel de la déconfiture est survenu en 2013, lorsque son cours est passé d’environ 1600 $ à 1200 $.

Selon les prévisions de Barrick, la glissade n’est pas finie. Lors de la publication de ses états financiers, la société a dit que son scénario de référence reposait sur un cours de l’or avoisinant 900 $ l’once.

À la Bourse de Toronto, le titre de Barrick a grimpé de 2,3 % à 10,30 $.