Les étudiants préoccupés par leur endettement

Selon un sondage mené pour la Banque CIBC, 48 % des étudiants craignent ne pas être capables d’assumer leurs droits de scolarité et de couvrir leurs frais de subsistance cette année. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Selon un sondage mené pour la Banque CIBC, 48 % des étudiants craignent ne pas être capables d’assumer leurs droits de scolarité et de couvrir leurs frais de subsistance cette année. 

À l’aube de la rentrée, l’inquiétude était palpable chez les étudiants de niveau postsecondaires. Ils sont toujours plus nombreux à se préoccuper de leur endettement et à entrevoir leurs perspectives d’emploi avec pessimisme. La réalité peut leur donner raison.

Les conclusions viennent d’un sondage mené pour la Banque CIBC auprès de 992 étudiants postsecondaires au niveau canadien. La marge d’erreur est de + ou - 3,11 %, 19 fois sur 20. On peut y lire que 48 % des répondants craignent ne pas être capables d’assumer leurs droits de scolarité et de couvrir leurs frais de subsistance cette année. L’aide des parents est d’autant plus souhaitée qu’« ils prévoient dépenser de 10 000 $ à 30 000 $ par année pour leurs dépenses scolaires et personnelles », poursuit le sondage. Mais dans les faits, ils estiment que cette aide ne devrait couvrir qu’un peu plus de 20 % des dépenses attendues.

Ainsi, plus du tiers s’attendent à ce que leurs dettes soient supérieures à 25 000 $ lorsqu’ils obtiendront leur diplôme. Plutôt pessimistes quant à leurs perspectives d’emploi, près de la moitié des répondants estiment qu’ils ne pourront rembourser cette dette. Aussi, « 37 % des étudiants de niveau postsecondaire ne sont pas certains de pouvoir gérer leurs finances après la fin de leurs études et 19 % estiment qu’ils seront incapables de subvenir à leurs besoins financièrement », peut-on lire dans les conclusions.

Sur le terrain

 

Cette perception trouve des échos dans la réalité. En ce sens, une étude cosignée par trois analystes de Statistique Canada publiée en juillet 2013 demeure d’actualité. On pouvait y observer que ce long cycle de croissance anémique dans laquelle l’économie canadienne évolue ne fait que perpétuer une dégradation des conditions d’emploi chez les jeunes, une précarité devenue structurelle. La proportion des jeunes occupant un emploi à temps plein est à la baisse depuis 1976, et ces derniers avaient un salaire réel moins élevé en 2012 qu’en 1981. Le salaire horaire médian a chuté de 20 % en termes réels de 1981 à 1998, pour ne se reprendre que partiellement depuis 2000. Les auteurs notaient que le temps partiel involontaire a connu une hausse significative chez les plus jeunes entre 2007 et 2012, tout en restant sous son niveau de 1997.

L’an dernier, dans son étude Les hauts et les bas du salaire minimum, de 1975 à 2013, l’agence fédérale concluait qu’il y a davantage d’emplois au salaire minimum, touchant toujours plus les jeunes. Statistique Canada avait ajouté que, sur une base réelle, en dollars constants de 2013, le salaire minimum se situait en 2013 au même niveau qu’en 1975. Les hausses décrétées au fil de ces années auront seulement permis, finalement, de protéger le pouvoir d’achat tel qu’il est mesuré par l’indice des prix à la consommation.

Mais il est vrai qu’on observe au Canada une situation d’offre excédentaire de diplômés postsecondaires, surtout au niveau supérieur. Au début de l’année, le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) dévoilait une étude dans laquelle on pouvait lire que, passés en vingt ans de 13 % à 24 % de la main-d’oeuvre québécoise, les diplômés universitaires sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi pour lequel ils sont en trop qualifiés. Le gouvernement canadien venait de publier ses projections indiquant que les emplois faiblement qualifiés (57 % du total aujourd’hui) devraient rester les plus nombreux au cours des dix prochaines années et que la plus forte demande de travailleurs qualifiés ne viendra pas du secteur professionnel, mais des domaines requérant un diplôme technique comme on en obtient au cégep, pouvait-on lire dans Le Devoir du 31 janvier 2015.

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