Retour au calme malgré une troisième dévaluation du yuan

À Hong Kong, un homme se tient debout devant un bureau de change.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse À Hong Kong, un homme se tient debout devant un bureau de change.

La Chine a dévalué jeudi le taux de référence du yuan pour le troisième jour consécutif, mais la banque centrale s’est efforcée de rassurer, affirmant qu’une dépréciation prolongée n’aurait « aucun fondement » et qu’elle se tenait prête à intervenir en cas de distorsions excessives.

La banque centrale chinoise (PBOC) a réduit d’environ 1 % le taux-pivot autour duquel le renminbi (autre nom du yuan) est autorisé à fluctuer. Celui-ci a été ramené à 6,4010 yuans pour un dollar, contre 6,3306 yuans mercredi. L’institution avait déjà abaissé ce taux de référence de presque 2 % mardi, puis d’environ 1,6 % mercredi : des décisions considérées comme autant de dévaluations successives, même si la banque centrale s’en défend.

La brutale dépréciation du yuan, perçue comme une tentative de Pékin pour revigorer ses exportations et son économie en difficulté, avait fait chuter de concert ces deux derniers jours Bourses mondiales et cours des matières premières. Mais les marchés financiers se sont ressaisis vigoureusement jeudi, rassurés par le nouveau ton des autorités chinoises.

De fait, celles-ci apparaissent désormais soucieuses de freiner la dégringolade du renminbi et de désamorcer les critiques les accusant de déclencher une nouvelle guerre des devises. « Actuellement, il n’y a aucun fondement à une dépréciation prolongée du taux de change du yuan, a assuré jeudi Zhang Xiaohui, assistant du gouverneur de la PBOC. La banque centrale a tout à fait la capacité de maintenir le renminbi fondamentalement stable à un niveau raisonnable et équilibré », a-t-il martelé, lors d’une rare conférence de presse de l’institution.

Le vice-gouverneur de la PBOC Yi Gang a enfoncé le clou : « L’idée que l’on viserait une dévaluation de 10 % pour stimuler nos exportations est absolument absurde et extravagante ! ».

Les deux responsables ont rappelé que la banque centrale avait en fait modifié sa façon de calculer le taux-pivot du yuan pour prendre davantage en compte les fluctuations des marchés des changes. Et que les dépréciations drastiques des derniers jours découlaient simplement de ce nouveau mécanisme, en comblant l’écart entre le niveau officiel où se trouvait le yuan et la valeur « réelle » que lui prête le marché. « Cet écart était de l’ordre de 3 % », et étant donné la chute enregistrée par le renminbi depuis mardi, « l’ajustement est désormais pratiquement terminé », a commenté M. Zhang.

Le surcroît de flexibilité aurait donné libre cours aux pressions à la baisse sur le yuan, accumulées et contenues depuis des mois, a-t-il suggéré. « Tout le monde était habitué à un taux de change extrêmement stable, alors forcément cette correction a provoqué des fluctuations, mais celles-ci restent gérables, et après une brève et temporaire période de rodage, on retournera à des conditions normales », abondait le vice-gouverneur Yi.

Ces propos semblaient convaincre les investisseurs, et les places boursières ont nettement rebondi jeudi en Asie comme en Europe. D’autant que, d’après l’agence Bloomberg, la banque centrale serait d’ores et déjà intervenue mercredi soir : une remontée soudaine du yuan juste avant la clôture des échanges serait ainsi due à des achats massifs de dollars par la PBOC. Sans confirmer cette intervention, Yi Gang a souligné jeudi que l’institution continuerait d’exercer « une supervision efficace » en cas de fluctuations trop importantes et de distorsions.

La BCE s’inquiète du ralentissement en Chine

La Banque centrale européenne (BCE) a fait état jeudi d’inquiétudes au sein de son conseil des gouverneurs concernant l’essoufflement économique en Chine tout en estimant que l’impact de ce ralentissement sur la reprise en zone euro restait limité. « Les développements financiers en Chine pourraient avoir des conséquences négatives plus importantes que prévu, étant donné le rôle prépondérant du pays dans le commerce mondial », ont estimé les membres de ce conseil lors de leur dernière réunion de politique monétaire, les 15 et 16 juillet, selon un compte-rendu publié jeudi. Pour autant, la détérioration économique et financière des derniers mois en Chine et dans d’autres pays émergents n’a « pas semblé avoir de conséquences notables sur l’activité économique en zone euro », pas plus que la crise politique autour de la Grèce, constatent les gouverneurs. Cela « signale un certain degré de robustesse dans la reprise actuelle », précise ce document, publié quatre semaines après chaque réunion de politique monétaire de l’institution.