Une autre tuile pour l’économie canadienne

Son impact immédiat a pris la forme d’une baisse des prix des matières premières, y compris le pétrole. La dévaluation-surprise du yuan se veut un contretemps additionnel pour une économie canadienne misant sa relance sur les exportations manufacturières vers les États-Unis.

En réaction immédiate, la dévaluation-surprise de la monnaie chinoise par rapport au dollar américain a provoqué un recul accéléré du prix des matières premières. « Un yuan plus bas rend ces matières premières plus onéreuses pour les acheteurs chinois. Une monnaie chinoise plus faible peut soutenir les exportations du pays, mais cela affaiblit également sa capacité à importer les matières premières comme le pétrole », a expliqué Daniel Sugarman, analyste chez ETX Capital. « Les matières fortement dépendantes de la Chine — le pétrole et les métaux industriels, principalement — souffrent, car des importations plus onéreuses pourraient réduire encore plus la demande de ce pays », a ajouté Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank.

L’on retient que la Chine consomme entre 40 % et 50 % de la production mondiale de métaux industriels. Cette économie est également deuxième consommatrice mondiale de pétrole. Ce faisant, les cours pétroliers de référence ont chuté mardi à New York à leur plus bas niveau depuis mars 2009. Celui pour livraison en septembre a abandonné 1,88 $US à 43,08 $US sur le New York Mercantile Exchange. « Non seulement la mesure des autorités chinoises est un mauvais signe pour les exportations de pétrole, mais elle souligne de nouveau que la Chine s’inquiète de sa croissance et juge nécessaire d’agir », a ajouté un analyste new-yorkais, rappelant que ce pays constitue « l’élément le plus important au niveau de la demande ».

Exportations canadiennes

 

L’économie canadienne est donc doublement frappée par la dévaluation de près de 2 % du yuan. Rattrapée par sa sensibilité aux cours des ressources naturelles, elle se voit également touchée dans sa capacité concurrentielle sur le marché américain. Le dollar canadien, à l’instar des autres devises liées aux matières premières, poursuivait ainsi sa glissade mardi. Il a perdu 61 centièmes à 76,31 ¢ US face au billet vert.

Luc Vallée, stratège en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne, retient que la dévaluation « nuira vraisemblablement à l’ensemble des manufacturiers exportateurs canadiens ». Il s’inspire également d’une étude réalisée par la firme de consultants Boston Consulting Group estimant que le coût de production du secteur manufacturier au Canada est déjà 9 % plus élevé qu’en Chine. Avec les États-Unis servant de base 100, l’indice du coût de production au Canada se situe à 106, contre 97 en Chine.

Le stratège indique également que si le Canada et la Chine étaient au même rang en 2009 avec chacun une part de 16 % du marché des importations des États-Unis, la part de la Chine a dépassé les 20 % en 2015, alors que celle du Canada se dirige vers les 14 %. « Comme la Réserve fédérale américaine s’apprête à monter les taux d’intérêt aux États-Unis, d’autres dévaluations du yuan sont à prévoir », dit-il, même si la Banque centrale chinoise s’en est défendue mardi, parlant d’un geste unique. « Par ricochet, le dollar canadien devrait connaître d’autres pressions à la baisse pour que son économie s’ajuste aux gains de compétitivité de ses concurrents. »

En Bourse mardi, l’indice Dow Jones a perdu 212,33 points ou 1,2 % à 17 402,84 points, les multinationales et autres entreprises américaines exportatrices étant plutôt ciblées. Plus représentatif, l’indice élargi S&P 500 a abandonné près de 1 %, soit 20,11 points, à 2084,07 points. À Toronto, l’indice composite S&P/TSX a cédé 51,72 points, ou 0,4 %, à 14 414,67, après avoir plongé de plus de 150 points plus tôt en séance.

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