L’Iran ferait baisser de 20% le prix du baril

La président iranien, Hassan Rouhani (à droite), en compagnie de son ministre du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, devant des installations pétrolières du sud de l’Iran.
Photo: Agence France-Presse La président iranien, Hassan Rouhani (à droite), en compagnie de son ministre du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, devant des installations pétrolières du sud de l’Iran.

La Banque mondiale parle d’un impact majeur. Si la levée des sanctions se concrétise, le plein retour de l’Iran sur le marché pétrolier pourrait retirer 10 $US au prix du baril l’an prochain.

Dans son commentaire publié lundi, l’économiste de la Banque mondiale pour la région Moyen Orient-Afrique du Nord estime que, si l’accord sur le nucléaire entre en vigueur, la levée des sanctions contre l’Iran se traduira par une offre pétrolière supplémentaire d’un million de barils par jour (mbj) l’an prochain. L’impact sera important sur le marché mondial, abaissant de 10 $US le prix du baril de pétrole en 2016. Il s’agirait d’un repli de plus de 20 % par rapport au cours actuel, déjà déprimé par le déséquilibre persistant entre une offre pétrolière surabondante et une demande plombée par une croissance économique encore chétive.

L’institution de Washington calcule que, globalement, l’entrée en vigueur de l’accord sur le nucléaire et la levée afférente des sanctions ferait passer la croissance du PIB iranien de 3 % à 5 % l’an prochain. Ce pays verrait ses coûts chuter, l’accroissement prévu de son commerce pétrolier et non pétrolier devant alors se mesurer tant en volume qu’en valeur. Les exportations de l’Iran pourraient croître de 17 milliards $US, soit l’équivalent de 3,5 % de son PIB, retient la Banque mondiale. Pour sa part, l’investissement direct en Iran atteindrait les 3 milliards $US l’an, doublant la valeur actuelle.

Le quotidien Le Monde a fait ressortir le fait que l’Iran représente un marché de 77 millions d’habitants, vivant pour plus de 70 % dans les villes. Bien éduquée, la classe moyenne est assoiffée d’ouverture et de produits occidentaux. Après 35 ans d’isolement, les besoins en matière de modernisation des infrastructures sont considérables. Et le pays, qui dispose de la quatrième réserve mondiale de pétrole et de la première de gaz naturel, aura de quoi les financer. « Téhéran a le potentiel de Dubaï puissance 40 », selon un banquier cité par le quotidien français.

La Grande-Bretagne, la Chine, l’Inde, la Turquie et l’Arabie saoudite seront les principaux pays qui bénéficieront d’échanges commerciaux accrus avec Téhéran au lendemain d’une éventuelle levée des sanctions. Dans la région, les pays comme l’Égypte et la Tunisie vont profiter d’un prix de l’or noir plus faible, ajoute l’économiste de la Banque mondiale.

Projections confirmées

 

La déprime des cours pétroliers est appelée à perdurer. Après avoir atteint en mars leurs plus bas niveaux depuis la fin des années 2000, les cours ont tenté de se stabiliser pendant le printemps, autour de 60 $US le baril à New York. Cette remontée a été de courte durée, le cours de l’or noir ayant repris sa glissade depuis juillet. Deux nouvelles sources d’inquiétude sont apparues sur les marchés : le ralentissement plus fort de l’économie chinoise, deuxième consommatrice mondiale de pétrole. Puis l’Iran, jadis deuxième producteur en importance au sein de l’OPEP. Le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanghaneh, a précisé le 3 août que les exportations du pays augmenteraient de 500 000 barils par jour une semaine après la levée des sanctions et d’un million un mois après, si l’accord sur le nucléaire va de l’avant, ce dernier chiffre étant retenu par la Banque mondiale.

Dans une étude publiée au début du mois, Mathieu D’Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins, faisait ressortir que « la stratégie très agressive de l’Arabie saoudite n’est certainement pas étrangère au fait que l’Iran, son grand rival régional, tentera à son tour de vendre davantage de pétrole l’an prochain ». En supposant la levée des sanctions commerciales, « en prévision du retour du pétrole iranien, l’Arabie saoudite semble vouloir maximiser ses parts de marché, sans se préoccuper de l’effet sur les prix du pétrole ».

« Dans ce contexte, la production de l’OPEP devrait continuer d’augmenter au cours des prochains trimestres pour atteindre environ 33 mbj par jour à la fin de 2016 [contre 30,4 millions à la fin de 2014]. Un tel niveau de production maintiendrait un important surplus sur le marché mondial du pétrole pendant encore plusieurs trimestres. »

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