La création d’emplois ne suffit pas pour faire descendre le chômage

Des chercheurs d’emplois attendent une entrevue dans une foire à Santa Clara, en Californie.
Photo: Justin Sullivan Getty Images North America / Agence France-Presse Des chercheurs d’emplois attendent une entrevue dans une foire à Santa Clara, en Californie.

Les États-Unis ont continué à créer des emplois en juillet mais pas suffisamment pour faire reculer le taux de chômage, brouillant les pistes de la banque centrale (Fed) dans l’optique de la normalisation de sa politique monétaire.

L’économie américaine a créé 215 000 emplois de plus qu’elle n’en a détruits en juillet, décevant les analystes et marquant surtout une nette décélération de près de 7 % par rapport à juin, selon les données officielles publiées vendredi à Washington. Ce coup de mou doit certes être relativisé au vu des révisions à la hausse des créations d’emplois sur les deux mois précédents. Mais il a toutefois une traduction concrète : le taux de chômage reste bloqué en juillet à 5,3 %, son plus bas niveau depuis plus de sept ans, sur fond de quasi-stagnation du nombre d’Américains à la recherche d’un emploi (8,26 millions).

« Le marché du travail reste en proie à des faiblesses issues de la crise financière et il reste encore à faire avant de s’assurer que nous faisons des progrès », a réagi le cercle des économistes de la Maison-Blanche dans un communiqué. Les chômeurs de longue durée continuent de former plus d’un quart des personnes à la recherche d’un emploi aux États-Unis tandis que 6,3 millions de salariés restent contraints de travailler à temps partiel.

Malgré ces quelques nuages, les chiffres de l’emploi en juillet ont globalement rassuré les experts sur la solidité de l’activité américaine après le rebond de la croissance au deuxième trimestre. « C’est de nouveau un solide rapport sur l’emploi », affirme Chris Williamson, du cabinet d’analystes Markit, résumant l’opinion générale de ses confrères.

Politique monétaire : des doutes

 

Les avis sont en revanche plus partagés sur les implications des chiffres de l’emploi pour la politique monétaire américaine.

La banque centrale veut relever ses taux directeurs, maintenus proches de zéro depuis fin 2008 pour soutenir la reprise, mais elle attend d’être certaine de la solidité de l’économie américaine avant de franchir le pas. Fin juillet, elle affirmait ne plus attendre que quelques signes supplémentaires d’amélioration du marché du travail pour changer de cap monétaire, une décision attendue avec fébrilité par les marchés.

Pour certains experts, le doute n’est plus permis : la banque centrale n’a plus aucune raison de ne pas passer à l’action lors de sa prochaine réunion de politique monétaire les 16 et 17 septembre. « Ce rapport dégage la voie pour une hausse des taux en septembre », assure ainsi Rob Martin, analyste chez Barclays Research. Même son de cloche chez Harm Bandholz, d’UniCredit Research, selon qui ce rapport est, sans aucun doute, porteur des quelques signes d’amélioration attendus par la Fed. Le salaire horaire moyen, très observé par la banque centrale américaine qui voudrait voir les prix et les salaires augmenter davantage, est d’ailleurs reparti à la hausse en juillet à 24,99 $US, selon les données gouvernementales.

D’autres experts se montrent toutefois beaucoup plus réservés et relèvent notamment que le taux de participation au marché du travail reste proche de son plus bas niveau en près de quarante ans. « Une hausse en septembre n’est en aucun cas acquise », temporise Chris Williamson, soulignant également que l’inflation reste encore très inférieure à l’objectif de 2 % annuel aux États-Unis.

Le débat sur le calendrier de la première hausse devrait donc continuer à battre son plein, au sein de la Fed comme en dehors. Les chiffres de l’emploi en juillet ne vont pas faire basculer les opinions dans un sens ou dans l’autre, assure ainsi Ian Shepherdson, de Pantheon Macroeconomics.

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