Même si les opinions divergent quant aux remèdes - Parmalat: l'Italie entière réclame une réforme des organismes de contrôle

Milan — Une réforme de la chaîne de contrôle de la gouvernance d'entreprise et de la tutelle de l'épargne s'impose aux dirigeants italiens alors que le pays découvre jour après jour l'ampleur du gouffre financier laissé par les anciens gestionnaires du groupe Parmalat aujourd'hui en prison.

Le ministre de l'Économie, Giulio Tremonti, répète à l'envi que «tout le monde est d'accord» pour que soit réformé le système actuel divisé en quatre organismes: l'autorité boursière Consob, celle des assurances Isvap, celle des fonds de pension Covip et la banque d'Italie.

Intransigeance

Si le diagnostic ne fait guère de doute, les opinions divergent quant aux remèdes, ce qui suscite des polémiques au sein de la classe politique italienne.

Le célèbre homme d'affaires Luciano Benetton est sorti de sa réserve pour plaider en faveur de davantage d'intransigeance en matière de gouvernance d'entreprise tout en défendant le modèle de la société familiale.

«Toutes les entreprises doivent procéder à leur propre examen avec la plus grande rigueur. Les banques et les organismes de révision des comptes doivent être également plus rigoureux», a-t-il déclaré au quotidien La Repubblica.

M. Benetton a rappelé le précédent de l'affaire Enron aux États-Unis, elle aussi provoquée par un défaut de vigilance. «Aujourd'hui, nous devons faire comme les Américains: changer rapidement le système afin de regagner une crédibilité aux yeux du monde», a-t-il souligné.

Le retentissement international du krach ayant frappé le géant du lait longue durée (UHT) menace de nuire aux autres entreprises de la péninsule, d'autant que Parmalat avait fait appel au plus grand nom de la banque mondiale.

Une liste de banques étrangères ayant participé à l'émission de 76 % du total des obligations Parmalat a été publié hier par La Repubblica. On y trouve côte à côte JP Morgan-Chase (21 %), Merrill Lynch (11 %), Morgan Stanley (11 %), UBS (8 %) Paribas (7 %) Barclays (5 %), Sssb (4 %), Deustche Bank (4 %), Nomura (2 %), Bear Stearns (2 %) et Csfb (1 %).

Un statut des épargnants

Le numéro deux du gouvernement italien, Gianfranco Fini, a plaidé samedi pour la création d'«un vrai statut des épargnants» et pour une réforme limitant les relations de faveur entre banques et entreprises.

Il faut arriver à «un vrai statut de l'épargnant» afin d'apporter «certitude et transparence sur les comptes et sur le financement des entreprises privées», a dit M. Fini en rejetant par avance un simple changement précipité de responsables.

Il a appelé à attendre les résultats d'une enquête parlementaire qui doit aboutir fin février.

Le ministre de l'Économie souhaite l'instauration d'une autorité unique sur le modèle britannique de la Financial Services Authority (FSA). Cette solution aurait pour effet de redéfinir les fonctions du gouverneur de la Banque d'Italie, Antonio Fazio, nommé à vie et qui n'a ménagé pas ses critiques à l'égard de la gestion de M. Tremonti.

L'option du ministre, interprétée comme un moyen de se venger du gouverneur, ne fait pas l'unanimité dans la majorité de droite, ni au centre gauche où l'on défend les prérogatives de la Banque d'Italie.

Signe des désaccords, la présentation en conseil des ministres d'un projet de loi, annoncée à deux reprises comme imminente, a été différée.