Saputo ne veut pas faire de politique

M. Saputo a reconnu que la gestion de l’offre avait profité à l’entreprise qu’il dirige, ajoutant que l’ouverture des marchés permettra entre autres des échanges commerciaux entre ses usines au Canada ainsi qu’aux États-Unis.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne M. Saputo a reconnu que la gestion de l’offre avait profité à l’entreprise qu’il dirige, ajoutant que l’ouverture des marchés permettra entre autres des échanges commerciaux entre ses usines au Canada ainsi qu’aux États-Unis.

Saputo ne s’immiscera pas dans les négociations entourant le Partenariat transpacifique (PTP) pour défendre la gestion de l’offre, même si son chef de la direction reconnaît que ce système est avantageux pour le Canada.

« Nous ne sommes pas dans notre industrie pour changer les politiques », a dit mardi Lino Saputo fils, en marge de l’assemblée annuelle de la société, à Laval, sans indiquer clairement s’il était pour ou contre cet accord de libre-échange. Advenant des changements, le plus important transformateur laitier au pays estime pouvoir s’adapter à l’ouverture des frontières grâce à sa présence au Canada, aux États-Unis, en Argentine et en Australie.

De nombreux fermiers québécois s’inquiètent de voir le Canada céder aux demandes de certains des 11 autres pays impliqués dans les négociations et modifier son système qui équilibre l’offre et la demande dans les secteurs laitier et avicole. L’Union des producteurs agricoles a interpellé le gouvernement canadien sur la question, alors que la coopérative Agropur a commandé une étude suggérant que l’abolition de la gestion de l’offre menacerait 24 000 emplois directs.

« Agropur, c’est une coopérative dont les fermiers sont les actionnaires », a affirmé M. Saputo, lorsque questionné sur la décision de Saputo de ne pas s’immiscer dans le débat.

Les pourparlers de la semaine dernière à Hawaï n’ont pas permis de trouver un terrain d’entente, mais à Singapour, mardi, le secrétaire d’État américain John Kerry s’est dit confiant de voir un accord être conclu.

M. Saputo a reconnu que la gestion de l’offre avait profité à l’entreprise qu’il dirige, ajoutant que l’ouverture des marchés permettra entre autres des échanges commerciaux entre ses usines au Canada ainsi qu’aux États-Unis. « Si le système reste tel quel au Canada, c’est bien pour nous, a-t-il dit. S’il change, nous allons nous adapter. La gestion de l’offre a permis de réduire la volatilité au Canada. En revanche, nous n’avons pas eu de croissance ici. »

M. Saputo a concédé que l’ouverture des frontières pourrait signifier la disparition de certains producteurs laitiers, ajoutant que cela se traduirait par des occasions de croissance pour d’autres. « Il y aura des bouleversements pour tout le monde, autant les fermiers que les transformateurs (en cas de changements), a-t-il dit. Nous n’avons pas peur de la concurrence. Je suis certain que nous allons nous adapter. »

À un actionnaire qui lui a posé la question, M. Saputo n’a pas précisé les conséquences des effets potentiels du PTP sur la société québécoise, puisque très peu de détails sur les négociations ont filtré jusqu’ici. Le dirigeant de Saputo a néanmoins concédé que les nouveaux quotas d’importation de fromage découlant de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne seront néfastes pour l’industrie canadienne. « Ultimement, il n’y aura pas plus de consommation des fromages de spécialité au Canada, donc cela va faire des dommages, je crois. »

Advenant une ratification de l’entente, 17 700 tonnes supplémentaires de fromages spécialisés européens s’ajouteront aux 20 400 tonnes actuellement importées en provenance de ce continent. « Nous n’avons pas la chance d’augmenter nos exportations (de fromage) parce que le prix du lait au Canada n’est pas concurrentiel par rapport au reste du monde », a ajouté M. Saputo.

Saputo a également profité de son assemblée annuelle pour dévoiler ses résultats du premier trimestre de l’exercice, qui font ressortir une baisse des profits et revenus. Pour la période terminée le 30 juin, le bénéfice net s’est établi à 136,4 millions, ou 35 ¢ par action, en recul de 8,9 % comparativement à la même période l’an dernier. Sur une base ajustée, en excluant les éléments non récurrents, Saputo a vu ses profits glisser de 5,7 % pour s’établir à 137 millions, ou 35 ¢ par action. De leur côté, les revenus ont été de 2,56 milliards, en recul de 2,2 %.

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