Le fondateur d’une plateforme bitcoin arrêté au Japon

Des agents de police japonais emportent des pièces à conviction du logement de Mark Karpeles.
Photo: Jiji Press Agence France-Presse Des agents de police japonais emportent des pièces à conviction du logement de Mark Karpeles.

C’est peut-être, comme l’écrivent certains depuis ce week-end, l’épisode qui fera passer le bitcoin de l’adolescence à l’âge adulte.

Lorsque la police japonaise a arrêté samedi le dirigeant de l’ancienne plateforme de négociation Mt. Gox, ce n’est pas seulement Mark Karpeles qu’elle a interpellé, mais le symbole d’une époque où le bitcoin a dérangé, grandi et généré de petites fortunes sans même l’ombre d’un encadrement réglementaire.

Selon les informations relayées par les médias locaux, Mark Karpeles, né en France et domicilié à Tokyo, aurait réussi à ajouter, artificiellement, un million de dollars à son compte bancaire après avoir procédé à diverses manipulations du système informatique de son entreprise. Lundi, de nouvelles informations faisaient également état d’un détournement qui se chiffrerait dans les dizaines de millions.

Quand Mt. Gox ferme ses portes en février de 2014, à la suite d’un présumé vol de 350 ou 400 millions en devise bitcoin, la direction de Mt. Gox évoque un défaut de conception de la devise. Le geste de la police ce week-end laisse planer la possibilité qu’il se passait peut-être autre chose en coulisses.

Une perquisition à son domicile de Tokyo a eu lieu lundi et M. Karpeles se dit innocent, selon les médias japonais. Le nombre des créanciers laissés dans le brouillard par son entreprise, qui a déclaré faillite tant au Japon qu’aux États-Unis, s’élève à plus de 120 000.

Le cours du bitcoin, qui a vu le jour en 2009, a beaucoup oscillé au fil du temps : atteignant un jour plus de 1000 dollars en 2013, il se transige ces temps-ci autour de 284 $, selon l’indice bitcoin de la Bourse de New York.

Accepté par un nombre grandissant d’entreprises petites et grandes, le bitcoin est une monnaie électronique dont les unités sont créées lorsque les ordinateurs des participants résolvent des équations avec des logiciels puissants. Au final, il y aura 21 millions de bitcoins, desquels 14,4 millions ont déjà été créés. On peut les acheter en ligne ou dans des guichets automatisés spéciaux.

Crédibilité croissante

 

L’arrestation survient alors que bon nombre d’acteurs du bitcoin militent pour un encadrement formel de la devise, dont Coinbase, qui attire déjà des investisseurs de premier rang, comme la Bourse de New York.

Il n’y a pas si longtemps, M. Karpeles lui-même a exprimé le souhait que les promoteurs de la devise numérique développent une nouvelle façon de procéder. « Alors que le phénomène du bitcoin prend de l’ampleur, le besoin d’avoir des solutions plus robustes augmente », a-t-il écrit dans son blogue personnel, au début du mois de juin.

« Je sais combien il peut être difficile pour une plateforme existante d’adopter une nouvelle façon de régler des transactions, mais la situation actuelle n’est rien de moins qu’une catastrophe en attente (et c’est la dernière chose qu’on veut) », a-t-il ajouté.

Après le coup dur pour sa réputation survenu au début de 2014, le bitcoin a repris de l’élan sur le terrain de la crédibilité.

Cet hiver, les investisseurs jumeaux Winklevoss, connus pour batailler avec le fondateur de Facebook, ont manifesté leur intention de créer une place boursière uniquement portée sur le bitcoin et entièrement réglementée par les organisations de surveillance bancaire.

 

Et, la semaine dernière, le Nasdaq a évoqué l’idée d’emprunter la technologie qui sous-tend le fonctionnement du bitcoin — l’équivalent d’un immense livre comptable partagé par tous les ordinateurs — pour permettre la négociation de participations dans des entreprises privées.

Mark Karpeles


À voir en vidéo