Trois semaines après l'éclosion du scandale - Parmalat: les enquêteurs décortiquent la fraude

Milan - Les enquêteurs italiens découvrent peu à peu l'étendue des trucages, fraudes et détournements réalisés au sein de la multinationale du lait Parmalat à mesure qu'ils parviennent à plonger plus profondément dans les méandres du groupe.

Exactement trois semaines après que le scandale a éclaté, les enquêteurs du parquet de Milan et de Parme en charge de l'affaire, se font une idée assez précise des méthodes et des buts poursuivis par les fraudeurs, selon des déclarations faites dans la presse italienne.

Tout est parti le 19 décembre. À cette date, Bank of America abasourdit la communauté financière, annonçant que Bonlat, filiale du numéro un italien de l'agroalimentaire, n'a pas de compte chez elle. Contrairement à ce que Parmalat proclamait jusqu'alors, Bonlat n'a pas la trésorerie de près de quatre milliards d'euros sur laquelle se basait la confiance des investisseurs.

La machine judiciaire italienne se met alors en route et tourne rapidement à plein régime, entraînant la détention préventive de l'ensemble de la direction de Parmalat, à commencer par Calisto Tanzi, le patron-fondateur.

Deux types de fraudes

À ce stade de l'enquête, on peut distinguer deux types de fraudes, en fonction des objectifs poursuivis, selon qu'on veut tromper les investisseurs ou bien qu'on cherche à détourner des fonds.

En premier lieu, les trucages de comptes qui visent à masquer des pertes, s'inventer une trésorerie inexistante et in fine à se bâtir une solidité financière de papier. Le but de ces mensonges est de rassurer le marché sur la santé du groupe et pouvoir continuer à emprunter sous la forme d'obligations et prêts bancaires. Une illustration de ce genre de trucages est fournie par le démarrage de l'affaire, avec le compte inexistant de Bonlat, société qui était supposée être le coffre-fort du groupe avec ses quatre milliards d'euros de trésorerie, dûment répertoriés trimestre après trimestre dans les comptes du groupe pour rassurer créanciers et actionnaires.

Le deuxième type de montages a pour but de détourner de l'argent au profit de Calisto Tanzi, sa famille — actionnaires de contrôle du groupe — voire d'autres membres de la direction. Une «liquidité consistante» aurait été cachée sur des comptes détenus par des prête-noms, selon la déposition de l'ex-directeur financier du groupe Fausto Tonna, actuellement sous les verrous et citée par le quotidien Corriere della Sera. «Plus de 750 millions d'euros» auraient ainsi été soutirés à Parmalat «sur ordre des Tanzi» depuis les années 80.

Cette version semble confirmée par un autre responsable du groupe, Luciano Del Soldato qui a confessé aux enquêteurs milanais des «détournements en faveur de Sata-Coloniale», une société de la famille Tanzi, toujours selon les citations de Corriere della Sera. C'est pour «occulter les versements à la famille Tanzi» qu'aurait été inventé le versement de 500 millions d'euros à un mystérieux fonds d'investissement des îles Caïmans, selon la déposition de M. Tonna.

Cette annonce faite en novembre avait servi d'amorce à l'affaire Parmalat, suscitant colère et incompréhension sur le marché.

Un savant mécanisme de double facturation dans la distribution de produits Parmalat en Italie, pour obtenir des crédits bancaires supplémentaires, aurait parallèlement été mis à jour, selon l'hebdomadaire Panorama.

Mais la fraude peut prendre des tours plus pittoresques avec le chef du standard téléphonique de Parmalat devenu prête-nom et patron sur le papier de plusieurs dizaines de sociétés, certaines créées pour détourner des fonds.

La justice devra encore débrouiller deux importantes questions. Par qui et quand ce système a-t-il été mis en place? Le but originel des fraudes était-il l'enrichissement personnel ou bien les détournements sont-ils apparus comme une opportunité de passage, dans une opération destinée d'abord à masquer la mauvaise santé financière du groupe?