De la Maison-Blanche au FMI

Le nouvel économiste du FMI, Maurice Obstfeld, s’est déjà prononcé pour l’augmentation du nombre de travailleurs immigrants peu qualifiés aux États-Unis.
Photo: John Moore Getty Images Agence France-Presse Le nouvel économiste du FMI, Maurice Obstfeld, s’est déjà prononcé pour l’augmentation du nombre de travailleurs immigrants peu qualifiés aux États-Unis.

L’Américain Maurice Obstfeld, un des conseillers économiques du président Barack Obama, sera le prochain économiste en chef du Fonds monétaire international.

La patronne du FMI, Christine Lagarde, a présenté le spécialiste de 63 ans en économie internationale de l’Université de Berkeley, en Californie, comme « l’un des macroéconomistes les plus influents au monde ». « Ses remarquables références académiques et sa riche expérience internationale le placent dans une position exceptionnelle pour apporter un leadership intellectuel au FMI à ce moment-charnière », a-t-elle déclaré à l’annonce de la nouvelle, lundi.

Le professeur, qui avait rejoint l’équipe des conseillers économiques de la Maison-Blanche en juin 2014, remplacera, à partir du mois de septembre, le Français Olivier Blanchard, qui occupait ce poste depuis le funeste automne de 2008. Il devra entre autres superviser le plan de sauvetage de la Grèce auquel participe le FMI, aux côtés de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne, qui forment ensemble la fameuse « troïka ».

Diplômé en mathématiques et en économie, Maurice Obstfeld s’est particulièrement intéressé aux questions relatives aux crises financières, aux taux de change, aux politiques monétaires et aux marchés de capitaux mondiaux. Surnommé « Maury », il est une célébrité auprès des étudiants en économie à titre d’auteur de deux importants manuels d’économie internationale, l’un coécrit avec un autre ancien économiste en chef du FMI, Kenneth Rogoff, et l’autre avec le Prix Nobel d’économie et chroniqueur au New York Times, Paul Krugman.

Les observateurs se sont rués lundi sur ses déclarations et ses écrits passés, pour avoir une idée de ses opinions sur les enjeux auxquels il risque d’être confronté. Ils ont notamment trouvé un article où il attribuait la crise de la zone euro à un cadre institutionnel et économique incitant les banques des pays centraux à faciliter l’endettement des pays périphériques, dans une sorte de « cercle vicieux diabolique ». Il s’est aussi déjà déclaré, en d’autres occasions, en faveur d’un effacement inconditionnel d’une partie de la dette de la Grèce, des politiques alternatives d’assouplissement monétaire des banques centrales, du resserrement des règles pour les grandes banques et même de l’augmentation du nombre de travailleurs immigrants peu qualifiés aux États-Unis. Il pourrait bientôt avoir à user de son expertise en matière de volatilité des marchés financiers, alors que plusieurs craignent les conséquences, pour les pays en développement, du prochain relèvement des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine.

En nommant un Américain, Christine Lagarde court le risque de froisser les pays émergents, qui reprochent souvent au FMI, comme à l’autre organisme de Bretton Woods, la Banque mondiale, d’être contrôlé par les puissances occidentales.

De grands souliers

 

Maurice Obstfeld aura de grands souliers à chausser en occupant ce que plusieurs considèrent comme l’un des postes les plus influents de la profession, a commenté la revue britannique The Economist. Son prédécesseur, Olivier Blanchard, était très estimé. Arrivé au FMI seulement deux semaines avant la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers, le Français allait être aux premières loges de ce qui allait devenir la plus grande crise financière mondiale de l’histoire. Esprit brillant ne craignant pas, à l’occasion, de remettre en cause l’orthodoxie économique, il s’est surtout fait remarquer par la rigueur de ses analyses de la situation, sa campagne pour l’adoption, par les gouvernements, de politiques de relance économique vigoureuses, mais aussi pour sa capacité à reconnaître publiquement les erreurs du FMI, en sous-estimant notamment l’effet dévastateur des politiques d’austérité imposées à la Grèce.



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