Le FMI prône un allégement de la dette

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde
Photo: John MacDougall Agence France-Presse La directrice générale du FMI, Christine Lagarde

Paris — La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a estimé vendredi qu’un allégement de la dette était indispensable à la viabilité d’une nouvelle aide européenne à la Grèce, alors que Berlin s’oppose toujours à un effacement net de la dette grecque.

« La réponse est assez catégorique : "non" », a répondu Mme Lagarde interrogée sur la viabilité du plan ébauché lundi à Bruxelles sans un allégement de la dette. « C’est la raison pour laquelle les partenaires européens ont admis l’allégement de la dette » dans l’accord intervenu lundi, a-t-elle ajouté sur la radio française Europe 1, précisant que ce « principe est acquis » mais « ni le montant ni les modalités ».

Elle a d’ailleurs conditionné la participation du FMI à l’éventuel troisième plan de secours en gestation à un tel allégement. « Pour qu’on participe il faut qu’il y ait un programme complet et de notre point de vue, ce programme repose sur deux jambes. »

« La première, c’est la jambe grecque qui consiste à réformer en profondeur l’économie, pour la libérer, lui donner une capacité de croissance, tenir une ligne budgétaire saine », selon elle. « La deuxième jambe, c’est la jambe des prêteurs, et c’est celle qui consiste d’une part à fournir du financement et d’autre part à restructurer la dette pour en alléger le fardeau », a-t-elle insisté soulignant que « pour le FMI, cela constitue un tout pour que le succès soit au rendez-vous ».

Sur les modalités de cet éventuel allégement, excluant des transferts budgétaires et des réductions de dette, elle a privilégié « l’autre procédé » qui « consiste à allonger considérablement les échéances, allonger également la période de grâce — période durant laquelle aucun remboursement n’est effectué — et réduire les intérêts au maximum » pour « rendre la dette soutenable ».

Ligne à ne pas franchir

Pour Berlin, la ligne rouge à ne pas franchir est et reste une réduction de la valeur nominale de la dette grecque, considérée comme contraire aux traités européens. S’exprimant devant les députés du Bundestag, appelés à voter vendredi sur le principe d’un troisième programme d’aide à la Grèce, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a appelé « à trouver une voie qui soit réaliste », sans effacement de la dette.

L’Allemagne n’est pas prête à « dénaturer les traités », par exemple en taillant dans la dette grecque, parce qu’alors « ils ne vaudraient plus rien », avait juste avant martelé la chancelière Angela Merkel, estimant que l’Europe était autant une « communauté de responsabilité » qu’une « communauté de droit ».

Le Parlement grec a adopté jeudi une série de dures réformes demandées par les créanciers de la Grèce en préalable à un nouveau plan d’aide. Ce vote était une condition sine qua non posée lundi par la zone euro à la Grèce à la poursuite d’un processus qui pourrait aboutir à la signature, dans quelques semaines, d’un nouveau plan d’aide financière à Athènes, évalué entre 82 et 86 milliards d’euros sur trois ans.

L’accord trouvé est « le début d’une aventure », a estimé Mme Lagarde ajoutant que « c’est un processus qui s’ouvre […] qui va durer je pense au minimum quatre semaines ».

« Il va falloir descendre dans les chiffres […] ça ne va pas être un chemin de roses », a-t-elle ajouté.

Après le vote par le Parlement grec, mercredi, d’un premier volet des réformes réclamées par les créanciers, et le feu vert donné vendredi par le Bundestag allemand, le président de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, s’est félicité que les conditions requises pour l’ouverture de négociations soient remplies. « Cela ne va pas être facile », a-t-il également prévenu. « Nous sommes certains de rencontrer des problèmes dans les années à venir. Mais je crois que nous serons capables de les résoudre. »

« Pas une garantie » pour la suite

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a estimé vendredi que l’accord de lundi sur un troisième plan d’aide à la Grèce n’offre « pas de garanties sur la suite du processus », dans une interview à plusieurs quotidiens européens. « Cet accord n’est pas une garantie pour les années qui viennent, mais il a permis d’éviter le risque de chaos, d’une banqueroute grecque », juge M. Tusk, selon le texte français de cette interview publiée notamment par le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ, Allemagne), Le Monde (France) et Kathimerini (Grèce).

« Nous n’avons pas de garanties sur la suite du processus, qui est compliqué. Il y a des chausse-trappes », insiste-t-il, ajoutant : « Je ne peux pas exclure que nous n’ayons pas besoin d’un autre sommet cet été, mais j’espère que cela ne sera pas nécessaire ».

M. Tusk estime que l’Allemagne n’est pas sortie « gagnante » des discussions, « car c’est quand même elle qui va devoir prêter les plus gros montants à Athènes ». Il indique également que l’Allemagne ne fait pas partie des négociateurs les plus durs le week-end dernier. « La chancelière était prête à un compromis. Mais certains États membres avaient peur qu’un accord soit rejeté par leurs Parlements nationaux », raconte-t-il, avant d’expliquer avoir sollicité l’intervention du premier ministre néerlandais Mark Rutte car « j’ai senti qu’il serait le meilleur représentant de ces États ».

Danger de contagion idéologique

 

Concernant la crise grecque, M. Tusk déclare plus généralement ne pas craindre le danger d’une contagion économique des autres pays de l’Union européenne : « Je suis surtout inquiet des risques de contagion politique et idéologique ».

« Avec ce qui se passe en Grèce, est apparue l’illusion idéologique qu’il est désormais possible de changer le cours de l’Europe, qu’on peut construire une autre option que la vision traditionnelle de l’Europe, au discours sur l’austérité », affirme M. Tusk. « Je trouve l’atmosphère très similaire à celle de l’après 1968. Je sens un état d’esprit, peut-être pas révolutionnaire, mais un sentiment d’impatience en Europe ».

Pour autant, M. Tusk rejette l’idée selon laquelle l’eurozone aurait voulu faire payer à M. Tsipras le prix d’un arrêt de la contagion politique. « Je ne peux pas accepter cet argument que la Grèce ou Tsipras ont été punis. »

Pour qu’on participe il faut qu’il y ait un programme complet et de notre point de vue, ce programme repose sur deux jambes

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