La mort du projet européen

Le professeur émérite à l’UQAM, Yvan Allaire
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Le professeur émérite à l’UQAM, Yvan Allaire

Yvan Allaire joint sa plume à toutes ces analyses associant le troisième plan d’« aide » financière consenti à la Grèce à une mise sous tutelle. À ses yeux, le « sauvetage » non viable imposé la fin de semaine dernière pourrait signifier la fin de la zone euro. Le professeur émérite à l’UQAM va plus loin : « Les protagonistes de la ligne dure envers la Grèce […] ont possiblement signé l’arrêt de mort du projet européen. »

Dans une petite étude d’une dizaine de pages cosignée avec Mihaëla Firsirotu, professeure de stratégie à l’École des sciences de gestion de l’UQAM, Yvan Allaire dresse un sombre bilan d’une « union monétaire viciée », et accorde du poids au scénario de « Grexit ». Il reprend le constat voulant que l’opération de sauvetage de 2012 « avait pour but premier d’éliminer — ce qui était le réel pouvoir de négociation de la Grèce — le risque qu’un défaut de la Grèce provoque une crise dans tout le système financier et bancaire européen, comme ce fut le cas en 2008 avec la faillite de Lehman » Brothers.

Le deuxième programme d’« aide » financière consenti à la Grèce a fait passer la dette grecque détenue par les banques et les investisseurs privés de 206 milliards d’euros, en février 2012, à 60 milliards dix mois plus tard. « Près de 80 % des fonds avancés par les institutions de l’Union européenne et le FMI ont servi à racheter les dettes détenues par des intérêts privés et à renflouer le capital des banques touchées […]. Dès lors, un défaut éventuel de la Grèce (et même une sortie de la zone euro) n’aurait pas de grande conséquence à court terme sur le système financier européen et mondial. »

Les signataires de l’étude reprennent la thèse voulant que les protagonistes de la ligne dure envers la Grèce veuillent intimider les pays « qui oseraient résister aux directives fiscales de la Commission [européenne] et de ses instances ». Ce faisant, « ils ont possiblement signé l’arrêt de mort du projet européen ».

Dans l’immédiat, « de toute évidence, certains membres de l’Union européenne souhaitent que la Grèce prenne la décision de sortir de l’euro, puisqu’aucune disposition de l’union monétaire ne lui permet d’expulser un pays de l’Eurozone ».

Dette non viable

 

Yvan Allaire rappelle que même le FMI, « naguère si inflexible à ce sujet », évoque désormais un allégement de la dette grecque.

Jeudi, le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, a également souligné « l’importance de rétablir la viabilité de la dette grecque lors des prochaines négociations », au cours d’une visite en France et en Allemagne. Il reprenait l’évaluation du FMI jugeant la dette grecque « totalement non viable » et exhortant les Européens à l’alléger massivement par un rééchelonnement ou un effacement partiel.

Dans une étude soumise le week-end dernier aux négociateurs, le Fonds monétaire international invitait la zone euro à en faire plus. « La dette de la Grèce ne peut désormais être viable qu’avec des mesures d’allégement de la dette qui vont beaucoup plus loin que ce que l’Europe a envisagé de faire jusque-là. » Elle approchera les 200 % du PIB de la Grèce dans les deux prochaines années, contre 103 % en 2007.

Mais au-delà, le FMI estime qu’une dégradation de la situation en Grèce pourrait requérir des « financements exceptionnels supplémentaires des Européens » au-delà des 85 milliards d’euros de trou budgétaire envisagé.

De toute évidence, certains membres de l’Union européenne souhaitent que la Grèce prenne la décision de sortir de l’euro, puisqu’aucune disposition de l’union monétaire ne lui permet d’expulser un pays de l’Eurozone

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