La gauche suivra-t-elle à droite?

Le premier ministre de la Grèce, Alexis Tsipras, est forcé de faire adopter au Parlement grec avant ce mercredi soir de nouvelles mesures d’austérité.
Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse Le premier ministre de la Grèce, Alexis Tsipras, est forcé de faire adopter au Parlement grec avant ce mercredi soir de nouvelles mesures d’austérité.

Après avoir conclu une entente avec ses partenaires européens pour assurer un nouveau plan de sauvetage à la Grèce, le premier ministre Alexis Tsipras est revenu dans son pays où il doit faire face aux critiques de son parti et de ses propres ministres.

M. Tsipras est forcé de faire adopter au Parlement grec avant ce mercredi soir de nouvelles mesures d’austérité, qui incluent des hausses de taxe et une réforme des pensions, pour que la Grèce puisse bénéficier d’un troisième plan de sauvetage qui pourrait fournir au pays jusqu’à 86 milliards d’euros.

Les propositions du premier ministre contrastent avec ses promesses préélectorales, alors qu’il disait vouloir mettre fin au programme d’austérité de cinq ans imposé par les Européens. Or, après des mois de négociations avec ses créanciers, M. Tsipras était à cours de solution. Sans une entente avec eux, les banques grecques se seraient effondrées et cela aurait probablement eu pour effet d’éjecter le pays de la zone euro, la devise de l’Union européenne.

Le projet de loi a été soumis au Parlement mardi et les députés se prononceront ce mercredi. M. Tsipras aurait l’appui de la majorité des partis d’opposition, mais son propre gouvernement pourrait se retrouver en danger si une bonne partie de ses députés démissionnent ou votent contre le programme.

Certaines rumeurs circulent à l’effet que le premier ministre effectuera un remaniement ministériel pour exclure les membres dissidents.

Le ministre de l’Énergie, Panagiotis Lafazanis, l’un des radicaux du parti de M. Tsipras, le Syriza, a dénoncé l’entente avec les Européens et a demandé au premier ministre d’annuler le projet de loi avant qu’il soit présenté au Parlement. « L’entente est inacceptable et elle ne devrait pas [être présentée] par un parti radical comme le Syriza et par un gouvernement qui a promis d’abolir l’austérité », a déploré M. Lafazanis. Dans un communiqué publié sur le site Internet de son ministère, M. Lafazanis a accusé l’Allemagne d’avoir traité la Grèce « comme une colonie » et que ses représentants se soient comportés comme des « assassins financiers ».

« Cet accord va passer avec les voix de l’opposition, pas avec celles du peuple », a-t-il prévenu.

Le ministre de la Défense, Panos Kammenos, qui dirige l’une des coalitions — de gauche — qui appuie le gouvernement, a indiqué qu’il continuera de soutenir M. Tsipras. Il a toutefois qualifié l’entente avec les Européens de coup d’État. « Il y a deux jours, il y a eu un coup d’État. Un coup d’État en plein coeur de l’Europe. Ils veulent que le gouvernement tombe pour le remplacer par un autre qui n’a pas été choisi par le peuple grec », a-t-il pesté. Il a assuré qu’il ne permettra pas cela.

Le gouvernement de M. Tsipras détient 162 sièges sur 300 au Parlement. Le projet de loi devrait être adopté malgré tout, puisqu’il aura vraisemblablement l’appui des partis d’opposition. Cependant, 30 députés du Syriza se sont opposés publiquement aux propositions.

Ainsi au sein de Syriza, l’aile modérée faisait tout mardi pour éviter une rupture aux conséquences lourdes pour l’avenir du gouvernement. Lors du comité central du parti mardi matin, son secrétaire, Tassos Koronakis, s’est engagé à tout faire « pour sauvegarder l’unité », en indiquant qu’il n’est pas favorable pour l’instant à des sanctions contre les récalcitrants.

Au-delà de son parti, M. Tsipras devra prendre garde aux réactions de son électorat, en particulier des syndicats. Il sera confronté mercredi, jour du vote, à un appel à la grève du syndicat des fonctionnaires, le premier depuis son arrivée au pouvoir en début d’année, et à des manifestations anti-rigueur lors du débat mercredi soir des mesures à l’Assemblée.

Préalable

 

Le feu vert des députés grecs n’est qu’un préalable. Il faudra ensuite que les parlements de plusieurs autres pays se prononcent, dont une commission du parlement finlandais, jeudi, et le Bundestag vendredi, avant de voir se concrétiser la promesse faite à la Grèce d’une nouvelle aide. S’exprimant sur l’accord, le président français François Hollande a déclaré qu’à ses yeux, la Grèce n’avait pas été humiliée. « L’humiliation, c’eût été de la chasser de la zone euro », a-t-il dit.

Alors que les 28 ministres des Finances de l’Union européenne se sont réunis à Bruxelles, mardi, le président de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, a indiqué que des discussions auront lieu dans les prochains jours sur l’aide financière qui sera versée à la Grèce prochainement. Selon le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schauble, il serait difficile pour les pays membres de trouver l’argent pour faire un prêt rapidement à la Grèce. Il a suggéré d’aller piger dans le budget de l’Union européenne.

Le ministre des Finances britannique, George Osborne, a quant à lui livré un message clair : ce n’est pas le Royaume Uni — qui n’est pas membre de la zone euro — qui paiera pour la Grèce. « L’idée que les contribuables britanniques fassent aussi partie est vouée à l’échec. La zone euro doit payer sa propre note », a-t-il tranché.

Le premier ministre ne croit pas à l’entente

Alexis Tsipras a reconnu mardi soir que l’accord avec les créanciers pour un troisième plan d’aide financière est un texte auquel il ne croit pas. « J’assume mes responsabilités pour toute erreur que j’ai pu commettre, j’assume la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays », a déclaré le premier ministre lors d’une interview à la télévision publique grecque Ert. Il a déclaré par ailleurs « vouloir faire tout ce qu’il peut pour garantir l’unité du parti. Je suis sûr que certains se seraient réjouis si ce gouvernement était une parenthèse [politique]. C’est une grande responsabilité de ne pas plier. »

M. Tsipras a estimé que la nuit de l’accord, celle de dimanche à lundi, « a été une mauvaise nuit pour l’Europe », marquée par « une pression sur un peuple qui s’était exprimé lors du référendum. La position des Européens était dure et vindicative. » Il s’est néanmoins réjoui du plan estimé à un montant entre 82 et 86 milliards d’euros de prêts sur trois ans que la Grèce peut obtenir si elle remplit les conditions imposées, et de l’engagement des créanciers de commencer à discuter de la dette grecque cette année. « C’est une combinaison qui doit faire éviter le Grexit et renforcer les investissements en Grèce », a-t-il espéré.


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