Divisée, la zone euro tente d’avancer seule sur la Grèce

Divisés, les dirigeants de la zone euro se retrouvaient dimanche à Bruxelles pour tenter d’empêcher une sortie de la Grèce de la monnaie unique en arrachant un accord sur un sauvetage financier d’Athènes.

Depuis samedi, dans une ambiance délétère, les ministres des Finances de la monnaie unique tentent de s’accorder sur un socle minimal entérinant les propositions de réformes d’Athènes en échange d’un troisième plan de secours international.

Les pays les plus durs envers Athènes, l’Allemagne en tête, qui doutent de la sincérité d’Athènes et pour qui l’éjection de la Grèce de la zone euro n’est plus du tout tabou, ont multiplié les demandes, exigeant chaque fois plus du gouvernement d’Alexis Tsipras.

Ces blocages rendent chaque fois plus probable le risque d’une sortie désordonnée de la Grèce de l’euro, vu que le pays, exsangue, ne tient plus que grâce aux aides financières de la Banque centrale européenne.

Une fois de plus, la chancelière Angela Merkel aura la clé. Si l’Europe ne s’entend pas, la Grèce pourrait rapidement dériver hors de l’euro, une situation inédite dont les répercussions économiques et politiques sont inconnues.

« Aujourd’hui est le jour le plus important du mandat d’Angela Merkel ? Ce n’est pas moins que l’avenir de l’Union européenne qui est en jeu », a martelé le quotidien allemand Der Spiegel.

L’enjeu est tel que le Président du Conseil européen Donald Tusk a affirmé que le sommet de la zone euro, qui doit débuter à 14 h GMT se prolongerait « jusqu’à ce que nous concluions les négociations ».

Samedi, neuf heures d’une réunion tendue, dans un climat de défiance envers Athènes, n’ont pas permis aux grands argentiers de la zone euro de trouver un début d’accord, alors que cette échéance de dimanche est présentée comme l’ultime chance de sauver la Grèce de l’effondrement financier.

Suspension samedi soir

 

Illustration des fractures au sein de la monnaie unique : la réunion a été suspendue tard samedi soir par le patron de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem en raison de la tension entre le ministre allemand Wolfgang Schäuble et le gouverneur de la BCE Mario Draghi, le premier intimant au deuxième de « ne pas [le] prendre pour un imbécile », selon l’agence de presse grecque ANA.

La presse italienne rapportait dimanche des propos du chef du gouvernement italien Matteo Renzi, exhortant à cesser « d’humilier » Athènes.

Plusieurs participants à la réunion des ministres des Finances expliquaient dimanche matin au début de leur deuxième round de négociations du week-end que le but n’était plus désormais de conclure un accord, mais d’avancer autant que possible, notamment en listant les exigences des créanciers à Athènes.

« Il n’est pas possible de parvenir à un accord aujourd’hui, seulement d’émettre des recommandations pour les chefs d’État », a estimé le ministre des Finances slovaque, Peter Kazimir, l’un des faucons de la zone euro.

À ce stade, « les conditions ne sont pas suffisamment réunies » pour garantir la mise en oeuvre par les Grecs des coupes budgétaires et réformes qu’ils promettent en échange d’une nouvelle aide, estimée à au moins 74 milliards d’euros sur trois ans, a jugé à Bruxelles le Finlandais Alexander Stubb, dont le pays est un des plus intransigeants vis-à-vis d’Athènes.

Certains continuaient à espérer malgré tout, comme le Lituanien Rimantas Sadzius, qui voulait croire à « un moment magique » dimanche.

La Grèce inquiète

 

L’inquiétude était palpable en Grèce, alors que le pays, au bord du gouffre financier, attend un dénouement.

« Un accord dans un champ de mines » titrait le quotidien To Vima, remarquant que « l’avenir du pays se décide maintenant au sommet des chefs d’État ». Le journal Eleftheros Typos évoquait « l’avenir de la Grèce sur le fil du rasoir » en s’inquiétant : « Que va-t-il se passer en cas de cauchemar d’un Grexit? »

« Obtenir un accord sera très difficile, je ne vois pas les partenaires européens prêts à faire des cadeaux aux Grecs » jugeait Angelos Panolas, un jeune chômeur.

Yannis Theodoridis, un retraité, remarque que « ces derniers jours sont très durs », « on ne dort plus, tout le monde s’inquiète, ils n’y a plus d’argent, les banques sont fermées ».

Depuis la fermeture des banques et la mise en place de contrôle de capitaux pour les empêcher d’imploser sous l’effet des retraits des Grecs anxieux, l’économie héllène est pratiquement à l’arrêt.

« C’est en quelque sorte comme un pays qui aurait connu une guerre », a jugé dimanche l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce, le Français Pascal Lamy.

La Russie, allié du gouvernement d’Alexis Tsipras et qui surveille de près la situation grecque, a proposé dimanche de livrer directement du carburant à Athènes.

Actuellement, seule la BCE maintient en vie les banques grecques et toute l’économie du pays grâce à des prêts d’urgence qui ne pourront pas durer éternellement, d’autant qu’Athènes doit verser plus de 4 milliards d’euros à la BCE le 20 juillet, un paiement que la Grèce ne peut pas honorer.

Pour contourner cette difficulté, l’Eurogroupe pourrait étudier une solution transitoire, « un pont » financier, qui permettrait à la Grèce de rembourser ce qu’elle doit à court terme.

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