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Les concessions d’Athènes plaisent aux créanciers

La proposition mise sur la table par Athènes jeudi soir a enfin été considérée comme « positive » vendredi par les créanciers, après cinq mois de discussions âpres, tandis qu’Alexis Tsipras reconnaissait qu’elle était « loin » des promesses de Syriza, mais la meilleure possible.

Cette double attitude faisait reculer, au moins temporairement, le spectre du Grexit, une sortie de la Grèce de la zone euro.

Le Parlement grec a donné dans la nuit de vendredi à samedi son feu vert à la proposition. Tsipras a recueilli 251 votes positifs sur un total de 300 députés pour aller négocier samedi avec les créanciers du pays. Il a cependant enregistré les défections d’environ dix députés de son parti qui se sont abstenus ou, pour deux d’entre eux, ont voté contre ce plan d’accord.

Mais certains Grecs ayant voté Non dimanche faisaient part de leur mécontentement. Entre 7000 et 8000 personnes ont ainsi manifesté vendredi soir à Athènes à l’appel du PAME, syndicat communiste, et de partis de gauche. « Syriza soutient le capitalisme », affirmait une banderole. « Si les Grecs ont voté aussi massivement pour le non c’est parce qu’ils voulaient mettre fin à la rigueur. Le gouvernement n’en tient pas compte », déplorait Evgenia Roussos, une étudiante proche du parti Antarsya (« Mutinerie »).

Aux premières heures de la matinée, M. Tsipras avait fait la leçon à son propre groupe parlementaire Syriza réuni à huis clos. « Ou on continue ensemble, ou on chute ensemble », aurait-il averti, arguant qu’au-delà des mesures d’austérité qu’ils désapprouvent, les Grecs voulaient, pour les trois quarts, rester dans l’euro.

« Il y avait beaucoup de oui dans le non et beaucoup de non dans le oui » au référendum, expliquait, philosophe et résigné, Grigoris Manthoulis, un commerçant dont l’activité est au ralenti depuis la fermeture des banques et l’instauration d’un contrôle des capitaux, le 29 juin.

Cette mesure est prévue pour durer jusqu’à lundi mais le vice-ministre des Finances Dimitris Mardas a laissé entendre vendredi qu’elle pourrait encore se prolonger, avec des aménagements.

Il a fallu exactement 24 heures, vers 23 h heure de Bruxelles, minuit heure d’Athènes, pour qu’une source européenne révèle que les trois institutions créancières (UE, BCE, FMI) jugeaient la proposition d’Athènes « positive », et constituant « une base de négociation » en vue d’un troisième plan d’aide au pays d’un montant de 74 milliards d’euros.

Exactement au même moment, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, était devant le Parlement, appelant les députés de tous bords à un vote de « haute responsabilité » pour « maintenir le peuple en vie », et l’autoriser à négocier ce plan, en reconnaissant que le gouvernement avait fait « des erreurs », que le plan était « très éloigné » des promesses de Syriza, mais qu’il était finalement le meilleur possible.

Cette proposition sera examinée samedi par les ministres des Finances de la zone euro, l’Eurogroupe, avant de déboucher dans le meilleur des cas sur « un accord politique », avant un sommet extraordinaire des 28, dimanche, qui pourrait relancer officiellement les négociations.

Il s’agira d’étudier le document de 13 pages intitulé « Actions prioritaires et engagements » et publié dans la nuit de jeudi à vendredi, dans lequel, moins d’une semaine après avoir fait voter non à 61 % par la population sur un texte très proche, Athènes s’engage à adopter une grande partie des mesures proposées par les créanciers.

Les propositions d’Athènes paraissent en effet désormais toutes proches des voeux de ceux-ci, sur la plupart des sujets qui fâchent : retraites, TVA, privatisations, taxe sur les sociétés…

Dans la journée, les marchés financiers avaient anticipé les nouveaux développements, avec un raffermissement de l’euro, une hausse des bourses européennes et une nette détente des taux d’emprunt des pays du sud de l’Europe, la Grèce en tête.

À la tête du camp des conciliants, le président français François Hollande avait jugé les propositions d’Athènes « sérieuses » et « crédibles ».

Alors que de nombreuses rumeurs font état d’un soutien actif de la France, très engagée en faveur d’un compromis, dans la préparation des mesures, le premier ministre Manuel Valls avait jugé pour sa part « équilibrée et positive » la position des Grecs.

Le gouvernement allemand avait refusé au contraire de donner son opinion, indiquant « ne pas pouvoir juger du contenu » des propositions à ce stade, et « attendre que les institutions communiquent leur avis », avant l’Eurogroupe.

Débat sérieux

Ce qui permettait au gouvernement grec de garder la tête haute malgré tout était l’espoir exprimé par M. Tsipras de voir enfin s’ouvrir « un débat sérieux sur la restructuration de la dette » grecque, qui atteint 180 % du PIB du pays. Manuel Valls a estimé qu’avoir « une perspective claire » sur ce point était nécessaire.

Le sujet divise les Européens, mais Athènes insiste sur le sujet, avec le soutien affiché de la France, du FMI (dont l’ancien directeur général, Dominique Strauss-Kahn, a plaidé à titre personnel pour un allégement de la dette grecque dans sa première prise de position publique depuis 2011), du président du Conseil européen, Donald Tusk, et de nombreux économistes.

Berlin a vu vendredi « très peu de marge de manoeuvre » pour restructurer cette dette. Une sorte d’avancée néanmoins par rapport à jeudi, lorsque la chancelière Angela Merkel avait dit qu’une réduction de la dette grecque était « hors de question ». L’option la plus probable est celle d’une légère restructuration de la dette.

Le nouveau ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos, a espéré pour sa part que « beaucoup des demandes de la Grèce sur la dette vont être acceptées », citant notamment un échange de 27 milliards d’euros d’obligations entre la BCE et le Mécanisme européen de stabilité (MES), prôné de longue date par les Grecs, qui lui permettrait d’éviter l’écueil des quelque 7 milliards d’euros à rembourser à la BCE en juillet et août.

Il a été « soutenu complètement » sur Twitter par son prédécesseur Yanis Varoufakis, absent du débat vendredi « pour raisons familiales ».

Ou on continue ensemble, ou on chute ensemble

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 12 juillet 2015 10 h 36

    Mais pas aux Allemands

    Eux préfèrent les saignés un peu plus, un défaut de conception chez eux ou quoi.