La Bourse de Shanghai en chute libre

À la Bourse de Shanghai, un homme surveille la baisse des titres.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse À la Bourse de Shanghai, un homme surveille la baisse des titres.

Shanghai — La Bourse de Shanghai s’est brièvement effondrée de plus de 8 % mercredi, avant de modérer à grand-peine ses pertes dans un climat de panique, en dépit de nouvelles mesures d’urgence des autorités — dont la suspension des échanges sur quelque 1400 titres. La place de Shanghai a clôturé en baisse de 5,9 %, et la moitié des valeurs n’ont pas été cotées.

Les autorités chinoises ont annoncé, en urgence, une batterie de nouvelles initiatives pour tenter de stopper l’hémorragie à la Bourse chinoise, qui a clôturé sur une chute de 5,9 %. Si les très fortes variations en cours de séance sont habituelles depuis le dévissage des indices à Shanghai et Shenzhen le 12 juin, l’instabilité persistante des deux marchés de capitaux chinois menace désormais les bourses régionales, comme Hongkong.

Les Bourses chinoises ont abandonné plus de 30 % en trois semaines, voyant s’envoler plus de 3200 milliards de dollars en valeur, selon une estimation publiée par l’agence Bloomberg. La débâcle se poursuivait mercredi dans un climat d’affolement général, qu’aucune admonestation ou annonce du gouvernement ne parvenait à endiguer.

Train de mesures

 

Les autorités de régulation ont pourtant dévoilé précipitamment tout un train de nouvelles mesures adoptées à marche forcée. Les compagnies d’assurance sont ainsi désormais autorisées à placer une proportion accrue de leurs actifs en Bourse (40 % contre 30 % précédemment), et peuvent investir jusqu’à 10 % de leurs fonds sur un seul titre. Aussi, un actionnaire détenant 5 % ou plus des actions d’une entreprise ne peut les revendre avant six mois. Cette interdiction de vente s’applique également aux hauts dirigeants et aux membres du conseil d’administration.

Pékin a promis d’offrir des liquidités abondantes aux maisons de courtage pour maintenir leurs opérations sur marge [achats d’actions par endettement], assurant que ces courtiers allaient gonfler leurs acquisitions de titres de sociétés de petite et moyenne capitalisation.

Près de 600 sociétés avaient mardi déposé une demande de suspension de leur cotation, espérant échapper au désastre. Mercredi, elles étaient finalement 1429 à le faire, à Shanghai et Shenzhen, soit 51 % de tous les titres cotés. Ce gel, qui équivaut à 2200 milliards de dollars de capitalisation, dépasse tout ce qu’ont connu les marchés boursiers dans l’histoire. « Le fait que tant d’entreprises soient suspendues restreint la liquidité disponible et cela accroît le risque pour le reste de la cote », indiquait à l’AFP Li Daxiao, analyste du courtier Yingda. Du coup, faute de mieux, « les investisseurs n’ont d’autre choix que de commencer à vendre les “blue chips” [valeurs vedettes à forte capitalisation] », confirmait Zhang Yanbing, de Zheshang Securities.

Contamination

 

Même les autorités reconnaissent la gravité de la situation, et les limites de l’interventionnisme officiel. « La panique des investisseurs et ces ventes massives irrationnelles provoquent une forte pression sur la liquidité des Bourses », s’est lamenté Deng Ge, porte-parole de la CSRC, le régulateur des marchés. La « débâcle des Bourses contamine les autres marchés financiers, cela génère un sentiment de panique », confirmait Zheng Ge, du courtier Wanda Futures.

Rien n’y fait : les nouvelles décisions annoncées dans l’urgence n’ont pas convaincu, pas plus que l’arsenal de mesures prises. L’écrasante majorité des investisseurs sur les Bourses chinoises sont des particuliers, souvent suivistes et s’étant endettés — via des opérations sur marge — pour investir. Le phénomène a alimenté sur l’année passée l’envolée des marchés, mais il contribue maintenant à accélérer leurs pertes.

La raison principale de la sévère correction des places chinoises est à chercher localement. La Bourse de Shanghai avait gonflé de 150 % en douze mois, dopée à l’endettement et déconnectée de l’économie réelle. La Bourse, en décollant en 2014, a capté une partie des liquidités qui avaient gonflé le marché de l’immobilier, que les autorités ont contrôlé pour éviter une bulle.

Si la Chine a connu plusieurs mini-krach boursiers dans les années 2000 — dernièrement en 2007 —, les petits porteurs chinois sont restés convaincus qu’un gouvernement paternaliste et bienveillant, dont chacun est persuadé qu’il contrôle les marchés, interviendra en dernière instance pour éviter un carnage : « Le parti n’a aucun intérêt à ce que la Bourse s’effondre » est un commentaire que l’on entend régulièrement dans les officines de courtage, où se pressent souvent des retraités désoeuvrés. Nombre d’investisseurs plus jeunes et instruits interviennent, eux, en masse sur les marchés via des plates-formes en ligne.

Ce revers boursier a pris par surprise un gouvernement chinois dont la maîtrise sur les rouages de l’économie est souvent surestimée. Il risque d’obérer le pouvoir d’achat de millions de petits porteurs et pourrait exposer le Parti communiste à l’ire de beaucoup d’entre eux : à force de faire croire à sa toute-puissance, celui-ci pourrait bien avoir à payer les pots cassés en termes de crédibilité.

De l’avis général, les autorités chinoises sont condamnées à intervenir encore davantage pour stopper l’hémorragie et éviter un trop gros mécontentement populaire. Pour le gouvernement, c’est aussi une question de crédibilité : il s’appuyait sur les Bourses pour financer le décollage du secteur privé, approfondir ses réformes du secteur financier et ses efforts de rééquilibrage économique.

Wall Street en panne

À New York, la principale plateforme boursière à Wall Street (NYSE) a suspendu mercredi ses échanges pour des raisons techniques pendant près de quatre heures mais les marchés financiers américains ont pu continuer à fonctionner quasi normalement. Le NYSE a rapidement fait état d’un problème technique et a insisté sur son caractère interne en écartant l’idée d’une cyberattaque. En dépit de ce dysfonctionnement, la plus longue panne du genre qu’ait connue le NYSE, la Bourse de New York a continué à fonctionner, car les investisseurs utilisent plusieurs plateformes pour échanger des actions. Le Nasdaq, par exemple, n’a connu aucun problème. « Actuellement, à peine plus de 15 % des échanges se font sur le NYSE », a relevé Gregori Volokhine, de Meeschaert Financial Services. « On a un acteur qui n’est plus central et qui a un problème technique. Ce qui est frappant c’est que ça montre à quel point le NYSE a perdu de sa prééminence. » Selon des résultats définitifs à la clôture, le Dow Jones a perdu 1,5 % à 17515,42 points et le S P 500 1,7 % à 2046,69 points, notamment affectés par la chute des marchés chinois. Le Nasdaq, l’indice vedette du groupe éponyme, a baissé de son côté de 1,8 % à 4909,76 points.


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