«L’avenir du pays est en jeu»

Le drapeau de l’Union européenne flottant devant le Parthénon situé sur l’Acropole d’Athènes.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse Le drapeau de l’Union européenne flottant devant le Parthénon situé sur l’Acropole d’Athènes.

Il ne faut pas croire que les négociations qui n’en finissent plus entre le gouvernement grec et ses créanciers signifient qu’Athènes prend la situation à la légère, bien au contraire. Du moins, c’est ce qu’affirme le consul général de la Grèce à Montréal, Nicolas Sigalas, un diplomate « optimiste », mais « réaliste » qui souhaite de tout son coeur que la Grèce poursuive son « aventure européenne ».

« C’est l’avenir du pays et l’avenir du continent qui est en jeu », affirme d’un air grave cet homme dans la quarantaine, qui reçoit Le Devoir dans son vaste bureau perché dans une tour du centre-ville de la métropole. L’ordinateur posé sur son bureau retransmet en direct les images d’une télévision grecque. Et derrière lui, la réplique d’une sculpture antique semble regarder la pluie tomber, pensive. « Ce sont des moments historiques pour la Grèce et pour l’unité de l’Union européenne. »

Nicolas Sigalas s’exprime dans un français impeccable. Il est né à Athènes et a grandi en Belgique, avant de joindre les services diplomatiques de la Grèce il y a près de 15 ans. Il est débarqué à Montréal il y a un an, après avoir travaillé en Argentine et en Turquie. Il voyage beaucoup, mais demeure profondément attaché à son pays natal.

« Comme Grec, je suis bouleversé, je suis inquiet », lâche-t-il lorsqu’on évoque la crise dans laquelle est plongée la Grèce depuis cinq ans. Une crise qui a pris une tournure dramatique ces derniers mois avec la crainte d’un défaut de paiement et d’une sortie de la zone euro aux conséquences potentiellement désastreuses.

Malgré tout, Nicolas Sigalas est persuadé que le gouvernement grec et ses créanciers (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne) pourront trouver un compromis. « Il est très important de conserver une cohésion en Europe. Et je pense que tout le monde la ressent, cette nécessité de cohésion. […] Je crois que c’est sur ce principe que nous devons travailler. »

Rupture à éviter

Selon M. Sigalas, il ne faut pas interpréter outre mesure la victoire décisive du Non lors du référendum grec, dont les résultats ont été dévoilés dimanche. « Le résultat prouve qu’il y a une véritable inquiétude, une vraie difficulté du peuple grec, qui n’est pas convaincu par les mesures qui vont dans la même direction que ce qui a été appliqué pendant cinq ans, dit-il. Mais le gouvernement n’a pas le mandat de rompre avec l’Europe ni de sortir de l’euro, ça, c’est très clair. »

Le premier ministre Alexis Tsipras veut poursuivre les négociations et conclure un accord, insiste le diplomate. Les Grecs et leur gouvernement savent que des réformes sont nécessaires, mais simplement pas celles qui ont asphyxié la population, laisse-t-il entendre. « La Grèce a fait un travail impressionnant depuis 2010, et il reste du travail à faire. »

M. Sigalas pèse chacun de ses mots, bien conscient qu’il avance en terrain glissant et que les rebondissements presque quotidiens des négociations peuvent changer la donne à tout moment. Il parle du cas grec comme d’une situation « inédite » qui doit être traitée comme telle. Mais il refuse de discuter de la question « hypothétique » du « Grexit », que les Grecs veulent éviter de toute façon.

Personne ne sait ce qui attend la Grèce, la zone euro et l’Union européenne en entier dans les jours ou les mois à venir. À Montréal, la diaspora grecque retient son souffle, même si la distance offre du recul et un peu plus de sang-froid. Et Nicolas Sigalas ne fait pas exception.

« Ma génération a vécu cette aventure européenne de croissance économique, mais aussi politique et culturelle. On a vu un épanouissement européen auquel on a beaucoup cru et auquel on croit encore, confie-t-il. De l’extérieur, on ne s’en rend pas compte, mais tout est différent en Grèce depuis que cette union est entrée dans nos vies. »

« L’Europe est un phare à l’échelle mondiale qui prouve que la coexistence des États est possible. Nous devons donc donner le meilleur de nous-mêmes pour que cette coexistence se poursuive. »

La vie continue à Athènes

Après le vacarme incessant de la dernière semaine, Diana Alemna n’entend plus rien dans les rues d’Athènes.

« Il y a eu des manifestations bruyantes presque tous les jours. Maintenant, c’est le calme plat. On attend », raconte au Devoir cette créatrice de vêtements âgée de 60 ans. Celle qui a voté « nei » (oui) au référendum de dimanche est très inquiète pour l’avenir de son pays. « Je suis déçue de mon peuple, je regrette que des gens aient d’abord voulu de ce parti au pouvoir, puis qu’ils l’appuient dans ce jeu très dangereux avec nos partenaires européens », dit-elle.

Et pendant que l’avenir de la Grèce se joue à Bruxelles, comment la vie se passe-t-elle à Athènes ? « Elle continue. On n’a pas le choix », répond Diana. Certains de ses amis sont en congé forcé du travail, faute de recevoir leur salaire. Pour la plupart, ils limitent leurs dépenses, restreints à un retrait maximum de 60 euros par jour. Pour l’instant, les supermarchés ne sont pas à court de provisions. « Quand est-ce que ça va changer ? Je l’ignore, mais ça nous inquiète tous », confie-t-elle. Collée à l’écran de télévision toute la journée, Diana attend impatiemment de savoir si un accord se fera, ou si son pays sortira de la zone euro. Ce scénario lui fait très peur, elle qui a économisé durant des décennies pour acheter cette maison de ville, dont la valeur a déjà chuté de moitié depuis qu’elle l’a payée en 2005.

Malgré son inquiétude, malgré ses économies en danger, Diana se dirige vers le cinéma. « On va aller voir une comédie, ça va changer de notre tragédie grecque ! » lance-t-elle d’un rire jaune.
Daphnée Hacker-B.
3 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 8 juillet 2015 08 h 23

    Un reportage offrant une vision tronquée

    Le court reportage de Daphnée Hacker-B. laisse une fausse impression sur le résultat du référendum grec de dimancher dernier. Mme Alemna a voté OUI et déclare: " Je suis déçue de mon peuple, je regrette que des gens aient d’abord voulu de ce parti au pouvoir ". On peut pas dire qu'elle représente bien le pouls de l'opinion publique en ce moment, alors que 61% des Grecs ont dit NON à la prédation financière. Un peu comme si après le scrutin de 1976 ayant porté au pouvoir le gouvernement Lévesque on avait demandé à une résidente de Westmount ce qu'elle attendait de ce résultat. Difficile de faire pire en présentant une telle vision tronquée de la réalité grec à partir d'une seule interview.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 8 juillet 2015 18 h 28

      Je prie le ciel tous les jours que nous sommes encore Canadiens, puisque vous citez la Fable de souverainnete association de Feu Mr René Levesque. Ou en serons nous aujourd'hui quand on voit les gouvernements succéssifs nous avoir endetter au max , a part et il faut le louanger celui de Mr Bouchard, qui a mis pour un temps les finances publiques en ordre.. Donc les Grecs mauvais exemple a suivre...Quand a ce pays, la Grece, c'est un pays en retard sur tous les fronts, il faut qu'il sorte de cette union monetaire, car il n'est pas en adequation avec le reste de la zone Euro...Je ne pense pas qu'on transforme l'huile d'olive de ce pays en Or noir...

  • Michel Lebel - Abonné 8 juillet 2015 18 h 44

    Hauteur de vue requise!

    La Grèce doit conserver l'euro et demeurer dans l'Union européenne. Entre personnes raisonnables, une solution raisonnable devrait être trouvée. Pour ce, il faudra une certaine hauteur de vue et le sens du compromis. Cela demeure possible. Les gros mots sont inutiles.

    Michel Lebel