Des menaces financières subsistent

Les États-Unis ne doivent pas oublier les dures leçons de la crise et succomber à la tentation de faire marche arrière dans le resserrement des règles du marché financier, met en garde le FMI. Surtout à un moment où apparaissent de nouvelles menaces.

Dans son premier examen du système financier américain en cinq ans, le Fonds monétaire international (FMI) a pressé les États-Unis, mardi, de mener à terme la mise en place de la loi Dodd-Frank de réforme de Wall Street adoptée en 2010. Il les a même encouragés à « le compléter » en se dotant de nouvelles règles et d’une nouvelle autorité de surveillance visant les acteurs de la finance parallèle (shadow banking) que sont les assureurs et les gestionnaires d’actifs, que la faiblesse extrême des taux d’intérêt pousse à courir de plus en plus de risques.

Le rapport arrive alors qu’au Congrès américain de plus en plus de voix influentes de la majorité républicaine réclament non seulement un arrêt, mais un allégement des réformes en cours parce qu’on les juge trop contraignantes. Selon ses auteurs, il faut, au contraire, « résister à la tentation de faire marche arrière et de diluer les progrès déjà réalisés, particulièrement alors que le souvenir de la crise commence à s’effacer ».

Le FMI ne manque pas de souligner les « importants progrès » réalisés en ce qui a trait notamment à la quantité et à la qualité des actifs que les banques doivent maintenir en tout temps. Il remarque au passage que ces normes plus élevées n’ont pas réduit, comme certains le craignaient, l’accès au crédit et à l’investissement des entreprises.

« Le travail n’est néanmoins pas terminé, prévient-on. Le déploiement de nouvelles règles et de nouveaux outils de supervision sera nécessaire pour ne pas se laisser semer par l’évolution continuelle des menaces financières. »

Le rapport du FMI déplore d’entrée de jeu le manque de données suffisantes sur des pans entiers de l’univers de la finance.

On s’en fait beaucoup aussi avec le monde de l’assurance dans un contexte de faible taux d’intérêt. « La recherche de rendement a poussé les assureurs à courir de plus grands risques en investissant dans des fonds privés de placement, des fonds de couverture, des titres obligataires privés plus risqués ainsi que dans l’immobilier », et ce, alors qu’il n’y a « pas de normes nationales ni de pouvoir de supervision capable de mesurer le degré de risque ». Cette portion grandissante des actifs financiers des assureurs équivaut désormais au tiers du produit intérieur brut (PIB) américain et a fortement recours à l’effet de levier.

De manière plus générale, on assiste aussi à un accroissement du rôle des acteurs non bancaires, tels que les firmes de gestion d’actifs. Cette évolution a de bons côtés, note le FMI, mais elle reste mal connue et a le grand désavantage d’être procyclique, c’est-à-dire qu’elle tend à amplifier les phases d’euphorie comme de déprime financière.

La Fed et le danger de faire caler l’économie

Certains voudraient que devant la montée des risques financiers systémiques, la Réserve fédérale américaine oublie un peu les perspectives économiques à moyen terme et remonte sans plus attendre ses taux d’intérêt afin de freiner la dangereuse course aux rendements et éviter au pays une catastrophe économique bien plus grave encore. Le problème, constatent les auteurs du rapport du FMI, est que les experts ne savent pas très bien comment la Fed devrait s’y prendre, ni quels pourraient être les impacts à long terme. « Le jury délibère toujours. »

D’autres voudraient que la Fed entreprenne sans plus attendre la remontée des taux d’intérêt, mais pour une tout autre raison. Ils craignent notamment qu’elle se fasse surprendre par une remontée soudaine de l’inflation ou qu’elle n’ait pas le temps de se redonner suffisamment de marge de manoeuvre pour faire face à la prochaine crise économique.

Le danger de bouger trop vite est encore plus grand, estime toutefois le rapport du FMI. Même s’il n’était question que d’une toute petite première hausse de 0 % à 0,25 %, « il y aurait un risque que l’impact de resserrement économique aille bien au-delà des 25 points de base » au point de « faire caler l’économie » et de « forcer la Fed de faire marche arrière et de ramener son taux à zéro ».

Aussi, dit le FMI — reprenant un conseil déjà entendu de la bouche de sa directrice générale, Christine Lagarde —, les autorités monétaires américaines feraient mieux « d’attendre, avant de relever [leurs] taux, des signes plus tangibles d’une remontée des prix et des salaires que ceux que l’on a actuellement » aux États-Unis.

Pour en savoir plus

Consulter le rapport du FMI