L’économie décarbonisée doit s’accélérer

Parmi les nouvelles recommandations figure le relèvement des normes afin de réduire les émissions liées au transport maritime et aérien.
Photo: Source Bombardier Parmi les nouvelles recommandations figure le relèvement des normes afin de réduire les émissions liées au transport maritime et aérien.

Les coûts associés au maintien du modèle économique basé sur les combustibles fossiles sont « plus clairs que jamais », mais la transition vers une économie décarbonisée ne se fait pas assez vite, insiste la nouvelle mouture du New Climate Economy Report dont Le Devoir a obtenu copie.

La Commission mondiale sur l’économie et le climat, un forum d’experts comprenant l’économiste britannique Nicholas Stern et l’ex-président mexicain Felipe Calderón, estime que le monde est mûr pour un effort concerté alors que la conférence de Paris approche à grands pas.

Le groupe, qui dévoile son rapport aujourd’hui en marge du Sommet des Amériques sur le climat, à Toronto, soumet une dizaine de recommandations dont l’impact global, croit-il, pourrait fournir entre 59 % et 96 % de l’effort nécessaire d’ici 2030 pour limiter à 2 degrés la hausse de la température mondiale moyenne.

Les recommandations sont à la fois le résultat d’un travail de précision sur celles de l’an dernier et de l’exploration de nouvelles avenues. Le groupe recommande notamment : un rôle accru des villes, qui devraient accélérer le recours aux stratégies à faibles émissions de carbone ; la multiplication par trois des investissements publics en recherche et développement pour l’innovation ; et l’amélioration des normes d’efficacité énergétiques de l’éclairage, du secteur automobile et des bâtiments.

Le rôle des HFC

 

Parmi les nouvelles recommandations figurent une attaque formelle contre les hydrofluorocarbures (HFC), utilisés notamment dans la réfrigération et les aérosols, et le relèvement des normes afin de réduire les émissions liées au transport maritime et aérien. Celles-ci représentent 5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES).

« Les HFC sont une source de croissance considérable en matière d’émissions de GES, avec un taux annuel de 10 à 15 %. D’ailleurs, on en discute déjà dans le Protocole de Montréal », adit lors d’un entretien Helen Mountford, directrice de programme à la New Climate Economy Initiative. « On les a intégrés aux recommandations car les entreprises qui ont commencé à réduire leurs recours aux HFC réalisent des bénéfices énormes. Coca-Cola, par exemple, a installé un million de réfrigérateurs sans HFC et affirme avoir observé une économie d’énergie de 40 %. »

Le rapport survient alors que le monde des affaires ne se montre plus ouvertement hostile à la lutte aux changements climatiques. Bien au contraire. L’enjeu environnemental est devenu, aussi, financier, car l’investissement en technologies vertes permet de consommer moins d’hydrocarbures et de générer, à terme, des économies.

« Les chefs de file du monde des affaires et de l’investissement sont déjà en route vers une économie à faibles émissions, dans certains cas plus rapidement que leur gouvernement national », dit Mme Mountford.

« Prenez l’huile de palme. Les compagnies responsables de 90 % de ce commerce mondial se sont engagées à ce que la chaîne d’approvisionnement exclue l’huile provenant de la déforestation d’ici 2020 », précise Mme Mountford. « L’an dernier, c’était 50 %. Si vous êtes dans le dernier 10 %, vos marchés ne sont plus si nombreux. Quand on arrive à un certain point, tout bascule. »

Le rapport suggère aussi l’implantation d’un système de tarification du carbone — ou son renforcement — dans tous les pays développés ou émergents d’ici 2020. À cela devrait se greffer la fin des subventions à la consommation d’énergies fossiles, que le Fonds monétaire international (FMI) a récemment estimées à 5300 milliards par année.

La Banque Mondiale a indiqué au mois de mai que les systèmes de tarification, salués par les groupes écologistes, couvrent actuellement 12 % des émissions mondiales de GES, soit le triple d’il y a dix ans. Une quarantaine de pays le font, tout comme une vingtaine de villes et de gouvernements régionaux, dont le Québec et la Californie, auxquels se joindra bientôt l’Ontario.

« Des tarifs robustes, prévisibles et croissants envoient le bon signal pour guider les choix de consommation et d’investissements dans les infrastructures et l’innovation », affirme le groupe dans son rapport publié aujourd’hui. « Les revenus générés peuvent soutenir les ménages à faible revenu, permettre de réduire d’autres taxes ou servir à d’autres objectifs. »

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