Le choc pétrolier pèse sur les perspectives des entreprises

L’enquête estivale de la Banque du Canada sur les perspectives des entreprises met en exergue les divergences régionales persistantes amplifiées par le choc pétrolier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’enquête estivale de la Banque du Canada sur les perspectives des entreprises met en exergue les divergences régionales persistantes amplifiées par le choc pétrolier.

Les intentions d’embauche et d’investissements des entreprises se font plutôt chétives dans une économie flirtant déjà avec la récession. Les perspectives des entreprises canadiennes demeurent toutefois contrastées, le choc pétrolier effaçant les bienfaits d’un dollar faible sur le secteur manufacturier.

L’enquête estivale de la Banque du Canada sur les perspectives des entreprises met en exergue les divergences régionales persistantes amplifiées par le choc pétrolier. « S’il ressort certains signes encourageants associés notamment au renforcement de la demande américaine, les cours bas du pétrole continuent de peser considérablement sur les perspectives économiques des secteurs et régions touchés », peut-on lire dans les résultats de l’enquête.

Il se dégage de ces entrevues menées entre le 15 mai et le 15 juin auprès des responsables d’une centaine d’entreprises que l’effet pétrolier domine et pèse lourdement sur la confiance. Ainsi, « les soldes d’opinion concernant les intentions d’investissement et d’embauche restent faibles » à l’échelle canadienne, la détérioration des ventes observées dans les régions productrices d’énergie supplantant les intentions d’augmentation des investissements chez les entreprises, notamment manufacturières, présentes dans le centre du Canada.

Il est mesuré que la demande intérieure se renforce dans les régions moins exposées au secteur de l’énergie alors que, chez ces dernières, les conditions sur le marché demeurent difficiles.

Au final, les dépenses d’investissement sont appelées à croître faiblement au cours des prochains mois. Les prévisions d’investissement demeurent cependant plus « répandues dans le centre du Canada et le secteur manufacturier, où les firmes profitent généralement de l’affaiblissement de la monnaie nationale et des perspectives positives de l’économie américaine ».

Même constat pour l’emploi, le solde des opinions demeurant inférieur aux niveaux atteints depuis la récession, note la Banque du Canada. « Les intentions d’embauche se sont améliorées dans les régions moins touchées par les prix de l’énergie, et les entreprises ont souvent mentionné des projets d’expansion pour répondre au renforcement de la demande de clients canadiens et étrangers », ajoute l’institution. Ces entreprises font état de pressions sur leur capacité de production incitant à l’investissement et à l’embauche.

Récession en vue

 

Ces divergences régionales pèsent sur l’activité d’une économie flirtant avec la récession, le PIB canadien ayant reculé en avril pour un quatrième mois consécutif. Au premier trimestre, le PIB s’est contracté de 0,6 % en rythme annuel. Il a poursuivi sa glissade en avril, inscrivant un recul de 0,1 % sur une base mensuelle. La semaine dernière, la firme Nomura indiquait miser sur une contraction de 0,5 % en rythme annuel au deuxième trimestre. Bank of America parlait d’une baisse de 0,6 %.

Lundi, l’économiste en chef Randall Bartlett, de la Banque TD, en rajoutait. Il disait que, selon toute vraisemblance, la statistique du premier trimestre pourrait être révisée à la baisse et que les données pour le premier semestre indiqueront que l’économie canadienne est en récession. Il mise sur un recul de 1 % (en rythme annualisé) au cours des trois premiers mois, suivi d’un repli de 0,6 % au deuxième trimestre. L’économiste abaisse ainsi sa prévision pour l’ensemble de 2015, avec une croissance attendue du PIB autour de 1,2 %. « Ce serait la plus faible croissance hors récession en plus de 20 ans », a-t-il noté.

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