Le très rude atterrissage de la Bourse chinoise

Le ralentissement de l’économie de la République populaire de Chine est à l’origine de ce retournement. La croissance du PIB de la Chine est en effet « tombée » à 7,4 % en 2014, avant de décélérer encore au premier trimestre, à 7 %.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Le ralentissement de l’économie de la République populaire de Chine est à l’origine de ce retournement. La croissance du PIB de la Chine est en effet « tombée » à 7,4 % en 2014, avant de décélérer encore au premier trimestre, à 7 %.

Un repli de 3,5 %, jeudi 2 juillet, suivi d’une chute de 5,8 % vendredi 3. Des épargnants paniqués, qui vendent en masse leurs actions, sans entendre les appels au calme des autorités. Une banque centrale qui multiplie les baisses de taux pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Un régulateur boursier qui se contredit, des pouvoirs publics dépassés…

Sommes-nous en Grèce ? En zone euro, bousculée par la tournure encore plus incertaine – si cela est possible – des négociations entre Athènes et ses créanciers ? Nullement ! Alors que les investisseurs européens auraient toutes les raisons de perdre leur sang-froid, c’est à l’autre bout du monde, à la Bourse de Shanghai, que la planète finance vit ses pires secousses. Depuis trois semaines, la principale place chinoise est en proie à l’éclatement violent d’une véritable bulle boursière, perdant régulièrement de 5 % à 7 % en une seule journée de cotation. Un traumatisme pour un marché qui était euphorique en 2014, et qui avait vu sa capitalisation bondir d’encore 50 % au premier semestre de cette année.

« Appels de marge »

À la faveur de cette envolée, les marchés de Shanghai et de Shenzen s’étaient hissés à la seconde place mondiale, après Wall Street ! L’atterrissage n’en est donc que plus violent. Ainsi, depuis son plus haut du 12 juin – à plus de 5100 points – la place de Shanghai a reperdu près du quart de sa valeur… Ce phénomène de grand huit est renforcé par le profil des investisseurs locaux : il s’agit le plus souvent de particuliers, attirés par le mirage d’un enrichissement facile, et pour qui boursicoter était devenu une sorte de sport.

Le ralentissement de l’économie de la République populaire est à l’origine de ce retournement. La croissance du PIB de la Chine est en effet « tombée » à 7,4 % en 2014, avant de décélérer encore au premier trimestre, à 7 %. Il s’agit de son plus bas niveau depuis six ans. La dynamique du pays est minée par la crise du marché immobilier, alors que les invendus des promoteurs s’accumulent. Conséquence : les épargnants se sont massivement reportés sur la Bourse afin de placer leurs économies.

Pour ne rien arranger, la pratique des « appels de marge » a entraîné, ces derniers mois, une fuite en avant sur les marchés chinois. Cette technique consiste, pour un investisseur, à se faire prêter de l’argent par les banques ou par les courtiers pour investir sur le marché et compenser ses pertes, en ne déposant en garantie qu’une fraction de la valeur des titres achetés. La dette associée à ces opérations dans le pays a doublé en moins de six mois pour dépasser, en mai, 2000 milliards de yuans (420 milliards $CAN). À tel point que les autorités de régulation boursières, inquiètes de cette tendance, avaient annoncé, le 5 juin, un durcissement réglementaire en la matière.

Las, ce tour de vis a eu l’effet inverse de celui escompté : les investisseurs ont interprété cette décision comme une volonté du gouvernement chinois de faire éclater la bulle boursière, et ils se sont affolés encore un peu plus. De quoi entraîner un rétropédalage du gendarme chinois de la Bourse : mercredi 1er juillet, il a annoncé la suppression des restrictions sur la façon dont les investisseurs, recourant aux « opérations sur marge » peuvent compenser leurs pertes. Peine perdue, pour le moment…

Dès lors, les observateurs commencent à s’inquiéter sérieusement des répercussions de cette tempête financière sur l’économie réelle. Quelles conséquences quotidiennes auront les pertes majeures que ne vont pas manquer de subir des milliers de petits épargnants chinois, qui se sont, qui plus est, massivement endettés pour jouer en Bourse ?

Le flegme prévaut en Europe

 

Cet affolement général contraste avec le flegme dont font preuve les investisseurs en Europe et aux États-Unis. Ultimatums grecs, menaces bruxelloises, hésitations et revirements : alors que la zone euro est entrée, depuis une semaine, en terra incognita, les marchés, eux, affichent une relative sérénité.

Dopés aux liquidités de la BCE, anesthésiés par les propos rassurants de Mario Draghi, son président – il a fait par le passé la preuve de sa détermination et de sa capacité à sauver la monnaie unique –, ils plient, mais ne rompent pas.

Sur la semaine, le CAC 40 français a cédé 5 %, tandis que le DAX allemand reculait de 3,8 % et que le S&P 500, à Wall Street, perdait 1,2 %. Dans le rouge, certes, mais loin de l’atmosphère de fin du monde qui hantait les marchés en 2011-2012, en pleine crise des dettes souveraines.

Sur les marchés européens, jusqu’ici, tout va bien…

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