Dettes publiques: l'OCDE tire la sonnette d’alarme

Aix-en-Provence — L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a mis en garde vendredi contre l’«impact négatif sur l’économie» du haut niveau des dettes publiques, et jugé que celle de la Grèce ne devrait à long terme pas dépasser 35% du produit intérieur brut, au lieu de quelque 180% aujourd’hui.

«En grande partie due à une croissance atone, la dette publique a fortement augmenté durant la récente crise pour atteindre 111% du produit intérieur brut (PIB) en moyenne, dans l’ensemble de l’OCDE, en 2013: le niveau le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale», a relevé Catherine Mann, chef économiste de l'organisation, en présentant un rapport à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence (sud de la France).

«Nos travaux montrent que de tels niveaux de dette ont un impact négatif sur l’économie», a-t-elle indiqué, appelant les gouvernements à adopter des «objectifs de dette prudents à moyen terme».

L’OCDE, qui rassemble 34 pays développés, a établi les niveaux de dette publique au-delà desquels les États se trouvent en «zone de danger», et estimé que la zone euro devait être particulièrement prudente.

«Pour les pays avancés de l’OCDE, le seuil de dette [au-delà duquel les effets néfastes pour l’économie apparaissent] se trouve dans un intervalle compris entre 70% et 90% du PIB», tandis que pour ceux de la zone euro, il descend à entre «50% et 70% du PIB», selon l’organisation.


Appel à la prudence
 

Les pays membres de l’union monétaire se doivent d’être plus prudents parce que «contrairement à d’autres, ils ne peuvent utiliser la politique monétaire pour soutenir leur propre croissance», explique Mme Mann à l’AFP, en rappelant toutefois que ces pourcentages sont des niveaux recommandés à long terme.

Les traités européens interdisent en théorie des niveaux de dette de plus de 60% du PIB, mais ce critère est très peu respecté.

 

L’OCDE met à part le cas de certains pays européens particulièrement fragiles, ainsi la Grèce et l’Irlande où le «niveau prudent d’endettement» s’établit selon elle à 35% du PIB. Or, la dette grecque atteint environ 180% aujourd’hui.

Cette publication a une résonance particulière alors que l’Europe attend avec fébrilité les résultats d’un référendum dimanche en Grèce sur les objectifs de rigueur budgétaire fixés au pays par ses créanciers.

La Grèce demande que ses créances, détenues essentiellement par des États et organisations internationales, soient rééchelonnées ou partiellement effacées, jusqu’ici sans succès.

Le FMI est allé dans ce sens, en appelant à alléger le fardeau de la dette grecque.

Mme Mann a elle rappelé qu’en novembre 2013 déjà l’OCDE avait estimé qu’en cas de dégradation économique en Grèce, il faudrait «réfléchir sérieusement à une assistance supplémentaire pour rendre la dette [grecque] soutenable».

L’Allemagne, où l’opinion publique verrait d’un très mauvais oeil toute remise de dette à la Grèce, a répondu sèchement vendredi à ces recommandations, en particulier celle du FMI.

«On ne peut aucunement en tirer comme conclusion qu’une restructuration de la dette est nécessaire», a dit le porte-parole du ministre des Finances Wolfgang Schäuble.

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