Écroulement d'un géant de l'agroalimentaire - Le scandale Parmalat éclabousse maintenant les banques

Un enquêteur a indiqué, après avoir entendu M. Tonna, que «les banques ne pouvaient pas ne pas imaginer» ce qui se tramait chez Parmalat, déclaré insolvable le 27 décembre et placé sous tutelle de l’État après la découverte d’un trou comp
Photo: Agence Reuters Un enquêteur a indiqué, après avoir entendu M. Tonna, que «les banques ne pouvaient pas ne pas imaginer» ce qui se tramait chez Parmalat, déclaré insolvable le 27 décembre et placé sous tutelle de l’État après la découverte d’un trou comp

Milan - Les banques ont été montrées du doigt hier alors que la justice tente d'éclaircir leur rôle avant le krach financier du géant agroalimentaire italien Parmalat et que la colère des fournisseurs et des épargnants gronde.

Certaines «légèretés» du système bancaire sont apparues au fil de la déposition fleuve de l'ex-directeur financier Fausto Tonna, devant le parquet de Parme qui instruit l'affaire, parallèlement à celui de Milan.

Un enquêteur a indiqué, après avoir entendu M. Tonna, que «les banques ne pouvaient pas ne pas imaginer» ce qui se tramait chez Parmalat, déclaré insolvable le 27 décembre et placé sous tutelle de l'État après la découverte d'un trou comptable évalué pour l'heure de 8 à 13 milliards d'euros.

Entendre les banquiers

Pour la première fois depuis la vague d'arrestations — huit au total — les magistrats de Parme ont éprouvé le besoin d'entendre des banquiers. Aucun des grands noms du secteur bancaire italien, Capitalia, Banca Intesa, SanPaolo Imi, Unicredito, MPS, BNL, mais aussi étranger, Bank of America, JP Morgan, Chase Manhattan, Deutsche Bank, UBS et Banco Santander, n'échappe à la curiosité des juges, à en croire le journal économique italien Il Sole 24 Ore.

Quatre représentants de la banque allemande Deutsche Bank ont été convoqués dans l'après-midi par les juges parmesans, alors que M. Tonna, apparu éprouvé par sa détention et déjà deux jours consécutifs de questions, s'apprêtait à quitter le parquet sous escorte après un nouvel interrogatoire de huit heures. La banque devait s'expliquer sur les raisons qui l'ont amené à prendre une participation de 5,1 % dans Parmalat, rendue publique le 24 novembre, pour la réduire à 2,1 % le 19 décembre, jour du krach, puis à 1,5 %.

L'avocat du colosse bancaire américain Citigroup, Me Nerio Dioda, s'est rendu pour sa part au parquet de Milan «pour fournir toute l'assistance possible aux autorités italiennes dans l'enquête», selon un communiqué.

La bonne foi des banques italiennes est aussi mise en doute par les épargnants qui ont perdu leurs économies en plaçant dans des titres Parmalat. «On ne m'avait signalé aucun type de risques», récrimine ainsi Angelo L., qui avait investi 38 millions d'anciennes lires, soit 19 000 euros, en 1998-2000 en coupons Parmalat et dont la plainte au parquet de Milan était publiée hier dans la presse.

La colère monte chez les épargnants

Ainsi, la colère monte chez les épargnants et les porteurs de titres du géant de l'agro-alimentaire Parmalat en pleine débâcle, qui cherchent à s'organiser pour ne pas être une nouvelle fois les dindons de la farce. Les médias italiens leur ouvraient largement leurs colonnes hier. Les initiatives fleurissent sous la bannière de cabinets d'avocats ou d'associations de consommateurs pour représenter les épargnants et leur permettre de participer à d'éventuelles négociations sur une indemnisation.

La protestation ne s'arrête pas aux frontières italiennes et un groupe de restaurateurs italiens vivant à Bruxelles et ayant investi dans Parmalat a embauché un avocat, Me Simona Carolo, pour se faire représenter.

Plus de 300 plaintes sont parvenues au parquet de Milan, qui a pris l'initiative de mettre en ligne un formulaire type sur Internet et dont le grand quotidien Corriere Della Sera publie un florilège sur une page entière dans son édition d'hier.

Parmi les protestations les plus émouvantes, citées par le journal, figurent le témoignage d'une jeune fille de 14 ans qui dénonce la disparition des économies de sa grand-mère et d'un ouvrier qui craint d'avoir perdu la somme de 5000 euros, les économies d'une vie, qu'il avait mise de côté pour ses fils.

Un autre épargnant veut savoir s'il existe «des possibilités de remboursement» et se demande si sa banque a été de bonne foi en lui conseillant d'acheter des titres Parmalat début décembre, c'est-à-dire quelques jours avant que la banqueroute du groupe n'éclate au grand jour.

D'autres encore s'emportent contre «tous les puissants qui ne paient jamais en Italie». «Je voudrais savoir ce que je dois faire pour dénoncer la Parmalat, M. Tanzi [le fondateur et ancien patron du groupe en détention], l'agence de notations financières, la Consob [autorité de contrôle de la Bourse italienne], la Banque d'Italie et toutes les personnes ou organisations qui n'ont pas fait leur devoir», écrit Roberta Q.

Une association a intenté au début de la semaine une action en justice au nom des investisseurs lésés par la déroute de Parmalat. Et une autre rassemblant des petits porteurs de titres Parmalat doit se réunir à Parme, le 17 janvier, pour étudier les moyens de protéger ses adhérents.

Mauro Sandri, un des responsables de cette association, a indiqué au quotidien Il Sole 24 Ore que celle-ci entendait montrer que les communications financières de Parmalat étaient inexactes depuis 1989.

Les épargnants italiens — ils sont plus de 100 000 à avoir des actions ou des obligations Parmalat — ont déjà été échaudés par plusieurs affaires dans lesquelles ils ont laissé des plumes.

Plus de 400 000 épargnants sont ainsi concernés en Italie par la décision de l'Argentine de suspendre le paiement de sa dette en décembre 2001, proposant pour le moment aux porteurs de titres argentins d'abandonner 75 % de la valeur de leur investissement de départ.

Dans l'affaire Cirio, groupe agroalimentaire aujourd'hui en faillite, qui présente des similitudes avec Parmalat, les banques italiennes ont commencé à envisager de rembourser, au cas par cas, les petits épargnants touchés, mais ceux-ci sont loin d'être sûrs de récupérer leur mise initiale. Des négociations sont toujours en cours. Les grandes banques n'ont encore pas officiellement uni leurs efforts en vue du remboursement des petits épargnants touchés par l'affaire Cirio. La banque Capitalia envisage plusieurs hypothèses, mais uniquement pour les obligations qu'elle a émises et à destination de ses propres clients.