Un autre petit joueur avalé par l’un des grands

Photo: Michaël Monnier Le Devoir

Un autre qui se retrouve dans le giron d’un grand. Des trois joueurs qui ont vu le jour en 2008 afin de stimuler la concurrence, Public Mobile, Mobilicity et Wind, seul ce dernier n’a pas été avalé par un des fournisseurs dominants.

Un an et demi après l’achat de Public Mobile par Telus, la Cour supérieure de l’Ontario vient de permettre à Rogers d’acquérir Mobilicity, ce qui pourrait renouveler le débat entourant l’état de la concurrence dans l’industrie.

Rogers a proposé 465 millions pour Mobilicity, dont l’achat doit toutefois être autorisé par le Bureau de la concurrence. Du même souffle, Rogers a vendu des segments de spectre à Wind Mobile, ce dernier s’estimant de plus en plus capable d’occuper le rôle du « quatrième joueur » à l’échelle canadienne.

« La transaction avec Rogers présente le meilleur résultat possible pour les clients, les concessionnaires et les employés », a indiqué le président de Mobilicity, Anthony Booth. Le service aux abonnés se poursuit, a dit l’entreprise. L’argent de la vente servira à rembourser les créanciers.

L’entreprise torontoise compte 150 000 clients et seulement une trentaine d’employés, soit 10 fois moins qu’il y a quelques années. Contrairement à Public Mobile mais comme Wind, elle n’a aucune présence au Québec, sa présence se limitant à cinq marchés en Ontario et dans l’Ouest canadien.

Du coup, Rogers dame le pion à Telus, qui a tenté à plusieurs reprises d’acquérir Mobilicity en 2013 et 2014, mais dont les efforts acharnés se sont butés au refus d’Ottawa. L’an dernier, Mobilicity a intenté une poursuite de 1,2 milliard contre le gouvernement fédéral, l’accusant d’avoir fait dérailler le processus d’acquisition mis de l’avant par Telus.

Ottawa moins préoccupé ?

Cependant, dans les documents déposés en Cour supérieure, les avocats du contrôleur de Mobilicity ont estimé que les dernières enchères de spectre font en sorte qu’Industrie Canada « est moins préoccupé qu’auparavant au sujet d’une concentration indue de spectre qui gênait auparavant les transactions proposées ».

Mobilicity fonctionne à l’abri de ses créanciers depuis septembre 2013. Le Globe and Mail a écrit vendredi dernier que Telus a récemment fait part d’une nouvelle proposition à Industrie Canada. Cette proposition reposait en partie sur le transfert de spectre de Mobilicity à Wind.

En début de semaine, le fondateur de Mobilicity et les employés ont mis de l’avant un plan qui aurait fait de l’entreprise un opérateur de réseau mobile virtuel. Ce type de fournisseur n’a pas d’infrastructures, préférant signer des ententes de service pour un accès aux réseaux déjà en place.

Ottawa souhaite depuis des années l’émergence d’un quatrième joueur pour faire concurrence au trio dominant composé de Bell, Telus et Rogers. Ensemble, ces trois contrôlent plus ou moins 90 % du paysage.

Vidéotron a surpris tout le monde l’an dernier en acquérant des licences pour l’Ontario et l’Ouest canadien, mais l’entreprise souhaite d’abord un certain nombre de conditions avant de se lancer officiellement. Entre autres, Vidéotron voudrait le plafonnement des frais d’itinérance que les grands joueurs peuvent facturer aux autres pour l’usage de leurs réseaux.

Le CRTC a indiqué récemment qu’il allait réglementer les tarifs d’itinérance, mais Vidéotron veut voir le résultat final avant de prendre une décision.

Dans l’intervalle, Vidéotron a profité de la dernière vente aux enchères, ce printemps, pour acheter des licences au coût de 187 millions. À l’hiver, l’entreprise de Québecor avait dépensé 233 millions pour du spectre couvrant 80 % de la population canadienne.

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