Et si les Québécois étaient plus riches qu’on le prétend?

Entre 1976 et 2011, les familles de trois personnes ont augmenté, de 24 % à presque 31 %, et celles de 4 personnes de 37 % à 43 %.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Entre 1976 et 2011, les familles de trois personnes ont augmenté, de 24 % à presque 31 %, et celles de 4 personnes de 37 % à 43 %.

Contrairement aux apparences, les revenus des Québécois se sont améliorés depuis 35 ans. Du moins, si l’on tient compte de l’évolution de la forme des ménages, conclut une étude.

Au premier regard, le Québécois moyen s’est nettement appauvri entre 1976 et 2011, constate une courte étude d’une vingtaine de pages de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke qui doit être dévoilée ce jeudi. Une fois enlevée l’inflation, le revenu de marché médian des ménages québécois a chuté de 17,2 %, en passant de 48 700 $ à 40 300 $. Les impôts et les transferts sociaux des gouvernements ont considérablement réduit cette dégringolade sans l’annuler complètement en ramenant ces chiffres à une baisse de 3,4 % (de 46 500 $ à 44 900 $ toujours en dollar constant).

Le portrait de la situation change cependant du tout au tout lorsqu’on désagrège ces données et qu’on regarde les tendances par type de ménage. Le revenu après impôts et transferts des familles de deux parents avec enfants a, par exemple, non pas reculé, mais augmenté de presque 33 % en dollars constants durant la même période (de 58 300 $ à 77 300 $). Le sort des familles monoparentales s’est encore plus amélioré, avec une croissance du revenu de presque 61 % (de 26 200 $ à 42 100 $), contre 25 % pour les personnes seules (de 19 500 $ à 24 400 $) et une maigre croissance, mais une croissance tout de même, de 4 % chez les couples sans enfants (de 55 400 $ à 57 600 $).

Plus de personnes seules et de familles monoparentales

Ce paradoxe est principalement le résultat de l’évolution de l’importance relative de chacun des types de ménages dans la société québécoise, expliquent les auteurs de l’étude, Luc Godbout et Suzie St-Cerny. De 1976 à 2011, on a notamment vu augmenter de 22 % à 37 % la proportion de ménages constitués d’une personne seule dont les revenus restent inférieurs à ceux des ménages de deux personnes ou plus (24 400 $ contre 60 000 $ en 2011). Chez les familles avec enfants, on a aussi vu diminuer de 90 % à 79 % la proportion de familles biparentales aux revenus plus élevés en même temps qu’augmentait de 10 % à 21 % la proportion de familles monoparentales aux revenus plus modestes.

Ces différentes tendances tiennent à toute sorte de facteurs auxquels l’étude de l’Université de Sherbrooke ne s’arrête pas, tels que l’accroissement des inégalités de revenu de marché, ici comme ailleurs dans le monde, l’augmentation du niveau de scolarité de la population québécoise et la hausse marquée du taux de participation des femmes au marché du travail au Québec.

L’augmentation de la proportion de personnes vivant seules tient, entre autres, au fait que les individus attendent plus longtemps avant de former des couples qu’auparavant et que l’augmentation de la longévité permet à plus de veufs et de veuves de vivre plus longtemps, a expliqué cette semaine au Devoir Luc Godbout. L’amélioration spectaculaire du revenu après impôt et transferts de certains ménages, comme les familles monoparentales (+ 61 %), est notamment le fruit de prestations sociales plus généreuses pour les familles avec enfants, d’un programme d’aide sociale encourageant le maintien sur le marché du travail, ou encore de la plus grande autonomie qu’a conféré la mise en place d’un réseau public de garderies.

De plus petites familles

Ce ne sont pas les seuls changements qui sont apparus au Québec en trois décennies et dont il faut tenir compte quand on cherche à évaluer l’évolution du niveau de vie des ménages, poursuivent Luc Godbout et Suzie St-Cerny. L’un de ces changements est la diminution de la taille des familles.

On estime ainsi que la proportion de familles avec enfants totalisant deux personnes (un parent et un enfant) est passée d’un peu plus de 3 %, en 1976, à presque 10 %, en 2011. Les familles de trois personnes ont augmenté, quant à elles, de 24 % à presque 31 % et celles de 4 personnes de 37 % à 43 %. Les familles de 5 personnes ont reculé quant à elles de 20 % à 14 %, durant la même période, alors que celles de 6 personnes et plus ont fondu d’un peu plus de 15 % à seulement 3 %.

Postulant qu’à revenu égal, les plus petites familles profitent d’un niveau de vie plus élevé, mais que certaines dépenses (comme l’habitation ou l’alimentation) peuvent aussi donner lieu à des économies d’échelle, Godbout et St-Cerny ont cherché à tracer l’évolution des revenus des familles avec enfant, mais pondérés en fonction de leur nombre de membres.

Cela leur a permis de constater que le revenu médian après impôt et transferts de l’ensemble des familles avec enfants a crû de 32 % au Québec entre 1976 et 2011, mais que cette hausse doit être portée à 39 % si l’on prend en compte la diminution de la taille des familles.

« L’objectif de notre étude n’était pas de répondre à toutes les questions ni de clore le débat sur l’évolution des revenus au Québec, explique Luc Godbout qui présidait jusqu’à tout récemment la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise et à laquelle le gouvernement du Québec a promis de donner suite. Elle se voulait seulement un petit guide méthodologique qui pourrait servir de garde-fou contre toutes ces grandes affirmations voulant qu’on s’appauvrirait au Québec. »


 

61 %
Croissance du revenu des familles monoparentales au Québec entre 1976 et 2011
12 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 25 juin 2015 07 h 28

    Qu'en termes savants ces choses-là sont dites!

    Monsieur, pas besoin d'être spécialiste pour comprendre que votre écrit est totalement farfelu.
    Tout d'abord il faut noter que, de un, vous ne tenez pas compte de la (petite) hausse du coût de la vie. L'étude non plus si je comprends bien, mais vous le devriez selon ce que je lis, pour des raisons données plus bas.
    La famille monoparentale, si elle a un revenu plus élevé toute proportions gardées selon vos bien secs chiffres, a aussi des dépenses plus élevées. N'importe quel parent vous dira les nécessités de la vie, par exemple le besoin de souffler et donc d'utiliser un(e) gardien(ne) plus souvent. Si ce n'est pas le cas, alors le parent finit par être épuisé et tombe malade, eh oui. La bouffe, elle aussi, coûte plus cher parce que, soit on achète de la nourriture préparée et donc plus chere, soit on mange moins bien, soit on y passe plus de temps. Dans tous les cas la maladie guette.

    Alors oubliez vos éconnomies d'échelle, parce que c'est le contraire: ce qu'un couple de parents peut se permettre via la répartition des tâches, une famille monoparentale doit le payer, ou se préparer à voir son revenu diminué. Le fait que l'étude n'en ait pas tenu compte ne vous autorise pas à en faire autant puisque c'est vous qui introduisez cette notion tordue d'économie d'échelle.

    Enfin, puisque la mode depuis maintenant 12 ans est de couper les revenus du gouvernement et, à moyen terme, le retour sous mille formes différentes vers les plus défavorisés, l'écart de richesse s'accroît, ce qui accentue le ralentissement économique chez les moins riches. Les plus riches en sont eux aussi affectés toutefois. Moins, mais tout de même.

    Ceci pour votre revenu médian, une notion qu'on doit manier avec un soin particulier qui ne semble pas vous caractériser.

    On ne peut pas plus regarder l'enrichissement personnel sans regarder la dépense, que le PIB sans les écarts, tant moyen qu'extrême : le moindre écart parle de stabilité, le plus grand, de crise prévisible.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 26 juin 2015 15 h 34

      Non, ça tient compte de la hausse du coût de la vie. Quand on dit « dollars constants » ou « dollars enchaînés », ça signifie des $/IPC, dans lequel l'IPC est un indice du coût de la vie : les prix à la consommation de l'année où ces $ ont été mesurées, divisés par les prix à la consommation d'une année de référence (souvent 2002 ou 2007, ou sinon, souvent l'année à laquelle on écrit le rapport).

  • Pierre Bernier - Abonné 25 juin 2015 07 h 40

    Public visé ?

    Quel est le public "prioritaire" visé par cette étude... de quelques pages ?

    Le "gouvernement" et "idéologues" comptables qui l'entourent ou l' "opinion publique" ?

  • Marc Bourdeau - Abonné 25 juin 2015 09 h 03

    Se comparer

    Quand on visite les USA ou ailleurs au Canada, dans le ROC, donc, on s'aperçoit aisément que notre richesse est très grande, bien plus grande en fait pour qui sait voir ce qu'il voit.

    Et pourtant certains médias (La Presse entre autres) nous affirment le contraire: nous serions parmi les plus démunis en Amérique du Nord.

    Contrairement à tout bon sens. Cette étude est un bon indicateur.

    Qu'on se le dise, le Québec est assurément doté d'une civilisation parmi les plus avancées et les plus riches du monde. Collectivement parlant. On le voit encore par les résultats de l'étude de l'Université de Sherbrooke. Moins d'inégalités aussi, donc plus de richesse vraie. Ce que ne rapporte pas cette étude.

    • Jean-François Trottier - Abonné 25 juin 2015 10 h 50

      Vous avez parfaitement raison. Toutedois, cette étude compare le Québec au Québec sur deux époques, et non par rapport à autre chose.

      Et oui, ici le pouvoir de dépenser s'est relativement réduit, j'en suis convaincu.

    • Marc Bourdeau - Abonné 26 juin 2015 00 h 13

      Il faut tout de même remarquer, Monsieur Trottier, que l'étude rapporte les résultats en dollars constants. Elle tient compte de l'inflation, de la hausse du coût de la vie.

      Mais, en effet, les biens accessibles ont beaucoup changé. Ainsi au début de la période, pas de téléphone portable, pas d'ordinateur ni de tablette. Etc. Qu'avions-nous en 1976 comme offre de télévision?

      Remarquons à cet égard que les prix des ordinateurs et des tablettes, par exemple, a beaucoup baissé, leur capacité augmenté exponentiellement depuis leur introduction dans la vie courante où ils jouent un rôle de plus en plus important. Le prix des autos, quant à eux, n'ont presque pas augmenté, cela en dollars inflationnés, donc ils ont baissé en dollars constants. Et les autos sont incomparablement meilleures maintenant qu'alors.

      Les choses ne sont pas simples. Mais les chiffres rapportés demeurent très significatifs. Et rassuranta concernant les accroissements de notre richesse collective, de 'notre' capacité.

  • Bernard Terreault - Abonné 25 juin 2015 13 h 46

    Pas besoin d'être économiste

    J'ai 75 ans. Les Québécois, comme les autres résidents de pays développés, ont un niveau de vie incomparablement supérieur à celui des années 50, ou même 80. Ça crève les yeux pour quiconque a plus de quarante ans. Bien sûr, il y a de la pauvreté aujourd'hui, mais si vous aviez vu la misère noire que j'ai vue dans les taudis de Montréal ou les bidonvilles de la Rive Sud à l'époque, la pauvreté d'aujourd'hui ressemble presque à de l'aisance. Et la famille de trois enfants de la classe moyenne vraiment moyenne? À cette époque elle vivait dans cinq ou six et demi à Rosemont et avait, peut-être, une voiture. Elle ne sortait presque jamais au resto, répétait le même menu chaque semaine et ne connaissait pas les fruits et légumes exotiques à part les bananes et les ananas; le vin lui état à peu près inconnu. Elle avait une télé 17" pour la famille et un téléphone. Aujourd'hui, elle a sa maison de trois chambres à coucher et deux salles de bain sur son terrain gazonné de 5000 pi2, deux voitures, deux ou trois télés, l'internet et, pressée pour aller au gym ou au soccer, mange à toute occasion au resto. Et parlons vacances et voyages. Mon copain de classe était riche, son père vice-président d'une importante firme d'assurance. Imaginez, les chanceux, ils passaient deux semaines à Old Orchard chaque été! Aujourd'hui des finissants de cégep se payent des virées à Bali quand ce n'est pas des "années sabatiques". La classe supérieure, elle, a cependant perdu une chose: des aides domestiques à peine payées, aujourd'hui remplacées par des électroménagers bien plus performants ou des services contactuels d'entretien.

    • Cyril Dionne - Abonné 25 juin 2015 17 h 51

      Merci pour votre commentaire. Très apprécié.

  • Louise Martin - Abonné 25 juin 2015 15 h 17

    Et l'endettement des ménages?

    Les études ci-haut mentionnées ne parlent pas de ce point important ancré dans la réalité des ménages.

    Louise Martin
    abonnée