Délocaliser est profitable pour tout le monde

Les moyens par lesquels les délocalisations accroissent la productivité sont nombreux. L’un d’eux est qu’elles permettent aux entreprises de se spécialiser dans les tâches qu’elles accomplissent le mieux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les moyens par lesquels les délocalisations accroissent la productivité sont nombreux. L’un d’eux est qu’elles permettent aux entreprises de se spécialiser dans les tâches qu’elles accomplissent le mieux.

Les délocalisations renforcent plutôt qu’elles n’affaiblissent l’économie canadienne en améliorant la productivité de ses entreprises, conclut une étude de Statistique Canada.

On accepte généralement volontiers que le fait d’augmenter ses exportations soit une bonne chose pour une entreprise ou une économie tout entière. On est moins porté à croire qu’il en va aussi de même pour les importations et la délocalisation de certaines tâches vers l’étranger. Or, plus une entreprise manufacturière importe des biens de l’étranger pour fabriquer ses propres produits, plus la valeur ajoutée du travail de ses employés est grande et plus elle a de chance de prospérer et de gagner de nouvelles parts de marché, rapporte l’étude d’une trentaine de pages dévoilée lundi.

Ce gain de productivité des entreprises importatrices serait en moyenne de presque 7 % par rapport à leurs concurrentes qui n’ont pas recours à des intrants de fournisseurs étrangers. Cet avantage serait plus marqué encore si cette forme de délocalisation se fait vers des pays autres que les États-Unis.

Plus on délocalise, et plus cet avantage est marqué, même si l’on fait abstraction d’autres facteurs positifs pour la productivité, comme le fait d’être aussi un exportateur, d’avoir une plus grande taille, d’avoir un propriétaire étranger ou de faire partie d’un plus grand ensemble de filiales et de divisions d’une même entreprise.

Ces gains de productivité ne viennent pas seulement grossir la colonne des profits au plus grand bonheur d’obscurs actionnaires, notent les auteurs de l’étude. « Nous avons également constaté que la délocalisation est associée à la réaffectation des ressources (c’est-à-dire le travail) des entreprises moins productives vers les entreprises plus productives d’une industrie », et ce, pour le plus grand bien de tous ceux oeuvrant dans cette industrie.

De presque rien à la moitié des intrants

Ne tenant pas compte du commerce des services ni du volume des biens importés par les fournisseurs, les experts de Statistique Canada constatent que plus du quart (27 %) des intrants du secteur de la fabrication au Canada venait de l’étranger en 2006. Cette proportion se révélait particulièrement élevée dans le domaine des biens durables (moyenne de 32 %), comme les secteurs des métaux de première transformation (31 %), des produits informatiques et électroniques (38 %) et du matériel de transport (46 %). Elle était plus faible dans le domaine des biens non durables (moyenne de 21 %), notamment en alimentation (5 %), en imprimerie (6 %) et dans le vêtement (8 %), mais beaucoup plus élevée dans d’autres secteurs, comme les produits en plastique ou en caoutchouc (27 %), le pétrole et le charbon (34 %) et les textiles (37 %).

Contrairement à la perception répandue, le commerce n’est pas un jeu à somme nulle où les seuls gagnants sont ceux qui parviennent à exporter plus qu’ils n’importent, fait valoir l’étude. Les moyens par lesquels les délocalisations accroissent la productivité sont nombreux. L’un d’eux est qu’elles permettent aux entreprises de se spécialiser dans les tâches qu’elles accomplissent le mieux. Un autre est qu’elles exposent les entreprises au pouvoir stimulant de la concurrence internationale en plus de lui donner accès aux meilleures pratiques et technologies de l’industrie. Le fait d’élargir le nombre et la diversité des fournisseurs potentiels augmente aussi la chance de trouver les meilleurs intrants au meilleur prix et de maintenir une plus grande souplesse de production.

« Ces résultats offrent un argument supplémentaire en faveur du rôle important du commerce international dans la productivité de l’industrie, écrivent les auteurs de l’étude en conclusion. Ils montrent qu’il est possible d’accroître la productivité, non seulement par l’exportation, mais aussi par l’importation et la délocalisation. »