Pour faire progresser l'économie - Une étude du FMI penche pour l'intervention de l'État

Un chercheur du Fonds monétaire international (FMI) vient de publier un document de travail qui démontre que les mesures fiscales actives représentent la méthode la plus efficace pour lutter contre le chômage et ainsi faire progresser l'économie. L'interventionnisme de l'État, comme les subventions à l'emploi ou encore le fait de payer une partie du salaire des nouveaux emplois créés dans un secteur, ne serait pas si mauvais après tout.

La recherche de Marcello Estevao, économiste de la branche européenne de l'organisme, reste surprenante venant d'un membre du FMI, largement en faveur du libre marché et habituellement contre tout interventionnisme, pourtant vanté dans le document qui date de décembre dernier. Le FMI a d'ailleurs pris soin de préciser que les conclusions ne reflétaient pas nécessairement la position officielle de l'organisme, puisqu'il s'agit d'une recherche toujours en cours.

Dans son préambule, le document intitulé Do Active Labor Market Policies Increase Employment? est pourtant clair. «Parmi toutes les mesures fiscales et économiques, la subvention directe à la création d'emplois est la plus efficace», tranche Marcello Estevao, qui a étudié les choix de développement économique adoptés par 15 pays industrialisés, dont le Canada, entre 1985 et 2000.

Comme «mesure fiscale active», l'auteur mentionne tout ce qui implique une injection directe d'argent pour créer des emplois: subvention aux jeunes défavorisés qui travaillent, paiement d'une partie du salaire de tous les nouveaux emplois créés dans un domaine précis, subvention aux familles à faible revenu lorsque les parents occupent un emploi, etc.

Un site désigné

Le gouvernement péquiste avait mis en place l'une de ces mesures au milieu des années 90, alors que l'État payait entre 30 % et 40 % du salaire de tous les nouveaux emplois créés dans le multimédia, l'informatique et une partie des biotechnologies, à la condition cependant que l'entreprise s'installe dans un site désigné, comme la Cité du multimédia ou la Cité du commerce électronique. Le programme a par contre connu plusieurs ratés au fil des ans, tant et si bien que les libéraux y ont mis fin lors de leur arrivée au pouvoir.

Le Québec était loin d'être le seul endroit où de telles mesures étaient appliquées, puisque la plupart des grands pays industrialisés en font autant à différents degrés. Lorsqu'on prend les résultats de ces politiques sur la création d'emplois, comparativement aux sommes dépensées en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), c'est le petit Luxembourg qui arrive en tête des 15 pays étudiés, devant, en ordre, l'Autriche, l'Australie, l'Allemagne, les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède, la Finlande, les Pays-Bas, la France, l'Espagne et la Belgique.

«Les programmes actifs de création d'emplois peuvent générer des résultats inespérés [windfall effects], peut-on lire dans le document. [...] L'association des différentes mesures de création active d'emplois sur la diminution du coût de production peut être assez importante pour stimuler l'offre d'emploi, augmenter les salaires et trouver un équilibre entre l'offre et la demande.»

L'économiste souligne que les mesures actives sont de loin préférables aux politiques coercitives. «Les mesures passives de création d'emplois, comme la compression de la prestation d'assurance-emploi, sont négativement associées à la création d'emplois.»

Des bémols s'imposent

Le document souligne toutefois que, «malgré leurs effets positifs, les mesures fiscales actives peuvent coûter très cher, ce qui pose la question de l'efficacité générale du programme versus le coût-bénéfice».

C'est probablement le principal problème de ces mesures, selon Marc Van Audenrode, professeur d'économie à l'Université Laval et spécialiste du marché du travail. «Effectivement, ça marche, mais le calcul qu'on ne fait jamais, c'est combien ça coûte vraiment en comptant les sacrifices qu'on impose ailleurs, dit-il. L'argent qu'on dépense dans ces programmes, il faut le prendre dans d'autres domaines. Les emplois qui disparaissent ailleurs, on ne les voit pas.»

Selon lui, ces études sont donc souvent «biaisées» et toujours positives, parce que «le bénéfice est facile à identifier, mais le coût est extrêmement diffus». Par contre, comme il y a du positif et que tous les pays jouent le jeu, «il faut le jouer aussi», estime Marc Van Audenrode.

Joëlle Noreau, économiste à la Fédération des caisses Desjardins, abonde dans le même sens. «Il faut pouvoir offrir quelque chose à ces grandes compagnies, dit-elle. Même dans des domaines de haut savoir comme l'informatique, il y a des pays comme l'Inde qui offrent des coûts de main-d'oeuvre bien inférieurs.»

L'économiste estime que ces mesures fiscales actives fonctionnent «très rapidement avec une excellente efficacité à court terme», mais qu'il faut voir dans le temps si ça porte fruit. «Après la fin des subventions, est-ce que l'entreprise va continuer à créer des emplois? Et lorsqu'on subventionne des PME qui meurent après quatre ou cinq ans, est-ce que la dépense a valu la peine?»

Les gouvernements font évidemment des calculs politiques et estiment que ces mesures, bien que coûteuses, rapportent sur le plan de l'image, pensent les experts. «Les dirigeants doivent gérer la pression sociale interne, souligne Joëlle Noreau. Quand le chômage est élevé, comme en Europe présentement, les gens veulent des solutions rapidement et c'est le meilleur moyen.»