Cordon Bleu: père et fils règlent à l'amiable

Généralement, les conflits entre père et fils dans la succession d'une entreprise portent sur des questions d'argent, mais rarement sur une philosophie de gestion fortement imbibée de convictions religieuses. Chez Aliments Ouimet-Cordon Bleu, des divergences de cette nature ont mené à une poursuite en Cour supérieure intentée par le fils contre le père, laquelle a cependant été retirée deux jours avant Noël pour faire place à un règlement à l'amiable.

C'est ce que confirme la direction d'Aliments Ouimet-Cordon Bleu, à la suite d'un article qui s'est mérité presque toute la une du Journal de Montréal hier, dans lequel on divulguait l'existence de ce conflit devenu juridique. La requête déposée devant la Cour en décembre demandait que Robert Ouimet, le père, cesse de parler de l'entreprise en lui attribuant une connotation confessionnelle. La nouvelle direction a fait valoir qu'elle ne voulait pas voir ses produits associés à des croyances ou à des convictions particulières.

Toutefois, Robert Ouimet fils, qui est désormais président et propriétaire de l'entreprise, a précisé hier que «cette poursuite déposée en Cour supérieure a été retirée le 23 décembre suite à une entente à l'amiable hors cours qui a été conclue entre le père et le fils». Il a ajouté que «le contenu de cette entente est de nature confidentielle et n'est pas d'intérêt public».

Sur le fond de la question, M. Ouimet fils explique que la poursuite avait pour but de s'assurer que l'entreprise Aliments Ouimet-Cordon Bleu n'était aucunement associée à une croyance ou une conviction religieuse en particulier: «En tant qu'homme d'affaires et chef de la direction d'une entreprise, j'ai à défendre les intérêts de ma compagnie. Je considère la religion comme un choix personnel qui n'a pas sa place dans la gestion d'une entreprise commerciale. Je tiens toutefois à préciser que je n'ai rien contre les convictions personnelles de mon père. Je défends simplement les intérêts de l'entreprise familiale qu'il a dirigée avec brio pendant de nombreuses années».

Cet accident de parcours n'étonne sans doute pas ceux qui ont pu constater l'ardeur religieuse de M. Ouimet père depuis plusieurs années. Profondément catholique, il voulait que l'entreprise, son personnel et sa culture le soient aussi. Néanmoins, au cours des dernières années, une transition s'est préparée dans le cadre d'un processus de réévaluation de la place de cette entreprise dans le marché. Un nouveau plan de développement stratégique fut présenté en 2001 au conseil d'administration, encore présidé par le père. Le plan fut accepté, mais non appliqué.

Avec l'appui financier de la Banque nationale, le fils a pu faire l'acquisition de l'entreprise. Dans une longue entrevue accordée au Devoir en novembre 2003, M. Ouimet fils a déclaré ceci: «Il fallait une coupure. Moi, je prends le beau risque. Mon père avait une philosophie de gestion inusitée dans le monde des affaires, qui n'est pas la mienne. Maintenant, nous passons à l'attaque en mettant l'accent sur la mise en marché».

Selon cette nouvelle approche, les produits d'Aliments Ouimet-Cordon Bleu doivent conserver leur caractère authentiquement québécois, puisque le Québec demeure leur principal marché. Mais, dans une perspective de croissance, particulièrement sur le marché américain, il faut aussi concevoir des produits au goût de ces nouveaux marchés.

Dans ce contexte, dans le Québec d'aujourd'hui comme ailleurs, il ne saurait y avoir d'entreprises qui sont catholiques et d'autres qui auraient d'autres confessions. Les propos qu'a tenus en public M. Ouimet père depuis qu'il n'est plus à la tête de l'entreprise familiale ont pu nuire à l'image de cette société, qui a 130 employés et génère des revenus de 60 millions de dollars.