Malgré la politique officielle du dollar fort - La chute du dollar semble convenir à tout le monde

New York — La forte baisse du billet vert depuis plusieurs mois semble convenir à tout le monde aux États-Unis — responsables politiques, économiques et même monétaires —, même si les autorités continuent officiellement à soutenir une politique du dollar fort.

Ben Bernanke, influent gouverneur de la banque centrale américaine qui siège à son comité de politique monétaire, a levé dimanche la dernière ambiguïté en minimisant les effets pervers que pourrait avoir le recul du billet vert.

Avant de relever ses taux d'intérêt, actuellement au plus bas depuis plus d'un demi-siècle, «la Réserve fédérale peut s'offrir le luxe d'être patiente», a-t-il déclaré dimanche dans un discours, précisant que «les effets directs de la dépréciation du dollar [sur l'inflation] semblent relativement mineurs».

D'après les analystes, ces commentaires démontrent que la Fed, pas plus que le gouvernement américain, ne s'inquiète de la plongée du billet vert. «Cela a servi d'excuse» aux marchés pour porter un nouveau coup au billet vert, dans un contexte toujours très défavorable au dollar, a remarqué David Gilmore, analyste de FX Analytics.

Et les courtiers se sont jetés sur ces déclarations pour accélérer un peu plus la chute du dollar, principalement face à l'euro mais aussi au yen.

Il est rare qu'un membre de la Fed fasse des commentaires aussi transparents sur la monnaie.

Face à l'euro

Mais le déclin du dollar ne date pas de dimanche. Il s'est spectaculairement accéléré à partir du 28 novembre face à la monnaie européenne, et celle-ci a franchi un nouveau record historique quasiment chaque jour face au billet vert depuis. Hier, elle a franchi le seuil de 1,2810 $US, pour la première fois de son histoire.

Depuis le premier trimestre 2002, le dollar a donc perdu plus de 40 % de sa valeur face à l'euro. Un chiffre que M. Bernanke a tenu à relativiser en considérant «un index de la valeur réelle du dollar face aux monnaies des partenaires commerciaux les plus importants des États-Unis, [...] le billet vert est encore 7 % au-dessus de sa valeur moyenne des années 90».

«Le fait que l'administration Bush, et en particulier le Trésor, n'aient pas réagi [aux propos de M. Bernanke] démontre qu'ils ne s'inquiètent pas du déclin du dollar», estime Robert Sinche, économiste de Citigroup.

Les autorités américaines, bien qu'elles soutiennent toujours publiquement une politique de dollar fort, ont même matière à se réjouir de la fonte du billet vert, dont l'impact commence à porter ses fruits chez les multinationales aux États-Unis. «La direction qu'a prise le dollar est un gros plus pour nous», s'est ainsi félicité lundi le p.-d.g. de General Motors, Richard Wagoner, en souhaitant même voir le billet vert baisser davantage. «Avec la forte hausse du yen ces derniers mois, la concurrence va être beaucoup plus difficile pour les constructeurs japonais sur le marché américain», a renchéri Wolfgang Bernhard, numéro deux de DaimlerChrysler.

En Europe, des voix se sont élevées pour s'inquiéter de l'impact économique négatif de l'envolée de l'euro, mais Robert Sinche est «surpris par le calme manifesté du côté européen», notant que «l'Europe perd de la compétitivité».

Les analystes s'attendent cependant à ce que le dollar figure au menu de la prochaine réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du G7, les 6 et 7 février à Boca Raton. «Il en sera absolument question», affirme M. Sinche.

Reste à savoir si les débats transpireront dans le communiqué final. M. Sinche n'en est pas persuadé, les Américains n'ayant pas intérêt à freiner — pour le moment — une baisse qui les sert.