Le Québec doit se méfier des puissances industrielles émergentes

Au rythme où vont les choses, la productivité de la Chine égalera celle du Québec dans moins d’une dizaine d’années.
Photo: Archives Agence France-Presse Au rythme où vont les choses, la productivité de la Chine égalera celle du Québec dans moins d’une dizaine d’années.

Le Québec reste encore bien positionné pour tirer avantage de la nouvelle économie mondiale mais doit faire vite avant d’être rattrapé par les économies émergentes.

Le secteur manufacturier québécois affiche globalement une meilleure productivité que celle de plusieurs pays développés, comme le Danemark, l’Australie et la Suède, mais surtout bien meilleure que celle des puissances industrielles émergentes, comme la Chine, le Mexique ou l’Inde, constate l’édition 2015 de l’ouvrage collectif d’experts L’économie du Québec, contexte et enjeux dévoilé mercredi en marge de la 21e édition de la Conférence de Montréal. Calculée à partir de la valeur ajoutée par employé, cette productivité est tellement supérieure qu’elle compense plus que largement l’avantage concurrentiel que confère aux économies émergentes l’extrême faiblesse de leurs salaires.

Cette avance du Québec est toutefois en train de fondre à mesure que les économies émergentes améliorent leur productivité en même temps que stagne et même recule celle de certains secteurs québécois, lit-on dans l’ouvrage codirigé par Thierry Warin, Bernard Sinclair-Desgagné et Ari Van Assche. Au rythme où vont les choses, la Chine aura fini de rattraper le Québec dans cinq ou dix ans. Peut-être plus tôt même.

L’importance de l’enjeu est considérable à une époque où la production est de plus en plus structurée en fonction de grandes chaînes de valeur mondiales dans laquelle chaque entreprise cherche à se faire une place, font valoir les experts qui annonçaient aussi la création dans Internet d’une nouvelle banque de données comparatives appelée « Mondo » et visant à aider les entreprises avec ces enjeux. « Nous assistons à un changement de paradigme. Le Québec reste bien placé, mais il n’y a pas de temps à perdre », a déclaré aux journalistes Thierry Warin. Le professeur à HEC Montréal et membre du CIRANO donne notamment en exemple l’Australie, qui a su améliorer rapidement sa position concurrentielle en investissant massivement dans le développement de ses infrastructures de communication numérique.

Plus tôt dans la journée, l’expert en robotique de l’École de technologie supérieure, Ilian Bonev, avait souligné un paradoxe dans son domaine. Le Québec, comme le reste du Canada, est l’une des économies développées où les entreprises utilisent le moins de robots. « Nous comptons pourtant de nombreux experts et d’entreprises dans le domaine, mais ils doivent trouver leurs clients ailleurs. »

Révolution manufacturière

Le temps où la meilleure façon d’attirer les compagnies manufacturières était de leur garantir les salaires les plus bas est révolu, avait annoncé lundi à la Conférence de Montréal le grand patron de GE, Jeffrey Immelt. « Il faut aujourd’hui moins de deux heuresde travail pour fabriquer un réfrigérateur et le coût de la main-d’oeuvre pour une turbine de centrale électrique ne dépasse pas 20 %. [Aussi] on peut s’installer presque n’importe où dans le monde. »

Ce qui compte maintenant, a-t-il expliqué, c’est la capacité de produire et de s’adapter vite et bien. « Oubliez tout ce que vous pensiez savoir du secteur manufacturier parce qu’il est en voie de complètement se transformer. » Les grandes usines avec plusieurs milliers d’employés sont en train d’être remplacées par de plus petites unités de production de 500 à 600 personnes qui baignent dans les technologies numériques et la robotique, ce qui leur permet d’être en constante interaction avec les autres intervenants de la chaîne de valeur. « Notre compagnie achète chaque année pour 50 milliards de biens et services à des fournisseurs. »

Cette nouvelle ère a commencé à ramener dans les pays développés des emplois qui avaient été délocalisés dans les économies émergentes, a affirmé Jeffrey Immelt. Les pays peuvent aider ce retour en ayant une main-d’oeuvre formée, une expertise dans les domaines scientifiques, mais aussi de l’énergie à bon prix.

Le président du conseil et chef de la direction d’un autre géant industriel américain, David Cote, de Honeywell, est venu quelque peu doucher mercredi les espoirs de ceux qui se seraient mis à rêver d’une grande revanche des puissances occidentales. « La Chine sera aux États-Unis ce que les États-Unis ont été au Royaume-Uni au XIXe siècle », a-t-il déclaré, rappelant cet autre moment de l’histoire où la jeune économie américaine avait commencé à détrôner la puissance britannique. « Et quand je décide où investir, je tends à regarder où se trouvera la croissance dans les prochaines années. »

Singapour dans l’Arctique

« La vitesse à laquelle la réalité change ne cesse de m’étonner », a raconté candidement le président de l’Islande, Ólafur Ragnar Grímsson. « Il y a quelques années, on m’a annoncé la venue à Reykjavik d’un ambassadeur de Singapour au Conseil de l’Arctique. J’avoue avoir été quelque peu surpris. Mais depuis, Singapour est devenue un joueur extrêmement actif notamment en ce qui a trait au développement de nouvelles routes maritimes commerciales. »

Nous assistons à un changement de paradigme. Le Québec reste bien placé, mais il n’y a pas de temps à perdre

4 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 11 juin 2015 08 h 07

    De nouvelles routes maritimes commerciales dans l'Arctique?


    Franchement, est-il vraiment nécessaire d'aller s'éclater dans l'Arctique?

    Voyonsi plutôt comment s'interprêtent l'offre et la demande en ce début de XXI ième siècle:

    Récemment, un très gros client, Terra-Mater, a fait un autre appel d'offres à propos de centaines de millions d'arbres à planter et à faire pousser jusqu'à maturité, ceci afin de consolider ses infrastructures.

    Ce client paie avec de l'air pure d'une qualité inégalée. ;-)

  • Jacques Gagnon - Inscrit 11 juin 2015 10 h 33

    Ne pas déranger

    Ici, on dort sur la switch. Des milliers d'ingénieurs sortent des écoles chaque mois en Inde et ailleurs et se tourneent vers les technologies du savoir. Ici, on a le plan Nord, les «richesses» naturelles, tout ce qu'il faut pour préserver notre position médiocre sur l'échiquier. Ici, il faut du solide, de la construction, parce que les amis du pouvoir ne savent que ça.

    Je prédis que, à ce rythme, nous serons les tiers monde bientôt.

  • Yves Corbeil - Inscrit 11 juin 2015 11 h 56

    Cupidité et Compétition

    '' Cupidité et compétition ne sont pas le résultat d'un tempérament humain immuable...
    la cupidité et la peur du manque sont, en fait, crées et amplifié...
    la conséquence direct est que nous devons nous battre les uns contre les autres pour survivre''

    Bernard Lietaer