Le Salon du Bourget donnera-t-il des ailes à la CSeries?

Bombardier cumule 243 commandes fermes pour sa CSeries, qui se décline en deux versions: CS100 et CS300.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Bombardier cumule 243 commandes fermes pour sa CSeries, qui se décline en deux versions: CS100 et CS300.

Bombardier espère profiter du Salon du Bourget pour changer les perceptions de l’industrie à l’égard de son avion commercial CSeries, dont le programme a accumulé les retards ainsi que les ennuis.

En plus de procéder à une mise à jour de la performance de l’appareil, l’entreprise a pour la première fois envoyé deux avions à ce qui est considéré comme le plus important salon aéronautique de l’année, qui s’ouvre dimanche, à Paris. Bombardier ouvrira les portes de son CS100, qui peut transporter de 100 à 125 personnes, alors que le CS300, qui peut accueillir jusqu’à 160 personnes, volera pendant les trois premiers jours de l’événement.

« Cela permettra à l’industrie de faire la transition de quelque chose de théorique vers un vrai appareil », a expliqué le nouveau président de Bombardier avions commerciaux, Fred Cromer, au cours d’un entretien téléphonique. De plus, selon le vice-président principal aux ventes, Colin Bole, il s’agira de la première fois en 28 ans qu’un avion à fuselage étroit complètement neuf sera présenté au Salon du Bourget.

Avant d’arriver à Paris, le CS100 fait une escale à Zurich, en Suisse, chez son client de lancement, Swiss, alors que le CS300 se rend aux installations de Bombardier à Belfast, en Irlande du Nord.

Bien que le Bourget soit « extrêmement important » pour la CSeries, M. Cromer a néanmoins tempéré les attentes, affirmant qu’il ne ressentait pas de pression supplémentaire d’annoncer de nouvelles commandes. Pour le moment, Bombardier comp- te 243 commandes fermes pour son nouvel avion commercial. Elle souhaite en obtenir au moins 300 d’ici les premières livraisons, prévues au début de l’année 2016. « Je ne crois pas qu’il y ait de la pression à Paris, a-t-il dit. Les ventes, c’est un travail de 365 jours par année. »

Toutefois, la grande majorité des observateurs de l’industrie s’entendent pour dire que Bombardier devra annoncer des nouvelles positives au Salon du Bourget afin de redonner un élan au programme de la CSeries. En raison des imprévus et retards, les coûts du programme ont explosé, passant d’environ 2 milliards à 5,4 milliards $US. « Il faudrait vraiment que ça marche, estime Isabelle Dostaler, professeure titulaire à l’école de gestion John Molson de l’Université Concordia. Si ça ne fonctionne pas du tout et qu’il n’y a pas de commandes, ça serait problématique. »

Ça passe ou ça casse

En plus de dévoiler des informations supplémentaires quant à la performance de la CSeries, Mme Dostaler croit que l’entreprise québécoise a gardé en réserve des « petits secrets » afin de courtiser l’industrie. « Il y a un peu de ça passe ou ça casse, observe-t-elle. Ce n’est pas la dernière limite, mais il faudrait que les choses bougent. »

D’après Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, Bombardier devrait au moins obtenir des engagements de la part de clients. Sinon, l’analyste croit que l’action de la société — qui a perdu environ 40 % depuis le début de l’année — pourrait encore reculer. Dans un rapport, il estime que la CSeries devrait attirer l’attention au Bourget, notamment parce que les concurrents Boeing, Airbus et Embraer ne prévoient pas dévoiler de nouveaux appareils.

« La présence physique de la CSeries devrait stimuler les discussions avec des clients potentiels », croit pour sa part Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux.

Quant à la mise à jour des données, M. Cromer a expliqué que Bombardier allait dévoiler des résultats d’essais en vol qui prouveront que la CSeries a surpassé les prévisions initiales en ce qui a trait à la distance, la consommation de carburant ainsi que la configuration intérieure. Jusqu’ici, l’entreprise a promis que le CS100, propulsé par un moteur de Pratt Whitney, devrait notamment consommer 20 % de moins de carburant par rapport aux avions de taille similaire actuellement sur le marché. « C’est le genre de chose qui va intéresser à la fois les gens ainsi que l’industrie », a estimé M. Cromer.

Outre la CSeries, l’avionneur montréalais enverra un CRJ 1000, un turbopropulseur Q400 ainsi qu’un avion d’affaires Global 6000 en France.

En plus de Bombardier, d’autres acteurs importants de l’industrie aéronautique québécoise, comme Héroux-Devtek et CAE, seront également au Bourget, tout comme Aéro Montréal, qui représente le secteur.

Cela permettra à l’industrie de faire la transition de quelque chose de théorique vers un vrai appareil

À voir en vidéo