Des banquiers discrédités

Anshu Jain et Jürgen Fitschen sont les deux derniers banquiers à avoir démissionné de leur poste, la Deutsche Bank qu’ils dirigeaient étant impliquée dans environ 6000 litiges.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Anshu Jain et Jürgen Fitschen sont les deux derniers banquiers à avoir démissionné de leur poste, la Deutsche Bank qu’ils dirigeaient étant impliquée dans environ 6000 litiges.

Si les litiges dans lesquels sont empêtrées les banques des deux côtés de l’Atlantique n’affectent que modérément leurs comptes, les conséquences peuvent être plus lourdes pour leurs dirigeants, à l’instar de Deutsche Bank, dont les patrons ont démissionné dimanche.

La démission surprise d’Anshu Jain et Jürgen Fitschen n’a pas été uniquement due aux piètres résultats de Deutsche Bank, mais aussi aux quelque 6000 litiges auxquels la banque doit faire face. Nombre de banques d’envergure mondiale sont empêtrées dans de nombreuses procédures judiciaires dans différents dossiers : manipulation de cours, de taux, pratiques douteuses, etc….

Pour l’économiste Dominique Plihon, c’est un « bon signal : il faut que les dirigeants prennent leurs responsabilités devant leurs actionnaires, mais aussi devant les usagers et l’opinion publique. C’est nécessaire pour la relation de confiance qui est centrale dans le secteur financier ». Le groupe allemand rejoint la liste des banques dont les dirigeants ont été poussés vers la sortie ces dernières années : Crédit Suisse, Barclays, Standard Chartered ou encore Royal Bank of Scotland.

Si le lien entre ces départs et les litiges n’est pas toujours clairement établi par des banques, tous ces établissements ont eu maille à partir avec la justice depuis la fin de la crise financière.

Le patron de Crédit Suisse, Brady Dougan, qui sera remplacé par l’assureur Tidjane Thiam en juin, était aux commandes durant l’enquête américaine qui a coûté au groupe 2,8 milliards de dollars. La britannique Barclays, première banque à avoir été condamnée dans l’affaire de la manipulation du taux interbancaire Libor, avait dû régler 290 millions de livres en 2012. Dans la foulée, son patron, Bob Diamond, avait démissionné et avait été remplacé par Antony Jenkins, venu de la banque de détail.

Sa compatriote Standard Chartered, qui a écopé l’an dernier d’une amende de 300 millions de dollars aux États-Unis pour non respect de ses engagements en matière de blanchiment d’argent, a annoncé en début d’année le départ de son patron, Peter Sands. À la Royal Bank of Scotland, également touchée par le scandale du Libor, le patron, Stephen Hester, avait été remplacé par un ancien de la banque de détail Ross McEwan.

En France, le président de BNP Paribas, Baudouin Prot, a cédé prématurément les rênes du groupe près de trois mois après l’amende record de 6,6 milliards d’euros pour violations d’embargos aux États-Unis.

Depuis la fin de la crise financière, les grandes banques se retrouvent régulièrement sur le banc des accusés, du fait du durcissement de la régulation et de la plus grande intransigeance d’autorités qui, soucieuses de satisfaire l’opinion publique, souhaitent aussi renflouer les caisses. En trois ans, Deutsche Bank a dû payer plus de 7 milliards d’euros pour régler divers litiges, la dernière amende en date totalisant 2,25 milliards d’euros pour une affaire de manipulation de taux.

« S’ils en ont connaissance, les dirigeants sont complices et devraient être poursuivis. S’ils ne savent pas, alors ils sont incompétents et devraient démissionner. Et si ces géants financiers sont devenus si grands et si complexes qu’on ne peut attendre des dirigeants, alors il faut les réduire », estime pour l’AFP Robert Jenkins, ancien régulateur britannique chercheur auprès de l’organisation Better Markets. Pour M. Plihon, le recentrage de Deutsche Bank vers la banque de détail est la bonne réponse. Beaucoup des nouvelles recrues à la tête des banques viennent soit de la banque de détail, soit de l’assurance, afin de tourner la page des excès liés à la banque de financement et d’investissement.

Reste que certains patrons passent entre les mailles du filet : Jamie Dimon, le patron de JP Morgan qui part dans quelques mois à la retraite n’aura jamais été inquiété alors que son groupe a dû régler des dizaines de milliards de dollars pour solder ses litiges. M. Jenkins estime que le prochain à partir devrait être le patron d’HSBC, Douglas Flint, dont le groupe est au centre de SwissLeaks, un vaste scandale de fraude fiscale et de blanchiment d’argent.

« Sans responsabilité personnelle, la prise de risque et la complexité deviennent trop grandes et trop difficiles à gérer », pense M. Jenkins.